ER" NE
Bien que la dynastie obtint 50.000 voix de plus que le régime républicain, la couronne n’avait pas lieu d’être fière des résultats du scrutin. Malgré l’appoint des voix féminines dirigées par le clergé, la Grande-Duchesse n’avait guère recueilli que la moitié des suffrages des électeurs inscrits. Le nombre des abstentions était énorme, plus du quart des inscrits, et il n'est pas téméraire de conjecturer que la plupart étaient ndes voix républicaines qui avaient cru inutile de prendre partà un scrutin dont elles n’espéraient pas voir sortir une majorité en faveur de la République.
Sur la question d'orientation économique, le début affectaitun caractère international. Les puissances intéressées, la France et la Belgique, observèrent, au cours de la campagne, une attitude parfaitement opposée. Tandis que les Belges firent une active propagande, la France conserva, avant comme après le serutin, une complète passivité.
Dans son avis du {1° avril 1919, avant l’aventure de la campagne, avant même que la Chambr eut été saisiede la question du referendum économique, le Conseil d'Etat notait déjà l’activité de la propagande du côté belge, tandis qu'il restait muet sur l’action de la France. Répondant à une objection tirée de l’incompétence des masses populaires, il constatait qu'elles étaient déjasaisies du problème : « Les partisans d'une union « avec la Belgigue ont ouvert la campagne, depuis quelque « temps déjà, par la voie de la presse et par la voie de la bro- « chure distribuée par milliers d'exemplaires aux membres des « groupements économiques. »
Cette intense propagande était dirigée par le‘ Comité de Politique nationale dont M. Pierre Nothomb était le fondateur et le secrétaire général. Il multipliait les tournées de conférences, les articles de journaux dans la presse belge et la presse luxembourgeoise, en faveur d’une union économique du Grand Duché avec la Belgique.
Le gouvernement belge lui-même ne se désintéressait pas de ja question. Il avait envoyé à Luxembourg, un ministre le Prince de Ligne, chargé d'engager des pourparlers avec le gouvernement grand-ducal.
La France, au contraire, paraissait indifférente aux aflaires luxembourgeoïises. La grande presse parisienne, très répandue
LA
2 GJrs
dansle Grand-Duché, n'en souflait mot. Les journaux des régions frontières, le Messin excepté, n’yconsacraient que quelqueslignes. Cette réserve était trop unanime pour ne pas procéder d’un mot d'ordre officieux. Le gouvernement français n'avait pas rétabli les relations diplomatiques. M. Mollard, ministre plénipotentiaire à Luxembourg avant la guerre, restait éloigné de son poste.
Comment expliquer cette étonnante réserve de la France à l'égard d’un pays qui n’avait laissé aucune occasion de manifester ses sympathies pour elle.
C’est que le gouvernement français se considérait, sans doute, comme engagé envers la Belgique par l'attitude du cabinet Ribot en octobre 1916. Le gouvernement belge, à Sainte-Adresse, avait revendiqué le Grand-Duché de Luxembourg et M. Ribot, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, avait
pris acte, au nom du gouvernement français, de cette prétention.
Il est difficile de dire si, et dans quelle mesure, la France était liée, M. Ribot avait-il seulement donné acte au cabinet belge de ses revendications ? Ou avait-il souscrit l’engagement de les soutenir, les admettant d'avance comme fondées ?
Le protocole était resté secret et sa teneur inconnue.
Quelle que soit sa valeur, au point de vue du droit internationnal, ce fait explique clairement l'opposition d’attitude, entre la France et la Belgique. Le gouvernement français se considère comme engagé envers la Belgique, au sujet d’une annexion qu'il a peut-être acceptée. Il tient à honneur de montrer son parfait désintéressement et de ne rien faire qui ressemble à une violation de la parole donnée. Peut-être aussi veut-il laisser le Luxembourg libre de fixer ses destinées.
Quant à la Belgique, elle n’a pas renoncé à son rêve de 1831. Elle espère profiterdu bouleversement mondial, de la révision de la carte d'Europe, pour obtenir l’incorporation à son territoire du Luxembourg, dégagé de ses liens avec l'Allemagne. A la Conférence de la paix, elle introduit de nouveau une requête aux fins d'annexion. L'union économique serait pour elle un premier pas vers l'union politique.
Voilà pourquoi la Belgique agit avec tant d’ardeur pour obtenir un referendum économique en sa faveur. Voilà pourquoi elle est entrée avec tant de fougue dans une campagne en
| apparence purement économique.
Aussi sa propagande cherche-t-elle à faire dévier le débat du terrain purement écononomique sur le terrain des sympathies, sur le terrain politique et même religieux.
La presse belge agite aux yeux des catholiques luxembourgeois le spectre done France anticléricale et lui FRRSE la communauté de religion avec la Belgique ; elle va jusqu’à prétendre que la France a eu l’habileté de choisir comme troupes de garnison à Luxembourg un régiment breton,composé de catholiques, pour donner le change sur les véritables sentiments des Français. Aux conservateurs, elle propose un rapprochement avec une monarchie constitutionnelle au lieu du régime français, démocratique et républicain. Ne va-t-elle pas jusqu’à prétendre que, si la France ne fait pas de propagande officielle, c'est pour agir sournoisement en dessous. Elle se plaint qu'après l'armistice, le Luxembourg ait été occupé par des troupes françaises, au détriment d’un prétendu accord qui attribuait ce privilège à des corps belges, comme si le maréchal Foch en établissant son Quartier Général à Luxembourg, n'avait pas agi plutôt comme chef militaire de l'Entente et comme si des considérations d'ordre militaire ne suffisaient pas à justifier la désignation, comme siège du Grand Quartier Général des Alliés, de la capitale d’un pays qui avait été une des principales bases de l’armée allemande pendant toute la guerre.
L'un des principaux journaux du Grand-Duché : l’/Indépendance Luxembourgeoise dont le Directeur, M. Noppeney, est un des plus chauds défenseurs de la cause française, protestait énergiquement contre la campagne menée par le Comité de Politique nationale. Pendant plusieurs semaines il inséra quotidiennement en tête de ses colonnes, la protestation suivante :
« l'Indépendance Luxembourgeoise, au nom de l'idéal poli- « tique qu’elle représente depuis près d’une demi-siècle, au « nom des principes qu’elle a, de tout temps défendus, au nom « de ses sympathies sans défaillance pour la France, au nom « de l’indépendance du pays qu’elle exprime par son titre, pro- « teste contre l'ingérence de la Belgique dans les affaires inté- « rieures du Luxembourg et demande que,conformément au droit « de libre disposition des peuples reconnu par les puissances