LES ÉTOILES NOIRES DE PAUL ARÈNE
A Mademoiselle Anaïs, en lui envoyant une croix faite d^une petite pierre en forme d'étoile que Von trouve sur une colline de Saint-Vincent.
La voici l'étoile noire. — Ah ! la pauvre, comme elle avait froid, — au beau milieu des stalactites, — dans la froidure des glaciers.
Tenez, la voici, je l'ai trouvée, — un jour de ciel clair et de froid — où la soleillade hivernale — fondait la glace sur les coteaux bien exposés.
Elle était comme un lézard, — buvant les rayons et tremblant ; — je la cueillis, gelée et nue — sur la colline de Saint-Vincent.
Elle avait pour lit la roche dure . . . Diriez-vous pas, avec ses cinq rayons — et ses fines ciselures, — qu'elle était une étoile véritable ?
La fumée des orages l'a noircie. — D'où est-elle tombée ? personne ne le sait. — Mais je sais, moi, qu'elle est noire encore, — des feux d'amour qu'elle a traversés.
Les ramasseuses de bois et les bergers, — parfois ramassent sur le sol — de ces petites imitations d'astres — qu^on achète cent pour un sou.
Et, jour de marché, le vendredi — quand on les porte aux beaux messieurs — et au savant de Digne pour les vendre, — on fait des histoires sur elles.
L'on dit. . . Mais, moi, j'aime mieux croire — ce que croient les écoliers — et qu'enseignaient les aïeux.
Il parait que depuis des milliers d'années — ,
Toutes les fois que, sur terre, — un couple qui fut amoureux, — se trouve n'être plus ce qu'il était, — et d'amour va se sevrer ;
Toutes les fois qu'une maîtresse, — par méchanceté, par plaisir, — abreuve de vin d'amertume — son amant toujours épris ;
Et toutes les fois, ça c'est pire, — qu'un jeune homme, affreux païen, — de son cœur éteint la flamme — et puis se débauche en reniant ;
Une alors des pures étoiles — dont on voit le
ciel cloué, — de brume et de nuées se fait un manteau — et prend le deuil, là-haut.
Refroidie, mélancolique, — tremblante, couleur de sang, — l'étoile claire entre en agonie — puis s'éteint, et s'en va tombant.
Au travers des astres et des mondes ; — heurtant des peuples de soleil, — longtemps bondit et rebondit — puis s'enfonce dans nos neiges.
Et il y a comme cela des montagnes — où on les trouve assemblées ; — collines d'amour, vallées de larmes, — qui de les voir font pitié.
La voici, l'étoile noire. — Ah ! la pauvre, comme elle avait froid, — au beau milieu des stalactites — dans la froidure des glaciers.
Etoile, à qui manque le ciel, — Colomb, avec son art gentil, — en souvenir de la neige blanche
— l'a encadrée d'un fil d'argent ;
Et si Nais veut lui donner place, — pauvre étoile sans éclat, — dans les rubans bleus de son corsage,
— elle ne regrettera pas son ciel bleu.