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LES SECRETS DU CHAJIGE

N'écoutez pas les gens qui vous racontent des histoires sur la balance commerciale ou la balance économique qui font monter ou descendre le franc ; cela ne signifie pas grand'chose, et souvent rien du tout, dans le cas qui nous occupe.

Souriez lorsqiie dos survivants d'une époque disparue vous diroiil. srlon les cnscignenionls de l'Ecole : C'est \.\ loi de

46 i.'ktat et i,.\ pnoniCTio?!

l'offre et de la demande ; on vient de jeter sur le marche des paquets do francs, c'est pour cela que le franc baisse. Dcinandcz-lour simplement : Pourquoi a-t-on jeté des paciufls de francs sur le mardi»'- ? Pour le plaisir ?

Kn attendant leur réponse, fournissons les éléments d'une explication. Laissons dormir cette vieille loi de l'offre cl de la dcujaridc qui n'explique rien ; I offre et la demande ne sont pas des causes ; ce sont des effets.

Il y a, dans ce drame périodique des changes, trois groupes de personnages :

L'Etat et la Banque, qui règlent le jeu des avances ;

Les propriétaires de francs ;

Les acheteurs de francs.

Les mouvements des doux dornicrs groupes sont commandés par les mouvements du premier.

Veuillez examiner le tahleau que j'ai donné ci-de.ssus : vous rcmarqnorcz cpio. dès que los avances de la Banque à l'Elal s'élèvoul, le franc baisse, mais vous remarquerez également rpio le franc ne remonte pas dans la proportion où les avances à l'Etat s'abaissent. Ceci vaut une explication qui va nous pormcltre do pénétrer dans les mystères du change.

Il faut que vous sachiez d'abord que les propriétaires de francs (soit sous forme de billets cffoclivement entre leurs mains, soit sous forme davoirs en banque) détiennent une quantité de francs qui était récemment évaluée parles personnes compétentes à une dizaine de milliards. Ces francs qui ne sont pas investis, qui sont flottants, peuvent être mis en vente d'un moment à l'autre. Ils constituent une énorme masse de spéculation.

Ceci connu, mettez-vous dans la peau des acheteurs de francs.

Vous constatez que l'Etal ne demande plus d'avances à

U:fB NOUVELLE nFLATlOM 4?

la Banque, et que sa dellc s'amortit. Nuus vous gardez bien de vendre vos francs, dont la valeur s'augmente doucement de jour en jour. Vous savez. (|ue la valeur absolue du franc est donnée |)ar le bilan de la HarKjuc Le dollar vaut 10. Si vous avez des fonds disponibles, vous n'hésilere/. pas ù aciielcr du franc au-dessus du cours, et vous vendrez du dollar à y.bo, parce que vous calculez que, dans trois mois, vous y gagnerez encore. Le franc étant en liausse par ses propres moyens, vous accentuez la bausse aujourd'hui, en spéculant sur la liausse absolue de demain. Mais, tout à coup, vous voyez, les avances à l'Ktat s'élever de nouveau. Immédiatement, notre groupe de propriétaires de francs se divise en deux camps : le camp de ceux (pii croient à une situation pa.ssagèrc ; le camp de ceux qui pensent que c'est le commencement d'une chute. Et comme tout notre groupe de porteurs de francs est formé de f;ens trèsinégalcnicnl informés, les diiïérencos d'appréciation sont infinies. Kt le vrai est que l'on est dans l'incertitude. On se trouve devant l'imprévisible : la remontée ou la descente va dépendre de la politicpic générale de l'Etat. (pii est à la merci d'un vote du Parlement. La prévision tlevienl impossible : le cours du franc va être soumis à toutes les variationsd'appréciation des porteurs de francs. On vendra, on achètera sans raisons bien solides. Si vous voulez, bien penser que des milliers de personnes vont raisonner là-dessus, vous verrez ce que cela peut donner. Ce qui est certain, c'est (]uc le bloc des propriétaires de francs est ilislofjué : des gens vendent du franc. Ils le proposent à d'autres qui n'en ont pas un besoin absolument urgent. Mettez-vous maintenant à la place de cesacheleurs de francs: vous raisonnez et vous dites : je veux bien acheter ces francs qui sont aujourd'hui à lo par dollar ; mais ilv a niouNcmcut de baisse, je les prends à lo.ûo le dollar.

/j8 l'état et la production

La valeur absolue du franc ayaut baissé, vous accenluc/ la baisse, parce que vous redoutez une nouvelle baisse. C'est ce que vous pouvez observer sur le tableau ci dessus, après la lin d'août, lorsqu'une remontée des avances a augmenté l'incertitude des acheteurs de francs.

Le mouvemenl d'oflrcs est accéléré, le mouvement de demandes est ralenti par les raisonnements justes ou faux (jue chacun fait sur la valeur absolue du franc.

Il n'y a donc rien de plus désastreux, pour la production qui a besoin de la stabilité monétaire, que ces mouvements des avances à l'Etat, qui modifient la valeur absolue du franc, et qui déterminent ensuite des modifications de valeur relative, qui tournent à la spéculation et qui échappent h toute prévision sérieuse. Mais vous savez que, si vous voulez avoir des indications sur les variations de valeur du franc, il vous faut suivre les bilans de la Banque de France.

contre l'inflation.

Mais notre objet n'est pas de publier un guide pour le spéculateur en changes : c'est de coaliser les efforts contre l'inilalion.

Il faut empêcher toute nouvelle inflation.

Je ne veux pas reproduire encore une fois tout ce que nous avons publié sur et contre l'inilalion ; mais je voudrais le résumer en une seule image qui me paraît assez saisissante. Si l'on veut bien comprendre les effets des crises engendrées par l'inflation, il faut prendre les bilans d'un certain nombre d'entreprises, de icji/j à 1922, tracer leurs courbes et obtenir les courbes moyennes. Voici les résultats de l'opération, portant sur des bilans d'affaires saines, à l'exclusion des bilans d'alVaircs gonfléos pendant la guerre ou demeurant encore aujourd'hui en étal de crise aiguë.

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Voici mon lableau :

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Ce tableau, dressé d'après un trop petit nombre d'affaires, ne vaut qu'à litre d'iudioatiou. Mais il fournit une indication très proche de la vérité, ce dont pourra s'assu-

fjO l'état et I.A I'HOULCTIOJI

rer lelcclcur ayant en mains quelques bilans. I^ locon qui s'en dégage est très claire :

Sous une prospérité apparente, avec des résultats apparemment bénéficiaires, les entreprises se sont appauvries. Si le tableau ci-dessus était traduit en valeur-or, on se rendrait compte que les bénéfices apparents delà période 1918-

1920 ont été fournis |)ar les ca[)ilaux eux-mêmes : Les entreprises ont perdu, (in 1918 et en 1919,1a valeur de la moitié de leurs créances, sans en ôtre informées par leurs comptabilités ; les capitaux nouveaux sont venus compenser ces perles, c'est-à-dire qu'ils sont venus rendre aux entreprises la partie de pouvoir d'achat perdue par la dimi nutiou du pouvoir d'aclial des créances. Toutes les opérations, comptabilisées sans que l'on dislingue entre le franc de 191/i et le franc de igig.ont fait apparaître des bénéfices alors qu'il y avait appauvrissement.

Etant donné que, sauf extension considérable de ses aflaires, une entreprise doit trouver, dans les résultats d'un exercice, le pouvoir d'achat nécessaire à la campagne suivante, les entreprises peuvent considérer qu'elles ont effectivcment perdu le montant des cajjitaux appelés de 1918a

1921 et, en plus, les crédits qu'elles ont demandés aux banques, déduction faite des sommes affectées à la constitution des stocks excessifs faits en 1919-1920, pendant la période dile de hausse.

La période d'inflation a donc été ruineuse pour la production française, cl il faut tout faire pour en éviter le renouvellement.

C'est à celle vérité que quelques industriels opposent le cas de l'Allemagne « oiî l'Etat se ruine pendant que les particuliers s'enrichissent » ; les événements actuels confirment les prévisions (pio nous avons faites depuis deux ans: ù savoir que l'aventure monélaiie allomand" dc\ail

une ÎIOLVEI.LE nFLATIOn 5i

prendre fin par une crise (économique cl sociale do première grandeur. Celte crise est ouverte. Nous y reviendrons dans une élude spéciale. Nfais je ne crois pas que les secousses ëconorni(jUCS et sociales qui sont observées en Allemagne donnent aux producteurs le goiU de créer en France le même régime. I^ spectacle fortifie toutes les raisons contre l'inflation.

Il s'agit de savoir quels moyens nous avons de nous opposer à I inflation. Je vais en énumérer quelques-uns.

i" Faire campagne contre l'inflation, ('/est ce que nous faisons, et nous demandons à tous nos amis et lecteurs de nous appuyer, de répandre les traclsou brochures où nous publierons la vérité ; de faire répandre, dans les syndicats de prcKiuctcurs, les rapports et vœux de la Semaine de la Monnaie, de prendre pour base de leur campagne cette vérité, proclamée par la Seniainedc la Monnaie :

L^ inflation fiduciaire est la forme moderne de Cnltération des monnaies.

Fn résumé, bien mcltrc dans la télo du public, avec foutes raisonsà l'appui, q»ie si l'Klal veut imposer l'inflation, il se conduira comme un simple faiLX mnnnayeitr. Il faut créer l'état d'esprit nécessaire pour obliger l'Etat à se conduire honnêtement.

2° Les producteurs auront à rappeler h leurs syndicflls l'engagement qui a été pris en leur nom à la Semaine de la Monnaie, àlunanimilé, par 1rs associations adhérentes qui représonlaient rcnscinble de la production fran(;aise :

La Semame de la Monnaie...

Condamne de façon ralèrjoriqiw toute émission de billets pour les besoins de l'Etat.

Prend acte de la décision des associations adhérentes d'unir leurs efforts pour s'opposera tout nouveau recours à l'inflation fiduciaire en vue de couvrir des dépenses publiques.

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Il y aura lieu d'appuyer l'aclion qui sera engagée par le Cornilé exécutif de la Semaine, chargé de la réalisation des vœux et résolutions.

3" Dans le cas où celte campagne et celte action des associations économiques seraient inoflicaces, il faudra employer d'autres moyens.

Sur ce point, nous publierons des indications le moment venu.

Que l'on sache que nous sommes décidés à employer tous les moyens pour épargner au pays une nouvelle crise économique cl sociale. Le problème monétaire est commandé par le problème financier ; le problème financier par la politique générale. Il faut qiie le gouvernement français soit mis dans l'obligation do prendre les mesures extérieures et intérieures qui conduisent à l'assainissement. Il faut lui fermer la voie dangereuse, mais facile au début, de 1 inflation qui n'est pas une solution.

Mais supposons que tous nos efforts soient impuissants, que le gouvcnieincnl. n'osant pas prendre les mesures utiles, se laisse acculera l'inflation.

Dans ce cas, il faut que les citoyens s'organisent pour annuler entre eux les cn"cls de l'inflation. Il faut nous préparel à sortir carrément de la fiction monétaire créée par le cours forcé. On a cru pendant deux ans que c'était impossible. C'est j)arf;iileincnt possible. Il y a des moyens pratiques d'annuler, entre citoyens, les efl'ets de l'inflation. Nous les publierons dès maintenant, car leur seule publication est aussi un moyen île lutter préventivement contre l'inflation.

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