LES TRENTE BEAUTÉS DE MARTIGUES
Aux FÉLIBRES DE PaRIS 1.
... Savez-vousce que me rappellent vos causeries^ savez-vous ce qu'elles me disent et me retracent ? Puisque nous sommes ici pour parler de nos pays d'origine, je puis bien vous le dire : c'est Martigues que je vois dans ces momenls-là, quelques disques de terre entourés par la mer, trois petites îles qui font la chaîne au couchant de l'étang de Berre, avec un ruban de maisons qui flotte sur les deux rives : on dirait qu'elles sont là pour amaiTer au continent les trois perles que l'eau emporterait, ou qu'elle engloutirait.
J'aime mon village mieux que ton village^ nous chante Félix Gras. Je le crois bien, que je l'aime ! Et tous mes compatriotes sont comme moi. Nos hommes de mer en savent quelque chose : autrefois, qu'un vaisseau sortît de Marseille et qu'un des nôtres y commandât, avec le meilleur vent, la mer
1. C'est le discours prononcé à ma réception, le 11 juillet 1888, dans la Société des Félibres de Paris, présidée ce soirlà par M. Maurice Faure, ancien ministre et vice-président du Sénat, alors député de la Drôme.
ô LA PETITE VILLE
chavo coume acà ? Pas mai ! Eilalin miraiavon li très clouchié de soun endré, e zou ! un cop de barro en BoUy e zou ! lou barquet à la mar pèr Vadurre enjusqu^au Martegue ounie beisavo un darrié cop li plaça vivo de soun cor !
Uaqui vènon^bessai^ li niartegaladoque se conton sus nautre. Li Maj-sihés cansounejèron nèsii capitàniy que nen fuguéron que mai fier. E pèr acod'aqui sarés emé nautre^ Felibre, d^ abord que voste Felibrige es lou mantenamen de V amour déupaïs.
Ah I se vous disiéu ,iosto istàri, tant enciano qua beleu acoumença peraqui dous milo an avansque nasquèsse noste vièi crousa Gérard Tenco, lou foundatour di Mounge Espitalié de SantJan de Jcrusalèn ! Se voulicu desplega nosto bandiero que, dou lèms dàu rèi de Franco Enri lou tresen, en quinge cent vuetantO'treSj enauravo li très coulour de nàsti quartier que soun lou blu, lou blanc e Vescarlato, — basto que lou drapèu francés noun avié cncaro gausi si grand pie blanquinèu, — mounte sarien li darnagas pèr ausa m'afourti que lou Martegue n^es pas dins lou trin dou prougrés?
1. Le port de Bouc, embouchure de l'étang de Caronte canalisé, qui sert de station sur la Méditerranée aux bâtiments de Martigues, situé à cinq kilomètres, sur la mer intérit ure de Berre.