LES TRENTK BEAUTES DE MARTIGUES
La dix-septième, c'est, le jour de Pâques, la tartane de la Vierge, celle qui a le plus pêche de tout l'an, qiise fleurit comme une mariée.
La dix-huitième, nos pêches de nuit, quand l'étang, couvert de flambeaux, est un ciel qui répond aux splendeurs de là-haut, limpide, doux et clair.
La dix-neuvième, nos joutes colorées, le port comblé de bâtiments, de pavillons, et les beaux jeunes gens , au chant des tambourins et des flûtes , qui partent demi-nus, debout à l'arrière, et donnent et reçoivent des coups de lance comme des héros de Toloza.
La vingtième beauté des Martigues, c'est bien sûr notre poutargue : pour mander sa pareille, il faut aller jusque là-haut, chez les Russes pâles *.
La vingt et unième, nos prud'hommes si honorés, qu'on a fait ce proverbe : « Que toute barbe d'homme s'incline, le prudhomme va parler. » C'est le reste dernier de ces consuls puissants qui, par toutes les pêcheries du Midi, furent renommés, à preuve Calendal vantant à Estérelle son aïeul,
Qui a été consul de Martigues.
La vingt-deuxième beauté de Martigues, c'est la marmaille qui nage entre les quais, dans le costume d'Adam, montrant de petits culs bronzés au commissaire qui jure et qui sacre.
1. Ils fabriquent leur caviar de manière très différente, mais comme nous avec des œufs de poissons.
dAdam, moustran si pichot quiéu brounza au coumessàri foutrejant.
La vint-e-tresenco, li qiiatro pont j if a d'isclo en isclo, d'ounte li hadaire arregardon la tourre d'Embou e fan tuba si cachimbau.
La vint-e-quatrenco\, es lou sang cremesind'aquéli pescaire e de si bruni fi ho.
La vint-e-cinquenco, es la font de Ferriero, que pèr sounaigo fresco, lou fihan iè vai^devèspre, emé de bro, e barjo tant que pou ^ e se fa coutiga pèr si calignaire.
La vint-e-sieisenco, es la grand cariero que pnsso sus li pont car g a dôme e qu'es, au sèr, un rléu d^amour, carrejant pèr centenoli parèu enchuscla.
La vint-e-setencOy es aquelo desaviado de luno que jito dins nàsti clar tant de beloio diamantino, e fai courre sus Vaigo si blànqui fernisoun.
La vint-e-vuechencOj es la dougeno de moulin quespèron Anfos Daudet e mounte soulet serecampon li lapin.
Espetaclouso e mistoulino, la vint-e-nouvenco bèuta es lauto ftour qu'au mitan di pougnard un cop, dison, cade cent ans cracino e flou ris ; mai ié fau basto cinq semano pèr vira lou candélabre au prefouns de Vaire espanta.
LES TllENTE BEAUTES DE MARTIGUES 17
La vingt-troisième, les quatre ponts jetés d'île en île, d'où les badauds regardent la tour de Bouc en aspirant leurs calumets.
La vingt-quatrième, c'est le sang cramoisi de ces pêcheurs et de leurs brunes filles.
La vingt-cinquième, c'est la fontaine de Perrière, où les filles vont, le soir, puiser l'eau fraîche avec des brocs et bavardent tant qu'elles peuvent, et se font chatouiller par leurs amoureux.
La vingt-sixième, c'est la grand'rue qui passe sur les ponts chargés d'hommes et qui charrie, au soir, comme un ruisseau d'amour, les centaines de couples enivrés.
La vingt-septième, c'est cette folle de lune, qui jette dans nos lagunes tant de bijoux diamantins et fait courir sur l'eau ses blancs frémissements.
La vingt-huitième, c'est la douzaine de moulins qui attendent Alphonse Daudet et où les lapins se rassemblent dans la solitude.
Élégante et monstrueuse, la vingt-neuvième beauté, c'est la haute tleur qui éclate et s'ouvre au milieu des poignards^^ une fois, dit-on, tous les cent ans : il ne lui faut pas cinq semaines pour élever son candélabre au ciel émerveillé.
1 . Nos paysans donnent ce nom aux belles plantes hérissées de piquants et recourbées en 'forme de glaives barbares que Ton appelle vulgairement aloès : en réalité l'agave d'Amérique, qui depuis le xvi« siècle s'est répandu sur tous les rivages delà Méditerranée; on le retrouve également sur les pentes du vieux Monaco et sur la montée de l'Acropole d'Athènes. 2
La, trentenco... Santo bono Maire ^ li sian ! E vous ai rèn dit de si très glèiso, nimai de si ires curât j nimai de si très coungregacioun de fiho !
Fau saupre quau Martegues'amo d'anapèr très E que degun s en trufe, perqué lou noumbre très es sacra dins tôuti li religioun e lifîlousoufio. Ai rèn di^ paure de iéu, de nosti salo verdo, nimai di fià que fasènpèr Santo Madaleno I S'aipasvougu tira de long pèr lou marrit retra di bèuta martegalo, esque^ messies li Felibre, vous vole dire de f ana vèire, que noun é poudrés feni lou comte pèr iéu acoumença.