Ries, Le peuple luxembourgeois, p
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jours eu une existence distincte. Cette indépendance séculaire il veut la conserver. Après 1839, il eut accepté d’être confondu en un seul royaume avec la Belgique parce qu’il aimait mieux être Belge que Hollandais. Depuis, ses préférences se sont tournées vers la France. Il aimerait mieux être Français que Belge. Mais une ambition domine celle-là : il veut rester lui-même. Ses aspirations sont toujours celles qu’exprimaient les pétitions de 1867. Si son autonomie devait disparaître, c’est vers la France qu'il voudrait s'orienter ; mais avant tout il veut conserver son indépendance. Tel est, encore aujourd’hui, le sentiment à peu près unanime de la population. Le gouvernement avait voulu insérer dans le projet de referendum deux questions sur l’orientation politique vers la Belgique ou vers la France. Le Conseil d'Etat les a écartées, comme ne rentrant pas dans les termes du vœu exprimé par la Chambre en faveur d’une consultation sur la forme future de l'Etat ; elles les a écartées aussi comme prématurées et inopportunes. Depuis, la question s’est posée en fait, grâce à la propagande annexionniste du Comité de politique nationale belge. Pour la Belgique, l’union économique devait être la première étape de l’annexion. Cette campagne a fait tort à la Belgique et le scrutin n’a certainement pas été seulement un vote d’intérêts, mais un vote de sympathie et de préférences pour une union économique avec la France, qui avait, avec quelque exagération peut-être, montré son désintéressement à l'égard de l’union politique comme de l’union
économique.
Le vœu unanime du peuple luxembourgeois est de rester luxembourgeois. Dès le 5 octobre 1918, la colonie luxembourgeoise, réunie à Paris, sous la présidence de M. Funck Brentano inscrivait dans son programme l'union économique et ferroviaire avec la France et la protection militaire de la France et de l’Entente pour le Grand-Duché, donc le maintien de son indépendance. Depuis l'armistice, les groupements intellectuels ou économiques quise sont prononcés pour l'orientation économique vers la France, ou bien ont laissé de côté la question
politique, ou bien ont revendiqué le maintien de l’autonomie.
Il faut s’incliner devant cette unanime manifestation de la volonté traditionnelle d’un peuple, si peu importants que soient le chiffre de sa population et l'étendue de son territoire. Devrait-
= 04 — on refuser au Luxembourg, Etat séculairement indépendant, le droit de disposer de lui-même, accordé au Sleswig et aux petits Etats de la Prusse Orientale ? Le cabinet belge a fini par le comprendre. La leçon du 28 septembre 1919 lui a profité et il a cessé de revendiquer comme belge un territoire qui veut rester luxembourgeois. S'il n'a pas renoncé à son action en
Luxembourg, il lui a donné une autre forme. L'incroyable
indifférence de la France à l’égard des résultats du referendum, l'a encouragé à réparer son échec ; il a réussi à faire sortir la France de son silence, à son propre profit. Aujourd'hui la question politique n’est plus posée. Sur le terrain économique et ferroviaire, les pourparlers se poursuivent maintenant à trois : France, Belgique et Luxembourg pourront former une union économique des Gaules, laissant à chaque membre son indépendance politique, ou réservant à l’avenir le soin de forger des liens plus étroits,
Le président de la thèse,
A. WEISS Le Doyen de la Faculté ;
F. LARNAUDE
Vu et permis d'imprimer, le Recteur de l'Académie de Paris