LEPRE, SYRINGOMYELIE ET MALADIE DE MORVAN
Les plaques anesthésiques que l’on rencontre dans la maladie de Morvan devaient fatalement incliner les auteurs à la classer dans le cadre nosologique des maladies qui présentent dans leur allure clinique de telles zones d’insensibilité. On a donc rapproché la paréso-analgésie de la syringomyélie et de la lèpre.
C'est Déjerine qui, le premier, évoqua la lèpre. On avait constaté dans la maladie de Morvan l'existence de névrite hypertrophique semblable à la névrite lépreuse. En outre, la présence de cas nombreux dans un territoire fort limité de Bretagne ne devait-elle pas faire penser à un foyer lépreux ?
C'était aussi l’avis de Zambaco-Pacha (de Constantinople), auteur particulièrement versé dans l’étude de la lèpre. Il se rendit en Bretagne pour étudier les cas, et déclara que la maladie de Morvan était la manifestation d’une lèpre atténuée. On se mit à rechercher le bacille lépreux dans les lésions; une seule observation, celle de Souza Martin et Bettencourt mentionne la présence d’un bacille acido-résistant.
Mais on ne {rouve pas dans la lèpre ces cavités médullaires que présentent les malades de Morvan et les syringomyéliques. I faudrait donc que la syringomyélie elle-même fût une forme de la lèpre. Et c’est ce que des auteurs ont affirmé.
C'est sans doute aller bien loin. La lèpre, quand elle frappe la moelle, ne produit guère de lésions comparables à celles de la syringomyélie. La lèpre, dans le système nerveux, frappe surtout les nerîs périphériques. Zambaco avait constaté qu'il y avait des névromes dans les cas qui lui furent présen-
tés. Mais, pour Charcot, l'existence de névrite fusiforme n’est pas pathognomonique de la lèpre; d’autres SHC On peuvent s'en accompagner. |
Au surplus, on ne rattache guère plus, aujourd’hui, la maladie de Morvan à la lèpre. Nous devons dire, cependant, qu’en clinique la-distinction n’est pas toujours aisée. La lèpre peut déterminer des accidents qui simulent étonnamment le syndrome paréso-analgésique. La littérature médicale contient de nombreuses publications qui attestent de l’embarras des cliniciens. Mais l’anatomo-pathologie doit faire séparer nette- - ment les deux maladies. Il peut bien y avoir une forme clinique qui serait le type Morvan de lèpre nerveuse. On n’admet guère que la maladie de Morvan soit une lèpre caractérisée.
La ressemblance avec la syringomyélie du syndrome étudié par le médecin breton est bien plus grande. La discussion fut très chaude, lorsque Roth, en 1887, se basant sur l’analgésie, fit remarquer que la ressemblance était grande avec le type clinique que Schultze et Küble avaient décrit en 1882 et qu ils avaient appelé la syringomyélie. Morvan combattit pour l'individualité, non seulement clinique, mais anatomo-pathologique du syndrome qu’il avait décrit. Dans sa communication de 1889 (De l’anesthésie sous ses divers modes dans la parésoanalgésie), il écrivait : « La question est résolue anatomiquement. Je crois qu'il est également possible de la résoudre cliniquement et d'arriver à conclure que la syringomyélie et la paréso-analgésie sont deux maladies distinctes. » Morvan basait son opinion sur l'examen anatomo-pathologique fait par Gombault, en 1889.
= Nous avons dit que, anatomiquement, la moelle présente, selon Joffroy et Achard, les lésions habituelles de la syringomyélie : dans celle-ci, les lésions névritiques ne sont pas exceptionnelles. Cliniquement, on constate, dans la paréso-analgésie, de l’aveu même de Morvan, cette dissociation de l’anesthésie qui fait la physionomie particulière de la syringomyélie. Dans celle-ci même, on peut trouver des zones d’anesthésie totale. On remarquera aussi que la topographie des trou-