DOM JEROME JOURDAIN
de le voir souffrir. Quelque temps avant sa fin, il semblait avoir perdu connaissance, tant etait grand son abattement. Toutefois, quand on lui parlait de Dieu, on le voyait revenir a soi et reprendre ses idees. II expira enfin tranquillement a 1'age de quatre-vingt-quatre ans, apres .avoir regu avec beaucoup de piete ses derniers sacrements, le 6 decembre 1706. Gomme il avail toujours eu devotion au tombeau de saint Germain, qui est dans la chapelle de Saint-Symphorien, et qu'il avait retabli Tun et 1'autre, on enterra son corps au milieu de cette chapelle (r).
Du R. P. DOM jEadME JOURDAIN
Voici encore un vrai Israelite, un homme de benediction ,dont neanmoins.nous ne pouvons dire que tres peu de chose parce que nous n'avons pas demeure avec lui et qu'on a oublie d'ecrire les particularites edifiantes le concernant. Dom Jourdain etait de Chalons en Champagne et appartenait a une des premieres families de cette ville. La matricule le porte comme profes de Saint-Faron, mais je crois qu'il fit profession a Saint-Remy de Reims. II fut malade pendant presque tout son noviciat ; il donnait cependant des marques d'une si bonne vocation qu'on passa par-dessus toutes ses infirmites, telles neanmoins qu'au moment de sa profession on fut oblige de mettre un matelas sous le drap mortuaire ou il devait s'etendre. II prononga ses voeux le 3o de septembre 1641 et fit ses etudes a Jumieges avec le R. P. Dom Claude Martin, et, depuis lors, il exista line tres grande liaison entre ces deux serviteurs de Dieu. Dom Jourdain repassa ensuite dans la province de Champagne et eut presque constamment 1'emploi de sacristain a Saint-Nicaise. II ne jouit pendant toute sa vie que d'une sante debile et il etait contraint de faire gras meme durant le careme. Ses infirmites ne porterent cependant aucun prejudice a sa vie interieure, et il fit mentir le proverbe qui dit : Corpus quod corrumpitur, occidit animam suatn (2). II ne perdait jamais le sentiment de la presence de Dieu, auquel il de'meurait constamment uni.
(i) Gette chapelle sert maintenant aux catechismes de la paroisse. L'autel avait ete consacre en 1619 par saint Frangois de Sales. (a) Corpus quod corrumpttur, aggravat animam. Sap., ix, i5.
II etait passe par les divers degres d'oraison et il se fortifiait dans cet exercice par la lecture des QEuvres de sainte Therese, des Vies de sainte Gertrude et de la Mere Marie de 1' Incarnation et d'autres livres curieux. Pendant les recreations c' etait un charme de 1' entendre parler de Dieu, et les jeunes profes etaient ravis de se trouver en sa compagnie. L'usage existait a Saint-Nicaise de distribuer aux pauvres durant le Careme et 1'Avent les mets entiers dont les religieux se privaient volontairement, et c'etait Dom Jerome qui etait le distributeur de ces aumories. Malgre ses grandes maladies il atteignit a une vieillesse avancee et mourut a Saint-Nicaise le 16 avril 1702.
Du R. P. DOM JEAN MABILLON
Dom Jean Mabillon, 1'une des plus brillantes lumieres de notre Congregation, de notre Ordre et de 1'Eglise, lequel sut allier a une profonde humilite une science qui depassait infiniment le commun, etait ne le 28 novembre 1682 au village de Saint-Pierremont (i), proclie de la Chartreuse du Mont-Dieu, dans le diocese de Reims. II fit profession le 7 septembre i654 entre les mains du R. P. Dom Vincent Marsolles (2) et donna des lors de si grandes esperances que de suite on le nomma zelateur. II s'acquitta tres dignement de cet emploi, car il avait un grand fonds de religion, beaucoup de zele, et il possedait en perfection 1'esprit de la Regie. Mais Dieu, dont les desseins sont impenetrables, permit qu'il eut des maux de tete si violents que toutes les esperances qu'on avait congues de lui faillirent s'evanouir, etant devenu incapable de toute application. Pour le soulager, les superieurs 1'envoyerent a Nogent-sur-Coucy (3), ou, pour le divertir,
(r) Saint-Pierremont, com. du cant, de Buzancy, Ardennes.
(2) II fit profession a 1'abbaye de Saint-Remi de Reims.
(3) Nogent-sous-Coucy, com. d'Auffrique-et-Nogent, canton de Coucy-le-Chateau. I/abbaye' de Notre-Dame de Nogent fut etablie pres d'une tres ancienne eglise dediee a la Sainte Vierge. Des io5g, Alberic, seigneur de Coucy, avait forme le dessein d'elever UR monastere en ce lieu, et 1'eveque de Laon, Helinand, 1'avait encourage dans ce projet qui ne put se realiser que vers 1076. Les premiers moines vinrentde Saint-Remi de Reims, dont Pabbe Henri est compte comme le premier superieur de la nouvelle fondation qui fut confirmee en 1096 par le roi Philippe 1". Le second abbe fut saint Godefroid, qui en no4 devint eveque d' Amiens. II eut pour successeur le celebre Guibert, moine de Saint-Germer de Flaix, qui mourut en na4. De 1190