LE GRAND DUCHÉ DE LUXEMBOURG DEPUIS L'ARMISTICE DE
Au lendemain de l’armistice la question du Grand Duché de Luxembourg s’est posée avec toute son acuité. L'Allemagne est vaincue. Les troupes françaises et améri-
. caines entrent à Luxembourg au milieu d’acclamatiôns enthou-
siastes. Le maréchal Foch établit son quartier général dans la capitale, où les drapeaux de l'Entente remplacent ceux de l’Allemagne.
En violant la neutralité garantie à Londres, l'Allemagne à changé en hostilité la froideur traditionnelle des populations luxembourgeoises à son égard. Désormais, elle ne peut plus songer à maintenir le Grand-Duché dans son orbite politique où économique, ni espérer l’annexer un Jour, grâce aux voies obliques d’une union douanière ou ferroviaire.
Dès le 7 décembre 1918, la « Commission luxembourgeoise « d'étude des problèmes économiques posés par la guerre et ses « conséquences éventuelles » émet l'avis qué l'intérêt du pays exige impérieusement la dénonciation, le plus tôt possible, du traité d’accession au Zollverein et de la convention relative aux chemins de fer Guillaume-Luxembourg. & À
Le traité de Versailles, le 28 juin 1919, consacre cette séparation, dans la Section II de la partie III :
SECTION II. — Luxembourg
« AnT. 40. — L'Allemagne renonce, en ce qui concerne le « grand-duché de Luxembourg, au bénéfice de toutes disposi-
Lee
« tions inscrites en sa faveur dans les traités des 8 février 1842 « 2 avril 1847, 20-25 octobre 1865, 18 août 1866, 21 février «et 11 mai 1867, 10 mai 1871, 11 juin 1872, 11 novembre 1902
« ainsi que dans toutes conventions consécutives aux dits trai-,
« tés.
« L'Allemagne reconnaît que le grand-duché de Luxembourg « a cessé de faire partie du Zollverein allemand à dater du 1° jan- « vier 1919, renonce à tous droits sur l'exploitation des che- « mins de fer, adhère à l’abrogation du régime de neutralité du « Grand-Duché et accepte par avance tous arrangements inter- « nationaux conclus par les puissances alliées et associées rela- « tivement au Grand-Duché.
« ART. 41. — L'Allemagne s'engage à faire bénéficier le « grand-duché de Luxembourg, sur À “demande qui lui en sera « adressée par les principales puissances alliées et associées, « des avantages et droits stipulés par le présent traité au profit « des dites puissances ou de leurs ressortissants, en matières « économiques, de transport et de navigation aérienne. »
Ainsi l’Allemague déclare se désintéresser absolument des affaires luxembourgeoises ; elle doit souscrire à la dénonciation de tous les traités et conventions antérieurement passés avec le Grand-Duché ; elle reconnaît que le Luxembourg a cessé de faire partie du Zollverein et elle renonce à tous ses droits sur l’exploitation des chemins de fer.
Et maintenant, pour le Luxembourg dégagé de ses liens avec VAllemagne se pose un problème économique nouveau :
Doit-il vivre indépendant ? Si ses dimensions exiguës, sa situation géographique entre des pays puissants, le condamnent à un état de dépendance économique, est-ce vers la France ou vers la Belgique qu’il va orienter sa vie économique ?
La question n’est d’ailleurs pas seulement économique : elle a aussi un aspect politique. Les Luxembourgeois ont été trop habitués à voir le Zollverein et l’union ferroviaire, servir les desseins de la politique allemande pour ne pas apercevoir les liens étroits qui existent fatalement entre une union économique et une dépendance politique.
Traditionnellement, ils ont toujours affirmé leur volonté de subsister à titre d'Etat indépendant et si le referendum économique a été si peu favorable à la Belgique, « c'est certainement,