‹ L'état et la mainmorte, ou La loi sur les biens de l'égliseChapitre 13 sur 15 · CG · texte numérisé non relu

CG

.tomberait sous le joug de la théocratie.

Qu’on ne parle plus de l'Eglise libre dans l’Etat libre, c’est là une fausse enseigne; voici le vrai titre de la loi : L’Eglise riche et puissante dans l’Etat paume et affaibli.

XHI.

COMMENT IL FAUT RÉPONDRE AU PROJET DE LOI, OU PROPOSITION D'UN ORDRE DU JOUR.

La Chambre compte dans son sein un grand nombre de jurisconsultes, d’économistes, d’hommes politiques, dont la voix a servi plus d’une fois d’organe aux principes sur lesquels repose la société moderne. Plusieurs ont soutenu au barreau et dans les Universités les droits de l’Etat contre les empiétements de l’Eglise. Quelques-uns ont publié des livres justement estimés sur les problèmes sociaux dont le projet de loi risque de compromettre la solution. Tous ou presque tous ont voté les lois qui ont préparé la régénération politique et économique de l’Italie. Il y a parmi eux d’anciens collègues du comte de Cavour qui a porté le premier coup à la main-morte quand le Piémont s’apprêtait à lever le drapeau de l’indépendance nationale ; ils ne voudront pas démentir leur passé.

Jurisconsultes, économistes, hommes politiques, philosophes ou croyants, ils ne permettront pas, pour une combinaison dangereuse, que la loi se mente à elle - même, que les pouvoirs publics soient humiliés, que la main-morte se rajeunisse, et que cette liberté religieuse qu’on prétend inaugurer au risque de compromettre l’Etal, entre dans le monde, comme une marchandise, avec l’estampille du ministre des finances.

Il sortira de leurs rangs un ordre du jour conçu en ces termes :

L’assemblée,

Après avoir examiné le projet de loi soumis à ses délibérations :

Considérant que ce projet, par sa nature et ses tendances, est essentiellement contraire à la loi du 7 juillet 1866, qui a été promulguée aux applaudissements de l’Italie ;

Qu’il a le grave défaut de substituer un marché, dont le succès d’ailleurs est douteux, à un principe de rénovation sociale ;

Qu’en subordonnant un acte législatif

à la volonté du clergé, comme à une autorité supérieure, il abaisse la majesté des pouvoirs publics ;

Considérant, en outre, que ce projet, s’il était accepté, aurait pour effet nécessaire de ressusciter la main-morte qui a été si longtemps funeste à l’Italie, et d’opposer, par là même, un invincible obstacle aux progrès économiques de l'avenir;

Considérant enfin que le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat qui doit être un des fondements de la politique italienne, mais qu’il s’agit d’appliquer avec prudence, ne saurait dépendre d’une combinaison qui humilie à la fois l’Etat et l’Eglise, en rattachant la proclamation d’une liberté à une question d’argent, comme si une liberté, de nos jours, pouvait être mise aux enchères :

Fidèle aux principes qui l’ont dirigée jusqu’ici,

Repousse le projet de loi en discussion ,

Invite le gouvernement à exécuter la loi du 7 juillet 1866 dans toute sa rigueur,

Et passe à l’ordre du jour.

Page 1