‹ L'état et la mainmorte, ou La loi sur les biens de l'égliseChapitre 14 sur 15 · LE PARLEMENT ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT ET LA RÉVOLUTION

Il faut que le Parlement y songe. Jamais il ne s’est trouvé dans une situation aussi critique. C’est son autorité morale qui est en jeu. Il s’agit de savoir s’il détruira lui-même son œuvre, comme on l’y invite, et si, effrayé pour ainsi dire de son propre rôle, il reculera timidement dans la voie que la révolution lui a tracée.

Le danger est plus grand qu’on ne le pense. L’assemblée ne peut se démentir, sur un sujet aussi grave, sans condamner l’Italie à douter d’elle-même et de son avenir. Comment croire à un droit qui semble abdiquer après quelques mois et qui s’incline devant ses adversaires ?

Le passé n’avait donc pas tort, puisqu’on traite aussi solennellement avec lui? Qui sait s’il n’est pas appelé à revivre et à reconquérir le terrain qu’il semblait avoir perdu?

Quand on a suivi de près le mouvement qui a groupé en un seul corps les membres de la Péninsule, on ne peut s’empêcher d'admirer ce grand coup de la fortune. Un édifice élevé si rapidement ne peut avoir la solidité qu'il aurait, s’il était l’œuvre des siècles. C’est un motif de plus pour ne pas l’exposer témérairement à des secousses et pour lui donner, s’il est possible, des fondements plus solides.

O faciles dare summa Deos , eademque lueri

Difficiles (1).

a dit un poète de cette ancienne Rome qui doit redevenir la capitale de l’Italie, et c’est ce que ne doivent jamais oublier les hommes politiques.

La révolution italienne a été faite en grande partie par les classes lettrées et Ce sont elles qui en ont profité presque exclusivement jusqu’à ce jour. On ne .

peut pas dire sans doute que le peuple y soit resté complètement étranger; mais il ne connaît encore de la révolution que

(1) Luc. Phars. Cant, i.

les charges plus ou moins lourdes qu’entraînent toujours, par une sorte de fatalité, les crises de cette nature.

Ces biens de main-morte, qui ont été si longtemps dérobés à l’appropriation individuelle, semblaient avoir été réservés par la fortune pour permettre aux prolétaires des villes et des campagnes de s’asseoir fortement sur le sol et d’y prendre en quelque sorte racine. On peut s’en servir sans négliger les intérêts du Trésor pour donner à la révolution des légions de défenseurs. La pensée en a été plus d’une fois exprimée dans la Chambre; elle était au fond de cette loi du 7 juillet qu’on prétend décapiter. Le Parlement y renoncera-t-il ?

Les partisans de la loi, M. Minghetti entre autres, se défendent de vouloir ressembler aux Jacobins. Qu& ces braves^ gens se rassurent, ils n’ont rien de com- * mun avec ces vigoureux esprits. Ils prétendent aussi savoir mieux l’arithmétique; je n’en doute nullement. Mais si les Jacobins pouvaient les entendre, ils se lèveraient du fond de leur tombe pour dire à ces prétendus hommes d’Etat :

« Vous nous accusez d'avoir mal vendu les biens de l’Eglise : on nous proposait aussi de les racheter au nom du clergé; mais ils nous en auraient offert des milliards, que nous n'y aurions jamais consenti. Ces biens furent dans nos mains la semence de la révolution. Nous prîmes cette semence et nous la jetâmes, comme des laboureurs, à travers la France. Un peuple en sortit. Quelques années après, lorsqu’un soldat parjure trahit la cause de la liberté, il trouva ce peuple déjà enraciné dans le sol, et, malgré tous ses rêves de monarchie, il fut obligé de s’incliner avec ses victoires devant cette puissance nouvelle. Plus tard, quand les anciens rois, ramenés par l’Etranger, reparurent en France et voulurent relever le cadavre du passé, ils durent renoncer à leur coupable entreprise, parce qu’ils aperçurent partout, derrière ce peuple de propriétaires, la révolution debout avec ses piques. »

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