‹ L'état et la productionChapitre 11 sur 20 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

MOVI'NS PFWTIQLES D'ANNLLKR LES KKFKTS DK L'INFLATION

<< L injlalion, c'est In forme motlerne lie l'allêratinn île In mnnnnie ilti fnil du prince... »

(Happorl g^n^ral de >L I'ha-'içoi»- Marsai.. ancien ministre, h la Semaine de la Monnaie.)

|8 Mplembr* 191a.

Supposons donc que. malgré lous nos cfforls, le gouvernement se laisse acculera l'inllalion et la pratique.

Notre devoir, comme notre nécessit*'-. c'est alors de le traiter en faux monnayeur. Le gouvernement nous a placés dans la fiction légale du cours forcé : nous sommes contraints par la loi. et les sanctions sont sévères, de reconnaître qu'un beau louisd'or ne vaut pas plus qu'un \ilain billet de vingt fraïus. Pendant la dernière inflalinn. nous sommes sortis de la liclion en haussant les prix proportionnellement à la dépréciation monétaire, sans même savoir exactement ce que nous faisions. La nécessité nous y contraignait.

Mais, cette fois, maintenant qu'un très grand nombre de Français savent bien ce que c'^st que l'inflation, il nous faudrait résolument nous organiser pour faire sauter la fiction du cours forcé, au moins entre producteurs.

54 l'état et la PhODfCTIO?!

Le moyen pratique, c'est de décider l'emploi, entre producteurs, d'une monnaie de compte stable, c'est-à-dire rapportée à l'étalon d'or. les r^glemcrits se faisant en monnaie de papier. C'est exactement ce qu'ont fait un certain nombre d'industriels de pays à monnaie tout à fait avarice, et qui traitent entre eux en dollars, en livres sterling ou en francs suisses. Généralisez cette pratique, avec le concours des syndicats de producteurs, et rinflalion sera sans effet sur vos affaires. Mais il nous faut exposer la technique de l'opération.

C0NSIDÉrv\TIO>S E:« ce qui C05CER1E LES BE^TIERS.

Préalablement, quelques mots sur les rentiers. Disons tout de suite que nous n'avons pas de remède pour eux : ils sont créanciers de l'Etat, qui les paiera comme il voudra, en monnaie de singe si cela lui convient. Mais ils auraient le plus grand tort d'accepter cela passivement.

Les rentiers, et particulièrement les petits porteurs de rente, pourraient et devraient s'organiser, s'unir pour prolester contre le paiement de leurs coupons en monnaie dépréciée.

Ils sont parfaitement fondés à réclamer le paiement de leurs coupons en une valeur égalant la valeur de leur pr^là l'Etat. Supposons que le franc tombe à o fr. 2Jor, les rentiers qui ont pris de la rente au moment où le franc valait o fr. 5o devraient revendiquer le paiement de la francs par litre de 6 francs. Il n'est pas impossible d'organiser une action des rentiers qui mettrait un Etat inflationniste dans l'obligation de sortir de la fiction où il veut se tenir. Pendant l'in- Hnlion passée, les rctitiers ont été bien .sages pane qu'ils ignoraient ce qui se passait ; ils accusaient les mcrcantis. les spéculateurs, de faire monter le prix de la vie. Maintenant

M0TB7IS b*AM5lLEn L*15PLATIO!< 55

qu'ils savent (le quoi il retourne, ils sauront contre qui se tour ner. Nous ne manquerons pas <lo le leur dire. Kt, au besoin, nous les .lidcrons, eux et tous les re Irai l«''i et pensionnés qui seraient volés par une nouvelle inflalion.

Maisqu'ils nous pernielteni de leur dire aujourd'hui que. en cas d'inflation, la première nécessité est de parer aux périls qu'elle coinjxnte pour la production. II va de soi (jue la première chose à faire, c'est de donner nos soins h la production.

sitl'atio!! dbs proutctelrs devait u!«b reprise de l'ijiflatio^.

Devant une reprise de l'inllation, voici (juelle sera la situation des producteurs, (jue nous nous efforcerons de rendre claire par un exemple :

Vos clients vous doivent iGo.ooo francs. Avec celte somme qu'ils vous paieront dans un, deux, trois mois, vous pouvez acheter cent tonnes de papier, et assurer votre fabrication de la saison suivante.

Mais vient l'inflation ; le papier va coiiter le double. .Vvec les paiements de vos clients, vous ne pourrez plus acheter (jue cinquante tonnes de papier.

Vous avez perdu cinquante pour cent de votre pouvoir il'achat Kt il en sera toiijours ainsi dans la suite, parce (pi'unc inflalion nouvelle suivra toujours vos débits k vos clients ou vos dépôts en banque. Vous vous retrouverez dans la nécessité de faire des augmentations de capital ou de demander des crédits aux banques. Il s'ensuivra, au surplus, tpie toutes les affaires se feront au comptant, ou à très court terme, et que chacun voudra employer ses disponibilités en aciialsdc marchandises, afin de ne pas conserver des francs qui se déprécieraient de plus en plus vite.

56 l'état et la prodlctioîi

MOYEMS PHATIQLES UAnmi.LH LES EFFETS UE L I?IFLATIO!(.

Ce nio^en, c'est de chillVer toutes les opérations, débita et crédits, avec une monnaie de compte stable et de faire les règiernonls avec la contre-valeur des soldes en francs-papier ou légaux.

Nous pouvons employer, comme monnaie de compte, toute monnaie stable, dollar, livre ou franc suisse. L'objection est que Ton aboutit à une véritable dénationalisation de la monnaie, ce qui ucst pas sans conséquences morales graves. Nous emploierions mieux, et plus sûrement, le franc or, qui est notre propre monnaie.

Pratiquement, nous fixerions nos prix de vente en gros en francs-or ; nos débits à nos clients et nos crédits à nos fournisseurs seraient passés en francs-or ; les clauses de nos baux et tous engagements et contrats à long terme seraient stipulés en francs-or.

Les règlements seraient faits en francs papier ou légaux, au cours du jour, c'est-à-diio au prix du franc légal par rapport au dollar, selon la doctrine que M. Georges Bonnet a fait adopter à la Conférence postale de Madrid en 19.20.

Les prix de détail seuls seraient fixés en francs-papier, et varieraient selon la cote du franc. Il ne serait pas impossible de les lixer eux-mêmes en francs-or, le prix en francs-papier étant calculé au moment de la vente.

Avec ce système, les producteurs et commer(;auts travailleraient à l'abri de toutes les fluctuations de la monnaie, les conditions du crédit ne seraient pas modiliées, et l'on ne reverrait pas les acliats afl"olés de marcbandises, provoqués par la baisse de la monnaie, qui sont le propre des époques d'inllaliou.

Tel qui vous doit 10.000 lianes aujourd bui verrait sa

MOTELS d'a?I?III,F.R l'|!«PL4TIO^ 67

(loUo cliin"r<?p /i.ooo francs or, rt vous r<^glerait dans Iroi», six, neuf mois, quinze, vingt, cinquante mille francs-papier n\\ francs It'gaux, selon le cours du franc. El inversement.

Rien de plus simple que ce m<^canisme, el, en complabililr, il rsl d'urj lonctionnrmeiil ais/*. Mais, dans I.i pratique, une dillirulli' se prc'srrito : c'est celle do l'oniploi dos (iispr>nibililf's.

Si vos paiements sont égaux à vos recettes, aucune difficidt<^ ne se produit. Mais vos recettes dépassent vos paiements, el vous vous trouvez titulaire d'un solde en francs-or (|ui va vous être réglé en francs papier. L'inflation conlitiuanl, vos francs-papior vont se déprécier, el vous serez tenté de vous en débarrasser en faisant des achats de matières premières ou de marchandises. Or c'est \k une mauvaise politique, car vous ne pouvez pas vous priver de fonds de roulement. Dans ces conditions, que faire des dis[>onibilités en francs-papier que chacun verrait entrer dans sa caisse ?

Il n'y aurait qu'une solution, ce serait de les vendre, c'esl- <\-dire de les transformer sans tarder en tme monnaie saine, d'acheter des dollars, des livres ou des francs suisses, que l'on vendrait plus tard pour faire face aux échéances.

L'objection rpii se présente lt)ut de suite est que ces operations auraient pour conséquence une vente considérable de francs, et le franc ne trouverait plus acheteur. L'objection ne doit pas ôtre retenue, car ces ventes auraient nécessairement une contre-partie d'achats à l'intérieur. I.,es francs vendus par un industriel avant des dispotubilités seraient achetés par un autre industriel cpii aurait des paiements à faire.

H y aurait donc, à l'intérienr. un mouvement continuel d'achats et de ventes de francs qui se compenseraient sensi-

58 l'état KT I.A IMIODLCTIOJI

blemcnt. Pour en diminuer le volume, et pour diminuer les frais entraînés par ce travail d'achat cl de vente, il serait très facile de constituer, par corporations, et môme intercorporativornont, des Chambres de compensation qui com|)enseraient entre elles les valeurs-or. Seuls les soldes feraient alors l'objoi de règlements en frn;ics-papier. Allant plus loin, on pourrait envisager la constitution de chand^res d'enregistrement des soldes créditeurs en valeur- or. I^s entreprises n'auraient donc à se procurer qu'un nombre limité de francspapier, pour le paiement des salaires. Les chambres de compensation corporatives, titulaires des crédits en dollars, en livres sterling ou en francs suisses, achèteraient |>our leurs membres les francs papier nécessaires à la paie hebdomadaire ou aux besoins quotidiens.

y^rrôtons là ces anticipations, que nous ne publions que potir les rendre inutiles, et tirons-en la leçon. La leçon, c'est la suivante :

Bien conduite, organisée avec le concours des syndicats et des groupements économiques. la pratique du franc-or serait : i" im moyen d'annuler les eiïets de rinflalion sur la production ; 2^ un puissant moyen de lutte contre l'inflalion ellemême.

En effet, elle rendrait l'inflation inefficace. L'Etat ne peut tirer un vrai parti de l'inflalion qu'en jouant sur le relard qui se produit entre la dépréciation monétaire et la hausse des prix. Si, jiar la pratique du franc-or, les prix de toutes choses, des salaires, s'élèvent prestpic inslanlanéinent dans la mesure où la monnaie se déprécie, l'inflation perd pour ri^tal ime énorme partie de son eflicacité. Les charges de l'Etat augmenteraient avec une telle rapidité que la planche à assignais devrait fonctionner jour et nuit et ne tanlorait pas à ne plussuflireà la besogne.

Il suffît que l'Etal sache que les citoyens disposent de ce

MOTEMS D*A5fllJLER l'iSPLATIO!» Î>9

moyen d'action, cl »onl d<5cidés h s'en servir, pour reculer, uu moins pour hésiter, devant l'influlion.

LéOALITÉ DES MOYB^IS PROPOSAS.

Oo s'est demandé, pendant deux ans. si la pratique du franc-or est légale. La stabilisation monétaire acquise en 1921 avait fait perdre presque tout intérêt à ce problème. I^ pratique du franc or ne deinourail intéressante, en période de déflation, que pour les baux cl les contrats à long terme. Laquestion risquant de redcveDird'actualilé. il faut apporter des précisions sur ce point.

Oui, la pratique du franc-or est léyale. \ M* de Houx revient l'honneur d'en avoir fait la démonstration définitive à la Semaine de la Monnaie. Nous nous exposons à la potence si nous voulons employer des francs en or à leur vraie valeur, ce qui est absurde, élanl donné qu'une pièce d'or demeure un lingot qui a sa valeur propre. Mais nous avons le droit de traiter en francs-or, à condition qu'il soit bien stipulé que le règlement sera fait avec la contre-valeur en francs-papier ou légaux. Le franc-eiïcctif-or a été déhni par la Conférence postale de Madrid, en iQSu, sur la proposition de la France elle môme : c'est le ioooo'5i825 du dollar, tant que le dollar sera lui-môme une monnaie saine, convertible eu or, et tant que la circulation de l'or demeurera libre aux Etats Unis. Le dollar valant 10 fr. 365, le francor vaut 10 fr. 3C5'5.i825 = a francs-papier.

Le cas échéant, uous publierons toutes les indications utiles. Pour le moment, il suflît de savoir que la pratique du franc-or n'est interdite et, du reste, prévue à l'heure actuelle par aucun texte ; la stipulation en franc-or se ramène à la stipulation en |>oids d'oroucn monnaied'or étrangère saine,

6o l'état et la puodlctioîi

qui sont rime et rautie permises, ainsi que l'a montré M* de Roux *.

Los proilijclcnrs sauront donc qu'ils disposent d'un moven sur d'annuler les effets de l'inllation en ce qui les concerne, et (jii'ii dépend d'eux d'établir une circulation monétaire saine à côté d'une circulation faussée conduite par l'Etat.

Concluons sur ce point en répétant que la pratique du franc-or comme monnaie de compte, entraînant la circulation d'effets libellés en francs-or. serait, si elle était conduite énergiqucment, le moyen d'obliger l'Etat à renoncer à lintlation. Pourquoi et comment, nous le dirons si cela devient nécessaire.

Il reste que l'État, obligé par nous à l'honnêteté, pourrait nous interdire l'emploi de tout moyen légal d'organiser l'honnêteté entre nous.

Mais ce serait alors la tyrannie, et, contre la tyrannie, tous les moyens deviendraient bons et recommandables.

Page 1