Servais, Autobiographie, p
LR ODreE
de plus de huit fannées avec la Belgique et les sympathies belges — peut-être affectées et intéressées — à son égard. L'opinion luxembourgeoise demandant une union douanière avec la Belgique, des pourparlers furent engagés et échouèrent par suite du mauvais vouloir du gouvernement belge ; sans doute pensait-il s’attirer les bonnes grâces de sa puissante voisine l'Allemagne, qui cherchait à faire peser sur le Luxembourg un joug économique en vue de le soustraire à l’influence française.
Hostile à l'Allemagne, le Luxembourg voyait le danger de son immixtion économique s’ajoutant à l’immixtion politique. La Chambre de commerce du Luxembourg, la majorité de la. vopulation, la commission d’enquête et le roi-grand-duc luimême se prononcèrent contre l'entrée du Luxembourg dans le Zollverein, Frédéric Guillaume IV de Prusse usa alors de l'intimidation. Il menaça son cousin de La Haye d’avoir toute l'Allemagne contre lui. Guillaume IT des Pays-Bas finit par céder, En présence du roi de Prusse il signa l'acte d’accession du Luxembourg au Zollverein, à la Haye le 8 février 1842. C'était renoncer à l'autonomie économique.
L’industriel et le capitaliste allemands :s" infiltrèrent d’abord dans les entreprises luxemhourgeoises, derrière un prête-nom luxembourgeois, belge ou français. Peu à peu ils mirent la main sur les plus importantes usines ; luxembourgeoïises en apparence, elles vivaient de capitaux allemands et obéissaient à des chefs allemands. \ À
L'union douanière est, pour | Allemagne, un mervéilleux à instrument, non seulement économique, mais es
A Luxembourg s’installe un directeur des douanes sorti d’une administration prussienne et nommé sur la proposition du gouvernement prussien. Il ergote sur les lois luxembourgeoises, il les amende, les modifie, les adapte au moule prussien.
Parfois le gouvernement luxembourgeois résiste. Pendant la guerre de Crimée, il refuse d'interdire l'exportation des chevaux en France. En 1854 il maintint, malgré Berlin, le régime de l'alcool.
Mais il est obligé de céder sous peine d’une rupture brutale et prolongée des relations économiques.
Le renouvellement des traités d'union devient une occasion
de chantage : la Prusse refuse de discuter avec les ministres qui n’obéissent pas servilement,
Après 1871 la tutelle économique allemande se complétera d’une tutelle sur les chemins de fer. Mais avant de l’étudier, nous devons exposer Les graves événements de 1866-1867 qui ont permis au Luxembourg de montrer, une fois de plus, de quel côté allaient ses sympathies,
IV.— Les ÉéveNEMENTS DE 1866-1867 LE TRAITÉ DE LONDRES ET LA NEUTRALITÉ DU LUXEMBOURG
Au lendemain de Sadowa, la Confédération Germanique, dissoute en fait par la guerre entre l’Autriche et la Prusse, fait place à la Confédération de l’Allemagne du Nord. Bismarck n’insiste pas auprès du Luxembourg qui montre une répugnance marquée à s’aflilier au Nordbund. Mais la rupture du pacte
fédéral ne justifie plus la présence d’une garnison prussienne à
Luxembourg. A trois reprises, le cabinet luxembougeois pose la question au cabinet de Berlin et dans la note du 42 novembre 1866, M. de Tornaco lui propose imprudemment un arrangement prusso-luxembourgeois « établissant avec l'Allemagne « des rapports internationaux, une alliance fondée sur une « union commerciale, et une défense commune à laquelle servi- « rait la forteresse de Luxembourg, qu’occuperait une garni- « son composée de Luxembourgeois et d’Allemands (1) ».
La Françe n’envisageait pas sans inquiétude l'intention de la Prusse de prolonger l'occupation militaire, prélude de
l'annexion. Pour calmer l’opinion publique, émue par l’acquisi-
tion d’un territoire dont la population avait des sympathies et des attaches historiques avec la France, Napoléon III fit faire des offres d'achat au roi-grand-duc Guillaume III. Celui-ci accueillit sans répugnance la dissolution des liens dynastiques entre les Pays-Bas et le Luxembourg. Mais il n'osa conclure sans l’assentiment formel de Berlin.
Bismarck engagea un débat au Parlement de la Confédération du Nord. Il se montra courtois envers le gouvernement
1. Servais, Le Grand-Duché de Luxembourg et le traité de Londres, p.50. à
LS
français et après avoir reconnu que, depuis la dissolution de la Confédération germanique, le Grand-Duché et le grand-duc jouissaient d’une pleine indépendance, il ajoutait qu'avant d'exprimer son avis, il prendrait celui de ses confédérés, des signataires du traité de 1839 et du Reichstag. Il se retranchait derrière une opposition parlementaire qu’il avait préparée.
Le grand-duc et son ministère néerlandais étaient perplexes, et les puissances inquiètes cherchaient à se tenir en dehors du conflit devenu imminent entre la France et la Prusse.
En avril 1867, le ministre autrichien Beust prit l'initiative de la proposition suivante : laisser le Luxembourg au roi des Pays- Bas, ou le céder à la Belgique contre restitution à la France de villes perdues par elle en 1815, Philippeville, Marienbourg et Bouillon ; la Prusse renoncerait dans l’une et l’autre alternative à tenir garnison dans Luxembourg dont les fortifications pourraient même être démolies. |
La Russie et l'Angleterre se déclarèrent favorables à ce projet ; Bismarck aussi, mais avec les mêmes réserves peu rassurantes concernant l'opinion publique allemande.
Le gouvernement français, tout en n’excluant, par esprit de conciliation, aucun arrangement compatible avec la dignité et les intérêts de la France, considérait l’évacuation de Luxembourg parles troupes prussiennes comme la condition sine gaa non d'un accord acceptable. Il ajoutait que si, à défaut d’autonomie sous le roi des Pays-Bas, les Luxembourgeois étaient appelés à opter entre la réunion à d’autres pays voisins, les. trois quarts des votes seraient en faveur de la France. (1)
C'était retracer fidèlement l'opinion luxembourgeoïse, car l'incorporation à la Belgique trouvait peu de partisans et une pétition en ce sens avait recueilli peu de signatures (2). Le roi Léopold finit par refuser le cadeau qu’on lui offrait.
L'opinion luxembourgeoise ne demandait qu'à conserver au pays son indépendance sous l'autorité de la Maison d'Orange- Nassau. Depuis 1840 le Grand-Duché jouissait de l’autonomie politique et administrative, qui lui avait permis de réaliser des
progrès de tous ordres. Mais si le maintien de l’indépendance | 1. Note citée par Dontenville, La France et Le Grand-Daché de Luxembourg, p. 15 et 16.