IV.— ATTITUDE DU PEUPLE LUXEMBOURGEOIS PENDANT LA GUERRE
Nombreux furent les Luxembourgeois qui, au cours de la guerre, manifestèrent énergiquement le profond mécontentement que leur avait causé la violation par l'Allemagne des plus élémentaires principes du droit des gens.
Des condamnations furent prononcées en grand nombre contre des citoyens dont la plupart n’avaient commis d'autre crime que de vouloir faire respecter leur indépendance.
Dès les premiers jours de l'occupation, les autorités militaires allemandes ont procédé à de nombreuses arrestations qu’elles
déclaraient motivées par des rixes, des discussions avec des
militaires allemands, des propos hostiles à l'Empereur ou à l’armée, des faits d'espionnage ou de trahison, ou même de simples infractions au droit commun, Le commandant du corp d'occupation prétendait, dans une lettre adressée le 10 août 1914 au gouvernement luxembourgeois, avoir agi pour la sauve- 24 des intérêts militaires et ajoutait que beaucoup de personnes avaient été arêtées à la suite de dénonciations de la population indigène:
A la date du 22 février 1915, le nombre des personnes arrétées s'élevait à 86, dont 14 appartenaient à l’un des Etats de l’Entente. Le plus grand nombre ont été relâchées par la suite, mais d’autres furent retenues en Allemagne jusqu’à l’armistice.
Bien que moins nombreuses, à partir de 1915, les arrestations n’ont pas discontinué. L'autorité allemande prenait pour prétexte de soi-disant faits d'espionnage ou de trahison, formule dans laquelle elle englobait tout acte contraire aux intérêts militaires allemands et même des délits de droit commun tels que la destruction ou la détérioration d'objets appartenant aux usines, la contrebande ou le recel d’objets introduits en fraude.
Les Conseils de guerre condamnait presque toujours, parfois à mort; ainsi M. Marcel Noppeney, avocat, directeur de « L'indépendance Luxembourgeoise » fut condamné trois fois à mort pour avoir négligé de cacher ses sentiments francophiles. M. Jules Fournelle, chef de bureau à l’administration des Chemins de fer du Prince Henri, fut aussi condamné à la peine capitale et ce n’est que grâce à l'intervention des plus hautes autorités luxembourgeoises que les condamnés ne furent pas exécutés. M. Emile Prum, député, fut pour le même motif que M. Noppeney, condamné à trois ans de bagne. D’autres payèrent de quelques mois ou de quelques années de prison, l’audace d’avoir voulu résister aux exigences de l’autorité allemande. Citons parmi eux M. Paul Palgen, ingénieur, président de la Ligue Française ; M. Frantz Clément, rédacteur et chef du Journa d'Esch ; M. Aloyse Kayser, député ; M. Paul Pehrvell, etce..., etc.
Pour éviter l'intervention du gouvernement, on lui cachait même le lieu de la détention préventive et on ne lui communiquait qu’à la dernière heure le siège du conseil de guerre compétent et la date d'ouverture du procès (1).
Ce ne fut pas la seule forme sous laquelle les Luxembourgeois manifestèrent aux Allemands qu'ils n’entendaient pas se soumettre à leur domination.
Tant au début qu’au cours de la guerre, trois mille Luxembourgeois réussirent à s'engager do l'armée e française et une