‹ L'État Actuel de la Maladie de MorvanChapitre 8 sur 14 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

(Morvan, Gazette hebdomadaire de médecine et chirurgie, 1890).

. (Yves), 44 ans, de Plouvien (Finistère), vient me voir le 18: mai 1889. I] présente une paréso-analgésie des deux extrémités supérieures.

P..., dont la santé générale est bonne, paraît robuste. Intelligence Done,

Pas d’antécédents de famille. Lui-mème n’avait jamais été malade jusqu’à l’âge de 17 ans. Il eut alors un panaris au pouce gauche, qu'il ne sait à quoi attribuer.

Rien depuis pendant onze ans. Il faut arriver à l’âge de 28 ans pour rencontrer de nouveaux panaris. Mais, à cette époque de sa vie, tous les autres doigts de la main gauche furent successivement attaqués, d’abord le médius, ensuite l'index puis le petit doigt et enfin l’annulaire. Ce fut l’allaire de deux àtrois ans, le malade ne précise pas davantage.

Quand tous les doigts y eurent passé, le mal s’élendit à la main droite. P... avait 32 ans; il affirme que, dans une nuit, tous les doigts de cette dernière main, à l'exception de l’annulaire, furent envahis par des panaris.

Il ne semble pas avoir trop souffert à ces diverses étapes de l’affection. Ses souvenirs du moins sont assez vagues sous ce rapport.

Quand il vient me voir, le 18 mai 1889, tous les doigts de la main gauche sont mutilés. Ils n’ont généralément que deux phalanges, la première qui esl entière et la. seconde qui est tronquée. C'est la suite du sphacèle qui à l'apparition de chacun des panaris a frappé le bout du doigt et a dépassé l'articulation phalangino-pha-

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langetline. Le médius seul, pourtant plus court que les autres doigts, contient des rudiments des trois phalanges. Il est le seul aussi, naturellement, à posséder un ongle, ongle rudimentaire à la vérité et tout déformé.

Main droite. -— 1° Le pouce a ses deux phalanges, mais la dernière est loin d’avoir ses dimensions ordinaires par suite du panaris qui a laissé au bout du doigt des traces de son passage. L’articulation phalangienne est conservée, mais l’ongle qui a repoussé est resté. petit, difforme; 2° L’indicateur et le médius possèdent les deux premières phalanges, mais ayant perdu la dernière, ils sont dépourvus d’ongle; 3° L’annulaire a conservé ses trois phalanges, mais la phalangette et l’ongle sont déformés;.4° Quant à l’auriculaire, il est indemne, c'est le seul des dix doigts qui n’ait pas eu de panaris.

Aux deux mains, les articulations phalango-phalanginiennes sont ankylosées; les artieulations métacarpo-phalangiennes elles-mêmes ont de la raideur et ne comportent que des mouvements bornés, Par suite, les doigts ne peuvent être portés ni activement ni passivement à l'extension ou à la flexion complète; ils sont toujours en état de demi-flexion. En revanche, les deux pouces ont conservé des mou: vements d'opposition assez prononcés.

C'est grâce à eux que les mains parviennent à saisir les objets.

Muscles de l’avant-bras très atrophiés et parésiés, moins cependant à droite qu’à gauche.

La piqûre de l’épingle n’est sentie ni aux doigts ni à Fe paume de la main gauche. Mais l’analgésie est incomplète au dos de la main et l’avant-bras; elle s’affaiblit en montant vers la racine du membre.

À droite, également de l’analgésie, mais incomplète, partout, même à la paume de la main. On sent la piqûre de l’épingle, la sensation est très émoussée. |

La thermanesthésie n’est complèle nulle part mais elle est bien réelle. Avec l’instrument de Roth, on la constate aux deux extrémités thoraciques et même à la partie supérieure de la poitrine. Elle va en diminuant au fur et. à mesure qu'on s'éloigne de la main. A la main on sent peu un écart de température de 20 degrés, tandis qu’au haut du bras et-à la poitrine on l’apprécie avec certitude.

La thermanesthésie cesse vers le rebord des fausses côtes où le

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malade accuse sans erreur un écart de 4 à 5 degrés. Elle est plus

marquée au membre gauche qu'au membre droit.

Sensibilité tactile. — Bien qu ‘elle persiste à un degré rotable et

que le malade indique avec précision le point touché, il est facile

de voir qu’il y a de l’hypoesthésie à chacun des membres supérieurs. Le frottement d’une barbe de plume s'y fait sentir beaucoup

moins qu'à la figure. La même épreuve dénote encore un reste de

sensibilité au dos des mains, mais rien à la face dorsale des doigts à partir de la première phalange ni à là face palmaire des mains.

Pour le toucher comme pour la température c’est le He thoracique gauche qui est le plus émoussé.

La paume des mains est sujette aux gerçures. Gelles-ci qui sont prononcées en hiver le sont beaucoup moins en été.

Membre abdominal gauche. — Il y a deux ans il se produisit à la partie interne et supérieure de la jambe une ulcération qui dura près de six mois. Il n’en reste plus que la marque. La jambe gauche est très notablement moins grosse que la droite : les muscles en sont atrophiés. Commencement d’analgésie et d’anesthésie.

Serisibilité tactile manifestement plus obtuse que du côté opposé.

Il est évident que le mal se propage au membre pelvien gauche. D'une manière générale, l’anesthésie tactile est partout moins accentuée que les deux autres espèces d’anesthésie. Scoliose dorsale droite assez peu marquée mais incontestable.

Pas d’arthropathies.

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