DOM BERNARD JOLY
que le vrai bonheur de I'homme consiste a savoir forger son salut par la pratique de toutes les vertus chretiennes. II realisait un gain assez considerable dans ce metier ; mais persuade qu'il en ferait un infiniment plus grand s'il pouvait gagner le ciel, il quitta toutes les esperances offer tes par le monde et entra dans la Congregation. II avait environ vingt-quatre ans quand il fit profession a Jumieges, le 2 1 octobre 1675. Durant son noviciat il prit fort bien 1'esprit de la religion et, pendant toute sa vie, il conserva un grand eloignement du monde et un ardent desir de la penitence. Gomme il etait fort sage, on le fit venir a Paris pour accompagner le Pere Dom Louis Boudan (i), procureur de la Congregation au Conseil prive. Get emploi ne s'accommodait guere avec son gout pour la retraite; aussi lui confia-t-on ensuite le soin de la boulangerie, joint a celui d'eveiller les religieux. Frere Marin se levait tous les jours a une heure apres minuit et consacrait a des exercices de piete le temps pris sur son sommeil. II ne prenait ni vin, ni poisson.
II retourna en Normandie au bout de quelques annees, puis il fut rappele a Saint-Germain en qualite de portier. Mais cet emploi etant tout a fait distrayant, frere Marin pria les superieurs de borner ses occupations a la boulangerie. II s'y crea une solitude que charmaient 1'exercice de la priere et les lectures pieuses, auxquelles il consacrait les loisirs que lui laissait son travail, lequel n'est pas petit a Saint- Germain-des-Pres. Une maladie contracted en remuant des bles vint 1'arreter dans 1'exercice de cette fonction. II souffrit beaucoup et avec une patience qui edifia tous ses confreres. Sa mort arriva le 22 aval
Du R. P. DOM BERNARD JOLY
La simplicite et la regularite soutenue de Dom Bernard Joly ont caracterise loute son existence et 1'ont fait comparer a un vrai Israelite. 11 etait de Beauvais et avait fait profession a Saint-Faron le 10 mai
(i) Dom Louis Boudan.de Paris, fit^profession a 1'age de so ans dans Pabbaye de Saint-Remi de Reims le 26 avril i643. II mourut le 19 avril 169^ a Saint-Germaindes-Pres, ou il demeurait en qualite de procureur des affaires de la Congregation au Gonseil prive du Roy . Necrologe de Saint-tlermain-des-Pres, p. 55.
1641, a 1'age de dix-neuf ans. Il-passa une bonne part de sa vie a Saint-Germain-des-Pres, ou il remplissait 1'office de sacristain, a I'edification de ceux du dedans et du dehors. II 1'etait encore, lorsque je vins demeurer en cette abbaye il y a plus de quarante ans et, bien qu'alors il fut deja courbe et tresancommode d'une grosse descente, il pratiquait presque tous les jours quelque penitence au refectoire, tantot mangeant a terre, tantot baisant les pieds des religieux ou demandant pardon a la porte. Les procureurs, en ce temps-la, venaient regulierement dire la messe a quatre heures. Dom Bernard les attendait apres matines, preparait tout ce qui leur etait necessaire et ne se retirait en sa chambre qu'une demi-heure apres, pour se reposer un peu sur une chaise, mais jamais sur sa couche. Cette chainbre etait la pauvrete meme, toute nue, ornee d'une ou deux images de piete en papier et garnie de quelques livres. Dom Joly n'a jamais eu de chalit, ni aucun a'ccommodement. II n'en aimait pas moins sa cellule, qu'il ne quittait que pour vaquer a son office. Paris etait pour lui comme une Iheba'ide ; il ne sortait du monastere que deux fois 1'an : 1'une pour aller chercher les saintes huiles, 1'autre pour visiter sa soeur, religieuse dans un des faubourgs de la ville.
Dom Joly quitta la sacristie lorsque ses infirmites commencerent a s'aggraver; on voulut alors le dispenser de I'office divin, au moins de celui de la nuit, mais il ne fut pas possible de I'obtenir, et ce bon religieux ne cessa cette assistance assidue que lorsque ses jambes lui refuserent tout service. Apres les matines, il allait faire ses prieres a toutes les chapelles et ne se retirait qu'a quatre heures et demie. Pendant la journee son temps etait partage entre la priere, les lectures pieuses et quelque travail des mains. II lut tout saint Jean-Chrysostome-et, lorsque sa vue commenca a baisser, il pria quelques jeunes religieux de lui venir conlinuer ces lectures pendant quelques quarts d'heure. II employait le reste du temps a transporter du bois au chauffoir pour la communaute, et c'etait un spectacle digne des anges de voir ce vieillard casse d'austerites, affaibli par 1'age et les infirmites, trainer une buche ou un fagot et contraint de se reposer plusieurs fois en chemin. Mais quand on est anime de 1'esprit de Dieu, il n'est rien qu'on ne surmonte.
Ce bon vieillard, ne pouvant plus marcher, dut enfin prendre une chambre a I'mfirmerie. II se dedommagea en gardant un silence de plusieurs annees, qu'il ne rompait qju'avec ceux qui avaient soin de lui. II recevait neanmoins agreablement ceux qui venaient le voir. Ses infirmites s'accrurent avec 1'age, sa patience aussi. C'etait un charme