SOMMAIRE
a Le public français n'ignore pas absolument, il sait même grosso modo que le mouvement régionàliste actuel se rattache, en grande partie, à l'effort méridional déterminé en 1854 par Mistral et le groupe de Fontségugne, appuyé un peu plus tard par Berluc-Pérussis, Félix Gras, Louis-Xavier de Ricard et Auguste Fourès. Avec les surAdvances de l'école de Nancy, profondément ti^ansformées par Maurice Barrés, et le groupe breton bretonnant, qui, lui, n'a jamais défailli, tels sont bien les trois éléments des idées et des formulaires encours. Cependant, si l'on veut serrer d'un peu plus près les choses et, par exemple, se rendre compte des origines de l'Action et de la Fédération régionaliste, il faut se reporter à la Déclaration des jeunes Félibres lue par Frédéric Amouretti en présence
1. Extrait de la Revue critiquedes idées et des livres^ i909.
de Félix Gras*, le 22 février 1892, chez les Félibres de Paris.
« Celte pièce oubliée détermina, en son temps, une longue, vivace et profonde rumeur. Chez certains éléments officiels du Félibrige parisien ou provençal, l'émotion alla jusqu'à la terreur, et l'on raconte qu'un aimable maire de Paris, bon poète à ses heures, ne parlait pas sans un tremblement général des observations que lui avait adressées, au sujet des fédéralistes du Café Voltaire, M. le préfet de la Seine en personne. La lecture de cette déclaration causa, au sein du Félibrige de Paris, vingt-six mois de crise furieuse qui se terminèrent par l'expulsion solennelle de Charles Maurras que avait collaboré à la pièce et qui l'avait signée avec Amournlti C'étuit M. Pierre Laffitte, Tancien directeur du Positivisme-, secondé par Albert Tournier, mort récemment député de l'Ariège, qui menait la campagne au nom des centralisateurs. En vain, lé plus conciliant des radicaux, Maurice Faure, député de la Drôme, aujourd'hui vice-président du Sénat, avait dû remplir quelque temps l'office d'un Etat tampon. Du moment qu'il était question de pratiquer ce (jue le Félibrige avait
{. Félix Gras, élu capoulié ou président du Félibrige à a Sainte Estelle de Martig-ues, le 11 août précédent, auteur Idu Romancero provençal.
2. M. Laffitte oubliait un peu les idées de Comte : on se vengea plus tard en affichant dans la salle de réunion de l'École dissidente quelques phrases cruellement décisives du Système de politique positive sur ce grand sujet.
chanté, la scission était devenue inévitable entre les amateurs et les hommes d'action. Maurras expulsé, douze « jeunes félibres » donnèrent leur démission et allèrent fonder avec lui, sous la présidence d'Amouretti, leur chef, l'école parisienne du Félibrige qui, pendant cinq années, entretint un remarquable foyer d'études et d'agitation méridionales. C'est à l'Ecole parisienne que se recruta avec Charles Brun et Auguste Cavalier, le premier noyau de V Action régionaliste. C'est à elle qu'adhérèrent d'abord les deux hommes qui devaient plus tard diriger le Félibrige entier de 1900 à 1909 : Pierre Dévoluy et Jules Ronjat. C'est enfin à l'Ecole parisienne du Félibrige que faisait ses premières armes Adrien Frissant, aujourd'hui directeur du Provençal de Paris, l'un des principaux membres du nouveau Félibrige de Paris, l'âme de cette société occitane à laquelle a adhéré publiquement le marquis de Villeneuve-Esclapon, — le même qui présidait la réunion du 22 février 1892 où avait été lue la Déclaration, — le même encore qui, seize ans plus tôt, avait élaboré auprès de Mistral le statut organique du Félibrige du Midi.
« La Déclaration d'Amouretti est, comme on voit, rentrée en triomphatrice au Félibrige de Paris. Il aura suffi de dix-huit ans pour cela. C'est beaucoup, dit Candide. Ce n'est rien, répliqua Martin.
« Larésistances des Anciens, si violente fût-elle, avait été fort peu de chose auprès de l'enthousiasme avec lequel la jeunesse des pays d'oc, des Alpes aux Pyrénées, de la Garonne au Var, avait
accueilli le nouvel exposé des idées fédéralistes. Notamment à Marseille, le poète Auguste Marin, en ayant reçu communication dès le lendemain, le signa sur l'heure et le porta aux bureaux du Petit Marseillais, qui assurèrent au discours d'Amourettiune publicité considérable en Provence^ . « Cette émotion fut aussitôt manifestée par le plus grand témoignage que pussent recevoir de jaunes Provençaux dévoués à leur terre et à leiu* histoire : les auteurs de la pièce reçurent la chaleureuse approbation de Mistral, qui répondit à Maurras par F envoi de ce présent royal, son plus grand ouvrage, aquest Vibras'^ ^ disait la dédicace autographe : les deux immenses volumes du Trésor du Félihrige. Le journal que Mistral publiait alors les 7, 17 et 27 de chaque mois, VAioli^^ soutint énergiquement le petit groupe naissant qui venait mettre ses ressources de jeunesse, d'intelligence et de cœur au service de la pensée développée dans l'œuvre entière du Maître. Jamais cet appui ne fai-
1 . A la (( Sainte Estelle » de la même année, Marins André, lauréat des Jeux Floraux, prononça un éloquent et savant discours d'adhôsion au nouveau mouvement.
2. A mon ami Charles Maurras, aquest libras, Frederi Mistral, 1S92.
L'auteur de VÉtang de Bcrre possède un exemplaire de la Reino Jano où le poète fait un jeu de mots plus subtil : « Té, Mau-Ras, manjo e beù.., » Mot à mot : « Tiens, mal rassasié, mange et bois. » Le mal rassasié qui venait de recevoir la nouvelle édition des Iles d'or avait imploré un exemplaire de la Reine Jeanne qui venait de paraître.