‹ L'État Actuel de la Question du LuxembourgChapitre 31 sur 45 · MAPS · texte numérisé non relu

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« de l’Entente, il soit accordé aux Luxembourgeois de pous « voir exprimer sans contrainte leur attachement à la France. »

Le peuple luxembourgeoïs n’a sans doute pas oublié qu'après les traités de 1839, la Belgique avait refusé de conclure une union économique avec le Grand-Duché. Les menées annexionnistes du comité de politique nationale ont plutôt desservi la cause belge. Si les sympathies ont joué leur rôle dans le referendum économique, elles allaient plutôt vers la France qui avait laissé les Luxembougeois fixer eux-mêmes leur sort.

Dans cette question purement économique, la population s’est d’ailleurs surtuut inspirée de ses intérêts matériels. Dédaignant les raisonnements spécieux échafaudés par le Comité de politique nationale et la presse belge, elle a préféré écouter la voix de ses organes qualifiés.

A de fortes majorités ils se sont tous prononcés pour uneunion économique avec la France : lacommission luxembourgeoise d’études des problèmes posés par la guerre ; les représentants des ateliers de construction de machines et des fonderies ; la Fédération des ouvriers de la grosse industrie ; les Cheminots; La Confédération cantonale des employés privés d’Esch-sur- Alzette ; la Commission spéciale du travail nommée par le gouvernement (représentant les intérêts des ouvriers occupés dans la grosse, la moyenne et la petite industrie) ; les Conseils municipaux de Bettembourg et de Hayl. Tous demandent à la presque unanimité l’union économique avec la France.

En ce qui concerne l’agriculture 800/0 des associations agricoles du Grand-Duché demandent l'union avec la France; 15 0/0,représentant les intérêts spéciaux des viticulteurs, demandent lu- nion avecla Belgique ; 5 0/0 s’abstiennent.

Ainsi, représentants de l’agriculture, ouvriers, cheminots, employés étaient très généralement partisans d’une union économique avec la France. Dans ces conditions, le résultat du scrutin sur le referendum économique ne pouvait guère faire de doute. Sur 126.193 inscrits, 90.984 électeurs et électrices ont pris part au vote, comme pour le referendum politique. Sur 82.375 suffrages valables, 60.133 se sont prononcés pour l'union économique avec la France et seulement 22.242 pour l'union économique avec la Belgique.

La Belgique supportait mal cet échec, auquel elle devait

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pourtant s'attendre. Sous prétexte que son envoyé à Luxembourg, le prince de Ligne, n’avait qu'une mission spéciale, celle de diriger des pourparlers avec le gouvernement grandducal, pourparlers rendus désormais inutiles par l'orientation économique vers la France, décidée par la consultation nationale, elle rappela son ministre.

De son côté le gouvernement français ne manifesta ofliciellement aucune satisfaction des résultats du referendum. Sortant de sa réserve, la grande presse parisienne signalait l’importance économique de ce scrutin et analysait les avantages que pouvait retirer la France d’une union avec le Luxembourg. À la tribune du Sénat, M. Reynald soulignait l'intérêt de ce referendum. Mais le gouvernement paraissait continuer à se désin-

téresser du Grand-Duché, et à la notification que lui fit le cabi-

net de Luxembourg du résultat de la consultation nationale, il n’a fait aucune réponse.

Depuis, il a cru préférable, au lieu de conclure des conventions économiques avec le Luxembourg, d’une part, et la Belgique, d'autre part, de régler ces questions par un accord entre les trois pays. Ce point de vue n'avait pas fait l'objet d'une question dans le referendum du 28 septembre 1919. Il eut certainement rallié l’unanimité des suffrages. D'ailleurs le rapport de la commission d'étude des problèmes économiques concluait en cestermes (1):

« Dans notre étude, nous avons envisagé seulement le cas où « nous n’aurions que le choix d’une union douanière, soit avec « la Belgique, soit avec la France. Il n’y a pas de doute pour « nous que, dans ces conditions, nos intérêts matériels réclament « une orientation vers la France. Maïs si une entente écono- « mique entre les trois pays pouvait se faire, il va sans dire «que nous ne saurions que nous féliciter d’une pareille solu- «tion du problème qui nous occupe. »

Dans une interview donnée, peu de temps après la consultation nationale, à un reporter du Petit Parisien, la Grande- Duchesse Charlotte avait accepté le principe de cette combinaison. Le referendum en faveur de la France ne s’y opposait pas. Avant le scrutin, M, Reuter, ministre d'Etat, avait eu soin

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d’en préciser, devant la Chambre des Députés, la portée limitée. À ses yeux il n'avait pas la valeur d’un ordre légal donné au gouvernement de conclure une union avec la France ; c'était un procédé destiné à faire connaître aux puissances dé l’Entente les vœux du peuple luxembourgeoïs, en vue de les déterminer à préciser leurs propres intentions concernant le Grand- Duché.

Le 7 mai 1920, M. Reuter révélait à la Chambre, l'intention

de la France de mener les conversations à trois : France, Belgique, Luxembourg. Il s’exprimait ainsi :

« Après un échange de vue avec le chargé d’affaires de France et après avoir pressenti le gouvernement belge, je suis en mesure de donner à la Chambre les cat: suivantes sur la solution de la question qui est pendante entre les deux pays et le Grand-Duché ;

« Les négociations relatives à l’exploitation des chemins de « fer Guillaume-Luxembourg auront lieu à Bruxelles entre les représentants des trois pays.

« À la suite des pourparlers au sujet des chemins de fer

nous avons l'intention de reprendre à nouveau les négocia-

« tions au sujet des relations économiques entre la Belgique et le Luxemdourg.

« La France ne désire pas pour le moment contracter une

union économique avec le Lurembourg. Mais elle pense

régler les questions économiques avec le Luxembourg dans

« une conférence immédiate entre Les trois pays et au moyen

« de traités.

« La Belgique a l'intention d’accréditer très prochainement

un ministre plénipotentiaire à Luxembourg.

« je me ferai un devoir de renseigner la Chambre et le

« pays sur ce qui arrivera dans la suite. »

Justement ému par cette déclaration assez imprévue, le gouvernement décida d'envoyer M. Reuter à Paris pour étudier la question sur place. Arrivé à Paris le 25 mai, le ministre d'Etat a eu des entretiens avec M. Millerand,M. Léon Bourgeois, M. Raoul Péret M. Briand et des députés des départements voisins du Luxembourg. Mais jusqu’à présent ces échanges de vues n'ont pas abouti à une convention.

Tel est l’état de fait de la question luxembourgeoise. On voit

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qu’elle n’a pas fait grands progrès depuis l'armistice. Le traité de Versailles n'a guère fait que dégager le Grand-Duché de l'étreinte germanique, mais sans lui donner un nouveau statut, ni politique, ni économique.

La discussion reste donc ouverte.

Après avoir exposé l’évolution de la question, nous devons maintenant examiner le fond même et rechercher successivement la condition économique et la condition politique qu’il convient de donner au Luxembourg.

Orientation économique du Grand-Duché de Luxembourg

Les pourparlers annoncés entre la France, le Luxembourg et la Belgique ont fait perdre beaucoup de son intérêt au referendum du 28 septembre 1919, qui posait la question de l’orientation économique vers l’un des deux pays seulement, soit la France, soit la Belgique. Si les résultats ont prouvé que les intérêts du Luxembourg lorientaient, de préférence vers la France, les déclarations de la Grande-Duchesse ont bientôt manifesté la faveur que rencontrerait une alliance économique à trois, où la Belgique ne serait plus une concurrente, imais une associée.

Cependant, l’état encore peu avancé des négociations, les surprises auxquelles il faut peut-être s’attendre, sil’on se souvient de celles qui ont suivi les événements de 1839, n’enlèvent pas toute actualité à l’examen de la question qu’agitait lereferendum.

Le Luxembourg depuis la dénonciation du Zollverein et des conventions ferroviaires, vit dans un état d'incertitude préjudidiciable à son industrie comme à son agriculture, Il est urgent pour lui d’en sortir et il n’est pas inutile de montrer les avantages que le Grand-Duché peutattendre d’une union économique avec la France, avantages supérieurs à ceux que lui procurerait une alliance avec la Belgique seule (1). Si l’activité poli-

1. Les chiffres qui suivent et les éléments de ce chapitre ont été empruntés aux rapports présentés à la Commission luxembourgeoise d'étude des

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tique belge a réussi à engager la France dansla voie des négociations économiques, le referendum n’en aura pas moins obtenu ce résultat de faire sortir la France de son silence à l’égard du Luxembourg et d'associer celui-ci à ses conversations.

Le Luxembourg ne pouvait, en effet, songer à conserver son autonomie économique. Sans doute c’est un pays riche ; sa fortune s'élevait avant la guerre à plus de 3 milliards de francs, soit 12.000 francs par habitant, chiffre qui n’ést atteint à beaucoup près par aucune autre puissance (1).

Ses importations et ses exportations végétales et animales se compensent à peu près et son industrie lui laisse un excédent d'importation annuel de 50 millions de francs environ. Malgré les 400 millions de capital étranger engagés dans le Luxembourg, sa balance de compte accuse chaque année un excédent net de 22 millions et demi de francs.

Le Luxembourg ne pourrait cependant vivre économiquement indépendant. Son agriculture habituée à la protection du Zollverein se verrait exposée à la ruive par la concurrence belge, à moins d'établir une ligne douanière dont la’ surveillance serait difficile et coûteuse en raison de l’étendue considérable des frontières par rapport à l’exiguité du territoire (360 km.). Quant à l’industrie, elle pourrait payer les importations qui lui sont nécessaires avec l'exportation de ses produits, qui dépasse notablement les importations, mais en période de surproduction les voisins pourraient réduire leur ‘production aux besoins de leur marché intérieur, en diminuant leurs bénéfices, tandis que l’industrie métallurgique luxembourgeoise privée de marché intérieur et ne pouvant plus écouler à l'extérieur les 93 0/0 de sa production qu’elie doit exporter serait contrainte d’éteindre seshauts fourneaux.

Le Luxembourg doit donc chercher son admission dans un système économique plus large. Celui qu'il préférera, c'est celui qui l’approvisionnera en matières premières, assurera à ses

problèmes économiques posés par la guerre et au rapport d'ensemble de M. Widung, Docieur es sciences politiques, attaché à la Commission. Ces chiffres sont, en principe, ceux de1913.

x. Avant la guerre cette quote-part était évaluée à 5.300 francs pour la Belgique, 7.500 francs pour la France, 9.720 francs pour la Grande-Bretagne, 10.500 francs pour les Etats-Unis et 6.440 francspour l'Allemagne.

produits le meilleur écoulement et qui apportera à son marché intérieur la moindre concurrence.'En échange de ces avantages, il lui apportera des compensations : « En effet, le eds « étant un des centres les plus riches du monde, présente au « pays auquel il se rattache commercialement, d’abord un « débouché rémunérateur pour ses produits industriels. Ensuite, « par son importanté produetion métallurgique, il offre, en « retour, des produits de nature à renforcer sensiblement la « position commerciale et politique de son co-contractant, puis- « que l'influence politique suit le pavillon commercial, à en « améliorer encore la balance commerciale et par suite à en « raffermir également le change (1). »

Le retour de la Lorraine à la France incitait le Luxembourgà s'unir économiquement à notre pays. Tous les représentants des intérêts économiques du Grand-Duché ont, en effet, reconnu l'importance capitale qu’il y aurait pour lui à ne pas être séparé, par une barrière douanière, de la Lorraine où la métallurgie trouvera une base minière large et durable, la petite et moyenne industrie de grandes facilités pour l’écoulement de ses produits, l’agriculture un débouché rémunérateur.

Le Luxembourg peut se diviser en deux parties nettement distinctes. L'industrie métallurgique est confinée dans le Sud du pays ; le reste forme une région principalement agricole.

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