‹ L'Étalon des mesures assyriennes fixé par les textes cunéiformesChapitre 1 sur 9 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En 1 853 , livré aux travaux de relèvement trigonométrique des ruines de Babylone, je fus amené à étudier les mesures des Ghaldéens. L'examen de plusieurs centaines de briques babyloniennes et d'une grande quantité de dalles en pierre me conduisit à différents résultats nouveaux, qui peuvent se résumer en ces termes :

1 "" La brique est originairement le pied carré babylonien;

2^ Le pied formait ies trois cinquièmes de la coudée, et non pas les deux tiers, comme che? les Grecs ;

3** Cette coudée est essentiellement la même que la coudée royale égyptienne , et plus petite que la coudée de Ninive et de Perse;

ix^ Le stade se compose donc de 36o coudées et de 6oo pieds, tandis qu'en Grèce il était de 4oo coudées;

5** Le pied babylonien avait o"*,3i5 (3i5 miUimètres), et la coudée, o™,525.

Mon illustre maître M. Boeckh fit à l'Académie de Berlin un mémoire sur ces résultats, et j*eus la grande satisfaction de les voir entièrement approuvés. Ils ont depuis formé la base des recherches sur les mesures de cette partie de l'Asie.

Quelques savants ^ ont voulu contester ces résultats; mais les études ultérieures les ont maintenus et viennent encore de les consacrer par une éclatante confirmation.

Cette corroboration du système émis il y a près de vingt ans dérive du déchiffrement des textes cunéiformes, contrôlé par les mesures prises à Khorsabad par Botta et Flandin. Avant tout, il convient de dire déjà, bien que cela résulte de notre développement, que leurs recherches ont été exécutées avec une admirable exactitude.

La comparaison de ces deux éléments nous a fourni le moyen de fixer exactement, jusqu'au dixième de millimètre près, fétalon métrique en usage du temps de Sargon. Ces mesures doivent s être perpé-

^ Mon savant ami M. Vasqucz Queipe a d'abord admis mes opinions, puis ii a fait valoir quelques réserves et a finalement remplacé ie système assyro-perse par le système arabe. J*ai la certitude que l'explication des textes assyriens eux-mêmes le feront revenir à son ancienne opinion. ( Voir Vasquez Queipo , Essai sur les systèmes métriques de t antiquité,^, 286 et p. 678.) Le vice de l'argumentation de M. Queipo réside surtout dans Tassimilation de la coudée antique au bms (dzem) arabe; elle admet donc une coudée de deux pieds qui ne se trouve pas ailleurs dans Tantiquité asiatique. M. Queipo insistait avec raison sur le défaut de Tassimilation d'un certain nombre de coudées avec une valeur exprimée en mesures connues ; cette objection est écartée par Téquivalence résultant des mesures de Khorsabad.

tuées plus tard, et ont aussi existé antérieurement à la fin (lu vin" siècle avant Tère chrétienne.

Nous avions fixé la coudée assyrienne comme étant provisoirement identique à celle qu'on appelle philétérienne y évaluée à 54 centimètres. Nous démontrerons que la coudée assyrienne avait un soixantehuitième en plus, et qu'elle était un peu plus forte que celle qui, plus tard, dut former Télalon de Persépolis.

Avant d'ahorder ce point, il convient de toucher un sujet en apparence différent, mais en réalité connexe à notre développement.

Nous savons par les auteurs grecs que les Chaldéens comptaient le temps par sosses de 60, par 11ers de 600 et par sars de 3, 600 ans. J'avais cru voir, séduit par des assonances philologiques, dans les sosses Thébreu saat «heure,» dans les ners le sémitique nahar «jour, » et dans le sar le mot sahr « mois. » J'avais donc cru devoir modifier les évaluations du soss et du ner^ et maintenir celle du sar.

Je suis en état aujourd'hui de rectifier cette erreur, et en même temps de généraliser et de corriger les idées que la plupart des savants ont émises au sujet des sosses, des ners et des sars.

Les expressions en question ne sont pas des valeurs exclusivement temporaires. Le ner, par exemple, ne veut pas dire seulement 600 ans; cet intervalle est égal à un ner d'années. Elles sont tout simplement des valeurs numériques, en un mot, des coefficients arithmétiques.

Le soss signifie le nombre de 60;

Le ner signifie le nombre de 600;

Le sar^ signifie ie nombre de 3, 600.

Ces expressions ne s eaiployaient que pour les chiffres élevés, et ne s ajoutaient qu'à une certaine valeur dans chaque ordre d'idées, L'unilé était :

Pour les valeurs temporaires, Vannée;

Pour les valeurs itinéraires, la toise de 6 coudées;

Pour les valeurs agraires , probablement le carré de 60 coudées, le plèthre;

Pour les valeurs cubiques, le talent.

Les signes par lesquels ces valeurs de sosses, de ners et de sars sont déterminées sont :

Le 5055 ^ Ç^ , us; y, prononcez 5«5tt;

Le ner^ jV IH^ I^Ï^TT^^ I^^f^ prononcez n'ira;

* M. Brandis (Ddf Mànz-, Mass- und Gewichtsystem) a également émis cette idée, et ii cite à propos les passages d^Hésychius et de Suidas : adpog * dptdfiàf ris igapà BaSvXcùpiott, Seulement il a laissé de côté le ner, qui entre bien dans tout le système de numération chaldéenne.

' Cela résulte de la comparaison de B, M. III , 38, 16 ; Dour-5arkajran, p. 7, 1. 8 1 , 90 ; p. 1 9 , 1. 65. Il convient de dire que M. Smith , dans son Assurbanipal , a bien traduit le passage allégué par 2 ners, 7 sosses et i5 ans.

^ M. Rawlinsona, il y a longtemps, vu dans ce signe le ner; il est expliqué nïra dans les syllabaires (fi. Af. 11^ 3, 658; III, 70, 196aoo). Dans les textes d'Asurbanhabal , il se met au lieu de nîr «le joug» et de nir «au-dessous» [B. A/. III, 23, 101 ; 26, 12; 35, 8 et passim). Il existe aussi Tétoile du nir, qui se lève au mois d'Ëloul (ih, 53, 61), et qui, en surveillant et en regardant la planète de Vénus, a pour conséquence la perte du pays et la victoire du rebelle

Le sar H^^. (^^(P). ^ïï^ . prononcez sâru.

Appliquons maintenant ces coefficients aux unités dififérentes.

Nous n*avons rien à ajouter au sujet des multiples connus de Tannée.

Quant aux meisures linéaires ou du premier degré , nous aurons, dans Yun des différents systèmes^, pour l'unité, la toise, 6 coudées ou lo pieds;

Pour le sossy le stade , 36o coudées ou 600 pieds,

Pour le ner^ le mille^ 3, 600 coudées ou 6,000 pieds;

Pour le sar, le schœne de 60 stades, 2 1 ,600 coudées ou 3 6,000 pieds.

Jai déjà évalué, en i856, le ^ ^^ , us, itinéraire kVammatgagar, à 36o coudées^ ou au stade, et j'ai également reconnu la valeur du mille et du schœne. J'ai approprié l'expression schœne k Vasluqaqqar [écrit kaébaqaqqar) par suite de l'étude de l'inscription d'Âssurbanhabal , en i865. En eOet, il est' dit dans le prisme de ce roi que Ninive était distante du désert arabe de 100 asliqaqqar [kaibaqaqqar^) : ce terme, devant être un multiple du stade, ne pouvait

( 16. 57,28). Cela peut être Ganope. Ce signe compliqué est formé du sar, précédé de su, indiquant la siiiëme partie.

* Nous reviendrons sur un autre système qui a été retrouvé par M. George Smith sur une tablette de Senkereh.

' M. Hincks a d*abord contesté , puis accepté mon opinion. Je re« viendrai sur ce point et sur les observations auxquelles il donne lieu.

' B, M, III, 2i, 79; 35, 8/1. Le mot se trouve dans un passage

être constitué que par la multiplication par 60, ce qui me donnait ia valeur exacte de i , 1 00 1^ 1 ,200 kilomètres.

Il faut réserver encore la discussion des mesures du second degré^; d'autres questions doivent d'abord être résolues avant qu'il soit possible de consigner

de l'inscription cUAssarbaddon , mal traduit dans mes Sargonides, p. 62. En voici la vraie traduction :

«11 y a une région, nommée fiâsi, dont le site est lointain, une contrée d'abattement, un horizon de langueur, une terre de soif. Il s'y trouve un désert de sables et de rochers sur i4o schœnes; sur 30 schœnes, des serpents et des scorpions couvrent le sol, comme des mouches. Une montagne de granit, nommée Hâzu, s'élëve à 20 plèthres (kasbu) , je la franchis. »

Cette rectification, déjà publiée par M. Lenormant ( Essai, note A /| ), e^t de moi , ainsi que l'assimilation du kasbucfaqqar au schœne de 60 stades. M. Lenormant combat une de mes conclusions , que le kasbu , outre la signification de «double heure», que Hincks a prouvée, désigne aussi la 36o* partie du schœne , c'est-à-dire le plèthre de 60 coudées ou de loo pieds. Il traduit donc «pendant 4o heures,» au lieu de 20 plèthres. La décision est très-difficile; aussi n*avais-jc publié ni l'opinion combattue par M. Lenormant , ni les opinions que j'ai été heureux de voir adoptées par mon savant ami.

La prononciation de kasbu est asla ; cela devient évident par un passage de Sardanapale VI (B. Af. Ifl, pi. 29 E, 1. 20), où l'on lit aslùjaqqar pour indiquer la distance de Memphis que, selon une convention entre Assarhaddon etTéarco l'Ethiopien, les contractants ne devaient pas franchir; Assarhaddon seul tint sa parole (16. 28, à). Le chiffre perdu portait probablement 60 schœnes. Le nom du schœne est masku [B, M. III, 17, 88), la corde, comparable à l'hébreu DIDC^^D (Job, 38, 3ij. Le mot aslu (G. I. de Sargon, 1. 1 27] se rerouve dans l'arabe (>âi, une mesure de Bassora de 60 coudées, et dans l'araméen vC^K «corde, mesure.»

* Dans tous les systèmes de l'antiquité , les mesures de la seconde puissance sont les plus difficiles à déterminer. Il y a aussi des raisons pour admettre comme unité le carré de 90 coudées , dont les quatre côtés faisaient un stade.

• •• ti »( 7 )k-h- —

runité des mesures de superficie avec une rigueur mathématique.

La suite du troisième degré , capacité et poids, se déduit ainsi :

Le soss, 60 talents;

Le wer, 600 talents;

Le sar, 3, 600 talents.

Les poids de 60 , ^y rT ®* ^® ^^^ talents, j!C^y^ t cités.dans les inscriptions de Sargon, ont été expli* qués ainsi avec raison par M. Lenormant [Essai sur an document mathématique chaldéen, p. 60), et la fixation de ces valeurs importantes constitue le point original de son livre. Le texte dit que les Lions de bronze de Khorsabad pesaient 1 poids m, 6 poids n et 5o talents. Le poids des Taureaux étant présumé être de 3 1 ,000 kilogrammes^ et le talent de 3 i kilogrammes, M. Lenormant Tévalua à 1,000 talents environ. Et puisque n doit être plus fort que 5o talents, nous pourrons fixer n à 60 talents, donc à ù 1 o talents ; dès lors , il résultera pour m un reste de 600 talents. Nous dirons, malgré l'erreur dans les prémisses :m-+-6 /ih-5o= 1,010 talents.

Seulement M. Lenormant ne reconnut pas la généralisation du système des coefficients babyloniens. Il vit pourtant que dans le système itinéraire il pou-

vait y avoir également entre le ^ yy^ ®^ ^® ^^--v^ I le rapport de 1 à i^o.

' Cette ancienne évaluation se trouve aujourd'hui être absolument inexacte, et, de plus, il ne s*agit pas de Taureaux en pierre.

Quant à l'étymologie des noms, nous abandonnons nécessairement noire première explication de sahxir par mois, de ner par jour et de soss par heure. Au Contraire, je crois qui! ne faut pas chercher ia signification de ces termes dans des dérivations symboliques. Le mot susa, ^^ , veut dire six et soixante; ainsi /ifr, n^j, indique le nombre de six cents, et sdru, écrit TÇT y^ ^yyy,5aa-ra, B.JIi. II, q, a 56 (ai 6), est trois nulle six cents. Ces mots se rattachent naturellement à des racines verbales : ainsi nous croyons que le mot sàru est en eQet dérivé de ">nc; « entourer, « et qu'il a des rapports avec nnv u cycle. » Mais en tout cas, ce rapport n'est pas différent de celui qui relie ^bn « mille « à ^^N, ou m «dix mille» à nni a être multiple, n Rappelons-nous que les langues aryennes ont également leurs chiffres indépendants pour désigner les grands nombres : les Hindous ont pour io,ooo, ayuta; pour 100,000, laksha, et ainsi de suite jusqu'à la vingt et unième puissance de dix; les Iraniens ont le baèvarè zend, le baivar perse, le baiver ou paiver persan. Les Grecs comptent par myriades, et les modernes seuls ont adopté le chiffre de mille et surtout son carré, le million, comme base de toute la numération supérieure, en continuant la computation par puissance de dix h l'exposant de six.

La valeur de sar et de ner comme chiffres est prouvée encore par des titres de quelques fonctionnaires. Dans une liste des fonctionnaires capables d'être éponymes, on voit «le chef du sar (des 3, 600)

du palais^ », et « le chef du nér (des 600) du pays. » (Voir B. M. II, 53, 1. 18, 19; comp. 3i, Sg, 4o.) Le premier de ces fonctionnaires est toujours éponyme , Tun des premiers dans un nouveau règne. (Voir B. M. II. 52.)

Après avoir expliqué lagencement des multiples de la soixantaine, abordons le texte de Khorsabad.

Le roi Sargon ^ évalue à différentes reprises le pourtour de la ville de Khorsabad de la manière sui-

vante: rc>r:>c>rr>Î^T^î^T::^

Une équivalence importante remplace le terme y » y TÇT, I bar-sa; dans le texte des barils et dans là tablette en cuivre trouvée dans les fondations de Khorsabad, on lit 3 qani, c'est-à-dire 3 cannes. La canne était probablement de 6 coudées dans le système hébraïque, où elle est appelée qane; elle est évaluée par leTargum d'Ézéchiel (xl, 5) à 6 coudées majeures. Le terme de 1 bar-sa équivaudrait donc à j 8 U : c'est 1 i/a de toises.

Le terme final serait donc 36o -+-18 + 2 = 38o coudées, 13 , pourvu que U signifiât coudée.

Il est évident de plus que ce qui précède indique une valeur en chiflres ronds; les 38o sont le surplus.

Mais pourquoi cet excédant, quand on devait plutôt présumer que les mesures d'une nouvelle ville devaient être appliquées en chiffres ronds?

* J*ai traduit , et M. Scbrader d*apr^.s moi , « capitaine du palais; » M. Smith écrit tukulhu Le sens est celui que j*ai donné plus haut

• Dour-SarkaYan, p. 7.

Une réponse négative est donnée par les mesures de Botta; le mur avait exactement 1,760 mètres au N. E. et au S. O., et i,645 mètres au N. 0. et au S. E. ^ ; c était donc un rectangle à côtés presque égaux , et non pas un carré. Je cherchais la raison dans une question de terrain, quand Texamen des mesures de Persépolis exécutées par Coste et Flandiu me fit mettre le doigt sur la ditficulté.

Dans les constructions des rois de Perse, nous remarquons des carrés apparents; mais le mesurage montre toujours un petit écart variable, et qui ne peut être le résultat d une opération mal exécutée. De plus , ce sont toujours les valeurs moindres qui se présentent au calculateur comme capables de fournir un chiffre exact de coudées. Ainsi les plans de Goste et de Flandin donnent :

* Dans Touvrage de M. Place» Ninive et V'Assyrie,i. I, p. 160, il se trouve 1,760 au lieu de 1,760, i,685 au lieu de i,645, et 6,890 au lieu de 6,790 mètres pour le pourtour. Je me suis, comme de juste, préoccupé de cet écart considérable que M. Place admet sans noter les mesures différentes de Botta et de Flandin. Mais M. Place m*a déclaré n'avoir jamais mesuré tenceinte de Khorsahad et avoir accepté les chiffres de Botta; son contre-maître arabe, Nabouchi, ayant seul mesuré les côtés , les avait trouvés conformes aux mesures de Botta. Il s'est donc glissé, dans le bel ouvrage do M. Place, des chiffres que d'ailleurs les autres mesures du même auteur prouvent être erronés. Déplus, ces chiffres de 1,760 et de i,685 ne se trouvent pas reproduits sur le plan de M. Place; car, à l'échelle, les côtés y ont 1,744 et 1,600 mètres (o",436 et o'",4oo à o,ooo25). M. Lenormant s'est trop bâté d'accepter, sans vériilcation aucune, ce faux plan pour proposer une interprétation , d'ailleurs mathématiquement et phiiologiquement impossible, du {)assage de Sargon sur les murs de Khorsabad (4 décastades moins 38o coudées).

—«.( Il )^-l —

1° Pour le carré du grand palais n'* 8, Gg^.Sî sur 68",66;

a** Pour le palais en entier tf 5, 54"',8o sur 4o",7o;

3° Pour le grand carré du palais n** 5, 26'",5o sur 2 5",8o;

Zi® Pour le petit carré du même palais, i i",6o sur 1 i",2o;

5** Pour le carré du palais n** 6, i4°*,99 ^"^ io",7/i;

6"* Pour le carré du palais n° 3, i5°*, i5 sur i5",5o;

7** Pour la longueur du palais entier, 2 g", 7 2 sur 39",/io.

Cela donne :

Pour le petit chiffre de 1, i25 coudées;

Pour le petit chiffre de 3, 48 coudées;

Pour le petit chiffre de 4, 20 coudées;

Pour le petit chiffre de 5 et 6, 28 coudées.

Les valeurs de 2 et de 7 sont très-différentes; en effet, il y a pour le premier 1 00 sur 76 , et pour le second 72 sur 54 coudées. Dans ces deux cas, Tintention de Tarchitecte est claire : il voulait construire uu rectangle oblong dont les côtés eussent la proportion de trois A quatre.

Mais dans les autres cas, l'idée de faire un carré était tout aussi évidente; seulement des scrupules probablement religieux arrêtaient le constructeur. Il serait difficile de déterminer aujourd'hui quelles superstitions l'empêchaient de faire un carré parfait.

Apparemment, et cest Ih le point qui nous intéresse, le même principe avait déjà antérieurement prévalu lors de la fondation de Khorsabad.

Le petit nombre étant la valeur qui exprime une unité de mesure avec un coefficient facilement prononçable, il devient évident que le commencement du terme cunéiforme exprimait ce coefficient en nombres ronds; car ce que nous appelons des chiffres ronds est tout simplement une valeur d'une énonciation moins compliquée. Or, une grande difficulté devait nous arrêter, c'était d*abord la certitude que

lexpression du mille étant JZI^ P ' ^®^ idéogramme se trouvait répété d une manière insolite : le premier élément se lisait quatre fois de suite, et le second trois fois. J avais pendant longtemps regardé le mille comme devant être scindé en deux fractions inégales^ et dont la somme fût égale à Tunité. C'est ainsi que je supposais encore dans taon Dour-Sarkayan, et je pensais que la somme de ces produits donnerait moins de quatre et plus de trois unités, soit trois unités plus une fraction.

Le problème offrait en outre un point plus saisissable encore. Le pourtour de Khorsabad étant de 6,790 mètres (a X 1,760 + 2 X i6ii5), on pouvait se demander combien de coudées assyriennes on en obtiendrait. A vue dœil, cela devait être douze mille coudées plus un excédant, et cette question , ainsi posée , résolvait le problème.

Le ner ou mille étant cité comme unité principale de la longueur indiquée, on devait trouver une frac-

tion entre trois et quatre constituant un chiffre rond; car, malgré l'apparente contradiction, une fraction pour une expression peut se traduire en chîfires ronds pour une autre. Or, il n y a, entre trois et quatre, quune seule fraction capable de former des chiffres ronds, c'est trois et an tiers ou dix tiers.

L'expression composée de quatre J!]I^ et de trois p veut donc dire 3 -f. La question de la composition reste ouverte : à savoir si ^T^ signifie y,

et p Y de ner, ou bien si l'excédant des JI![^ est énoncé avec le nombre de l'autre élément, comme dénominateur. Nommons le premier composant r, le second 5, nous aurions ainsi :

rr5=i|..(?) ms = a.

rrrss= a-J-.

rrrs88 = 3.

rrrrsss = Sj.

Nous traduisons donc le passage de Sargon :

«J'ai fait le pourtour de la ville de 3 milles et d'un tiers, plus un stade, 3 cannes et a U ^ »

Mais, nous dira-t-on, quelle singulière façon d'énoncer une valeur! Il faudrait au moins s'attendre à l'expression de 3 milles, 34 stades, 2 3 (ou ko) cannes et 2 U. La réponse est simple : d'abord

' Le sens de coadée ou de demi-coudée pour U sera discuté plus bas.

les 3 y milles, ou 33 y de stades, constituent en cannes et en coudées un chiffre rond, et Ion avait une intention motivée de les désigner à part.

Le mille, se composant de 6oo toises, équivalant à 3,6oo coudées et à 6,ooo pieds, trois milles et un tiers constituent bel et bien 2,000 toises, 12,000 coudées ou 20,000 pieds. Le terme de

y ^ y^ exprime donc un nombre suffisamment rond. Mais il y eut une raison pour le rédacteur assyrien d'énoncer la valeur en question de cette manière : c est que Texcédant de 38o coudées est le surplus des deux grands côtés.

Le pourtour de la ville de Khorsabad était par conséquent de i2,38o^(ou 12,370) coudées.

Nous appliquons maintenant le principe de Persépolis, à savoir que le petit côté exprime le chiffre rond. Les deux côtés N. O. et S. E. ont donc eu 3,000 coudées, et les deux côtés N. E. et S. O., 3,190 coudées; ensemble i2,38o coudées.

Arrivés à ce résultat, nous ne sommes plus dans le domaine des suppositions, car nous nous trouvons en face d'un contrôle possible. En effet, Botta donne la longueur des murs en mètres. Examinons si le chiffre donné par lui présente les proportions énoncées par nous.

En un mot, 1,760 mètres sont-ils à i,6/i5 mètres dans la proportion même de 3,190 (ou 3,i85)

* Nous examinerons dans la suite si Tapplication du système de Senkereh doit, ou non, nous obliger à réduire ce chiffre à 12,370 de coudées ordinaires.

coudées à 3,000 coudées? Le calcul donne une réponse affirmative :

îSï = S = i,o6383.

3Ô«ô mS i,ODOOO.

Il y a un écart d'un deux-millième/ ou un écart nul dans ces circonstances. Car il sera égal à zéro , enadmettantseulementquelechi(rredei,6/i5 mètres soit évalué de 5o centimètres trop petit, et que le chiffre de 1,760 mètres soit trop grand de trente centimètres. Si l'on admet seulement i.yAg^y et i,665"5, on obtient i,o6333, et cela nest possible que sous la présomption, tout inacceptable, que les Assyriens aient eu des instruments de nos jours et qu'ils aient pu mesurer près de deux kilomètres sans se tromper de la valeur d\in demi-mètre. Et encore, ce qu ils ont fait est pour le moins lout aussi digne d'admiration que la consciencieuse exactitude de Botta et Flandin.

La démonstration est donc donnée aussi rigoureusement qu elle peut letre : 3, 000 coudées représentent les i,6/i5 mètres, et 3,190 (ou 3,i85) coudées équivalent aux 1,780 mètres de Botta. Il résulte ainsi'de l'ensemble de notre déduction la confirmation éclatante de nos opinions de i853 :

Premièrement, le stade est bien de 36o coudées et non pas de lioo; le mille est de 3, 600 coudées et pas de 4, 000, comme chez les Grecs.

Secondement, la coudée est bien au pied dans le rapport de 5 à 3, et non pas dans celui de 3 à a , comme chez les Grecs.

Troisièmement, la coudée assyrienne est plus grande que la coudée égyptienne.

Ce point est facile à établir : i 2,3 80 coudées assyriennes équivalent à 6,790 mètres, donc la coudée est égale à o",548/i7, ou à 548 millimètres et demi. Le pied assyrien sera dôncào"*,3Q9o8, Ssgmillimè^ très et un dixième. Nous admettons par conséquent :

Pour la coudée assyrienne o'",5485.

Pour le pied assyrien o'",329i.

Les valem^s ainsi obtenues se vérifient par les mesures données par Botta et M. Place dans leurs ouvrages. La preuve la plus concluante de Texactitude de notre évaluation se trouve dans les mesures afférentes à lenceinte du palais de Khorsabad. Celle-ci forme une figure rectangulaire de huit côtés symétriquement disposés. L'octogone s obtient par la juxtaposition de deux rectangles à côtés ditférenls et peut être comparé de loin à celui que forment le Louvre et les Tuileries réunis. En mesurant les côtés du plan de M. Place , on obtient pour la façade ^ du côté extérieur 287 mètres, pour la profondeur

des deux côtés i5i mètres, la largeur se développe ensuite des deux côtés à 89", 5o. La profondeur de ce corps de bâtiment plus large est^ de chaque côté, de 1 9 1 mètres, et le mup^du derrière donnant sur la ville est de 3i6 mètres. Le pourtour est de 1,3 16 mètres, et M. Place, qui accuse dans son texte 344 mètres de profondeur sur 3i4 mètres de plus grande largeur, arrive au même résultat (2 X 344 +2X3i4= i,3i6).

Or, 1,3 16 mètres font exactement 2,4oo coudées ou 4,000 pieds, à o", 3 2 9. A o°,32 9i on aura i,3i6"*, 4. De plus 237 mètres sont à 39", 5o comme 6 est*à 1, et 237 mètres à 3 16 comme 3 à Ix.

On a donc pour les parties du mur du palais :

Coudées. Pieds.

a. Fajcade moins large 43a 720 = 236", gS.

h. Profondeur de ce bâtiment 276 46o == 1 5 1 "', Sg.

c. Saillie de deux côtés 72 1 20= 39'",49.

d. Profondeur du harem 348 58o= 190", 88.

e. Grande façade 676 960 = 3 1 5", 96.

Conime h, c, à entrent deux fois, il y a pour le pourtour :

a r=z. 432 coudées ou 720 pieds.

26 = 552 idem, 920 idem, 2c = i44 idem. ilxo idem.

a</ = 696 idem, 1160 idem.

e = 576 idem, 960 idem.

Somme. . , 2,4oo coudées ou 4t00o pieds.

Or, que représente cette somme de 2, 4 00 coudées ou de 4,000 pieds? Exactement 6 y stades, ou 3 \ doubles stades ou diaales. Nous retrouvons donc la proportion qui a été prise pour base, puis modifiée quand il s est agi de construire l'enceinte urbaine.

Il faut encore faire observer que tous les chiffres de coudées sont divisibles par 1 2, et tous les nombres de pieds par 20; c'est donc par doubles toises qu'on pourrait évaluer la longueur du pourtour et la superficie. Les valeurs sont 36, 23, 6, 29 et 48 doubles

toises. La superficie du palais était de 319,680 coudées carrées, de 888,000 pieds carrés ou de 2,220 doubles toises carrées. La surface exprimée en hectares est de 3**,5787 pour Ja petite, de 6\o356 pour la grande partie, donc en tout 9*\6i43. M. Place l'a évaluée en chiffres ronds à I o hectares, ce qui est un peu trop.

On ne saurait demander une exactitude plus minutieuse sans encourir le reproche mérité de puérilité; même cette évaluation à un demi- millimètre pourrait paraître une rigueur inutile. Je me rappelle en quels termes Biot parlait des mesures et des observations des anciens : «Il ne faut pas, disait-il, exiger des hommes plus qu'ils ne peuvent raisonnablement accomplir. » Les anciens ne pouvaient pas arriver à la précision à laquelle nous nous sommes habitués, parce que nous disposons d'instruments dont ils ignoraient absolument l'existence et dont ils ne comprenaient pas la nécessité.

La coudée formant l'unité fondamentale du système assyro-perse, il convient de prouver que cette unité fut la même chez les deux grands peuples dominateurs de l'Asie occidentale. En donnant la preuve que cette unité avait la même valeur, nous avons en même temps démontré que l'étalon déterminé par nous survécut au fondateur de Rhorsabad.

Nous avons vu que, dans deux évaluations à peu près égales des carrés, il faut regarder la moins grande comme expression d'un nombre exact d'unités mensuraîres. La pensée qu'il fallait voir une mesure

simple dans un élément de construction tel que la brique nous a guidé dans la découverte du système babylonien ; ainsi, dans nos mesurages des bâtiments nous avons toujours un nombre exact et même un nombre rond de mesures. Cette même idée mère, nous la transportons à Persépolis pour en déduire les mesures des Perses. Nous en donnerons les résultats d*abord partiels, puis généraux. On remarquera sans doute que quelquefois Técarl est relativement assez considérable; mais il ne faut pas oublier que le moindre changement dans quelques centimètres peut modifier de beaucoup la troisième décimale. Ainsi, en évaluant les i4"*, 99 du palais n° 6 à 28 coudées, nous obtiendrons une unité moindre de i3 millimètres. Une erreur de ^6 centimètres sur i5 mètres suffit pour produire cette différence; celle-ci d'ailleurs se trouve amoindrie dans une autre équivalence où nous devons compter 28 coudées dans i5", i5. Nous avons choisi les mesurages les plus apparents au point de vue de Tintention, laquelle, dans les dimensions moindres, nous est souvent inconnue; car nous devrions, pour révéler toute l'économie de larchîtecture, connaître les subdivisions de la coudée et du pied jusque dans leurs moindres détails.

Quant à la moyenne tirée sur un nombre assez considérable de données, il jBst évident quelle doit déjà approcher de la réalité. Les fautes faites de part et d'autre, en moins et en pluis, se seront alors compensées, et les petites fluctuations amenées par

aS*-

,QO. . . .

fraulres équivalences ne pourront pas sensiblement modifier le résultat général.

Voici lf»s valeurs en parlie déjà citées plus haut :

68",66 font 126 coudées à o",5493.

28 o",54ii.

Le résultat moyen serait :

33i",34 font 606 coudées à o*,5467.

Cette moyenne nous donnerait 2 millimètres de moins pour la coudée perse, ce qui serait très-possible. Mais n oublions pas que nous raisonnons sur des travaux d'architecture, et qu*on ne peut jamais être aussi sûr des mesures prises avec le plus grand soin à une pareille limite d'erreur près. De plus, comme nous l'avons dit , une étendue linéaire quelque peu considérable, mesurée par les Perses avec un peu trop de largesse, peut modifier celte moyenne, n'ayant, avant tout, qu une valeur approximative.

Le point essentiel est de prouver que Tétalon perse est essentiellement identique à l'étalon assyrien.

Les fluctuations dans les mesures se sont vues

partout dans les temps modernes, de ville en ville, jusqu'à ce quon fût arrivé, avec beaucoup de peine et non sans prendre des mesures rigoureuses, à établir une unité de mesure dans le même pays.

Jusqu'ici nous avons dû laisser de côté une inscription des mesures linéaires, retrouvé par M. Smitli sur une tablette de Senkereh conservée au Musée Britannique (voir Norih British Review, 1870, p. 332). Malheureusement ce document est très-fruste, et il s'y trouve une lacune qui en rendra l'intelligence toujours quelque peu difficile; mais, tel qd'il est, il est d'une très-grande importance.

ir.

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