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dément et sérieusement par des citoyens qui. en majorité imposante, i^Uiient convainfiis rpi'ils vcnaif^nt d'enterrer la dernière guerre. Par surcroît, elles furent menées contre les citoyens poss^Wlnnt quelque bien terrestre au nom do ceux qui n'en possédaient pas, et elles furent encouragées par la réussite de la révolution russe, riominalo elle aussi quant h l'application de ses principes, ninisréoileen co quirotn rrne le pouvoir qu'elle installait.
Pendant trois ans, l'Kurope totil entière fut troublée par ces disputes ; mai» rlle apprit alors k ses dépens que. contrairement à ce qu'elle avait cru jusque-là, les disputes sur la formedu pouvoir, ses attributs, son caractère, ne se liquidaient pas dans les urnes, car. de tous cAtés. les partis empruntèrent leurs misons, non aux livres de philosophie, de droit ou d'économie politique, mais aux stocks de matériel de guerre. Devant ces manifestations, les gouvernements tombèrent presque tous en faiblesse. Qu'ils fussent républicains o»i royaux, mais étant tous fortement |)énétrés d'esprit démocratique, les Ktats modernes furent dune extraordinaire timidité devant les tentatives faites p«>ur rompre la paix civile, et les vertus civiques des vrais démocrates af)ptiyèrent assez mollement les Ktats qui montrèrent un peu de g(»iit pour l'ordre. C'est encore une surprise des temps dits modernes, mais que l'on comprend assea bien si l'on veut bien penser à la condition de I homme.
Plaçons-nous dans un de ces jardins de la libre Helvétie qui sont sous la sauvegarde des citoyens, et imaginons le jeu des vertus civiques dans les occasions où elles peuvent servir. Voici quehjues ntauvais garçons q\ii veulent priver le janlin de ses fleurs au bénéfice de leurs belles amies. Si nousson)mesa»i\ premiers jours de gloire des vertus civiques, les citoyens feront un très mauvais parti aux mauvais garçons. Mais supposons que le fait se renouvelle fréquemment.
90 l'état et t.A PRODL'CUIOîl
et connaissant l'homme comme nous le connaissons, nous n'aurons pas de peine à prévoir que les mauvais garçons remporteroril rapidement sur les bons citoyens parce que :
a) Les mauvais garçons ont presque toujours sur les bous citoyens l'avantage de la pratique des mauvais coups ;
h) Les bons citoyens qui se dr-voueront au bien public jugeront que la conservation dune lleur pour le bien public ne vaut pas les mauvais coups qu'ils peuvent recevoir et que, au surplus, ils sont bien sots de se dévouer pour d'autres bons citoyens qui restent au coin de leur feu.
En conséquence de quoye, comme disait le père Ubu, si l'on ne nomme pas un gardien de square armé d'un bAtrin, vertueux ou non, mais payé pour défendre le bien public, la défense civique cessera de se produire, et le jardin sera entièrement pillé par les mauvais garçons. C. Q. F. D.
Il y a plus. Si l'on veut comprendre non plus seulement la faiblesse des vertus civiques, mais la faiblesse des gouvernements devant l'émeute sans cesse renaissante, il faut se représenter que presque tous les gouvernements européens ont été constitués conformément aux règles du jeu des vertus civiques, c'est-à-dire qu'ils sont formés d'hommes qui ont une grande habitude des assemblées, des tribunes, des urnes et de tout ce qui les entoure, comptoirs de mastroquets et guichets de banques, mais qui manquent d'expé ricnce djns le lancement de la grenade à main, et, d'une manière générale, dans le maniement des armes blanches ou à feu. Ils ont une certaine horreurpour la couleur du sang, qu'ils emploient exclusivement pour leurs alliches. Les fondateurs des démocraties sont en général très belliqueux, mais leurs successeurs perdent très rapidement ces qualités guerrières. Ils conservent l'usage du vocabulaire guerrier pour ce qu'ils nomment les batailles électorales, mais les moyens de lutte qu'ils emploient sont surtout verbaux.
Qunnd ils pcuvcnl se faire défendre par l'armée et la police. ils sonl d'aillant plus violenls qu'ils sont plus couards. Mais lorsqu'ils ont à (aire preuve eux-nièines de couraj^c civique el physique, ils manquent d'assurance. De quoi il ne faut pas s'étonner, (]uand on songe aux niétliodes de culture civique qui ont été suivies pour leur éducation.
(jCs observations et réflexions faites, on ne peut s'étonner que les gouvernements européens, représentants des ht;its modernes, aient été aussi faibles devant les dilTérentes formes de la révolution qui, un instant, parut mettre en péril l'Fiurope tout entière.
C'est ainsi que la civilisation elle-même fut menacée, et que l'on put craindre un cfTondremenl politique et social qui eiU été pour le monde moderne ce (pie fut |;i rlmte de l'empire romain pour le monde ancien.
MOI'VEI.I.E tOKMK l>KS \EHrrS on IQLES.
Tout péril n'est pas écarté. .Mais les peuples paraissent disposés à se sauver eux mt^mcs. Les vertus civiques se sont manifestées danscetlc Kurope qui leur était livrée pour être ruinée par elles. Mais la singularité de l'aventure, c'est que, encore une fois, ces vertus civiques, qui ont dés maintenant sauvé (pielqucs peuples et qui finalement sauveront peut être toute l'Europe, ce ne sont pas celles qu'a louées le dix-neuviéme siècle. Ce sont celles qui ont mis de l'ordre en Europe au moyen Age, au temps où les pouvoirs encore mal assurés ne pouvaient étendre leur protection sur tous les faibles, les veuves et les or[)lielins. et où le laboureur pouvait craindre d'être massacré parle brigand. L'Europe d'après
93 L ÉTAi ET LA l'HOULCTKi.N
guerre a plus d'un caractère commun avec l'Europe médiévale, maigre tous les appareils de confort moderne.
De tous côtés se sont constituées des troupes d'hommes qui se donnent pour mission de sauver l'Etat, c'est-à-dire de le reconstituer, et d'en refaire l'instrument de paix civile, de protection, qu'il est traditionnellement et qu'il avait cessé d'être. Ces troupes renoncent à employer les moyens de lutte des temps modernes ; elles arment leurs vertus civiques selon les méthodes anciennes : elles s'équipent, elles s'arment, elles se forment en armées et sont prêtes à recevoir la mort et à la donner. Elles soutiennent lesEtâts chancelants, ou se substituent à eux si les Etats sont en défaillance :cesont lesgardes-blancsde Mannerheim en Finlande, les restaurateurs de l'Etal hongrois, les Aoma/e/i d'Espagne, les fascistes italiens ; en ¥raLnce,C Action française y qui possède su ries autres groupes la supériorité d'une doctrine. Ainsi, dans plusieurs grands Etats, des groupes de citoyens, tenant leur mandat de leur propre décision, travaillent à rendre aux chefs d'Etats età leurs ministres le goût de régner et de gouverner pour le bien public.
La question estde savoir si ces mouvements iront jusqu'à leur terme, c'est-à-dire jusqu'à la reconstitution ou jusqu'à la formation d'Etats traditionnels. La réponse sera affirmative :
Si l'Europe est capable de faire l'effort intellectuel nécessaire pour s'évader des illusions démocratiques ;
Si, TelTort intellectuel étant fait, les familles royales sont capables de reprendre leur rôle à la tête des Etats ;
Si les groupes qui préparent les événements sont capables de l'cITort de volonté nécessaire jusqu'à l'accomplissement intégral de leur mission.
Ce qui revient à dire que le problème est posé, mais non résolu.
1,1 hNK UHI^bK
LelTorl n.lellectuel est faiten France; les tètes pensantes ,Ie ce pays sont sorties dos nuées du siècle passé. L Italie possède une élite d'hommes qui ont fait la n.ôn.e opération inU-liectuelle. On peut observer les mêmes phénomènes à des profondeurs différentes, dans tous les pays latins. Il y a donc do ce côté do fortes raisons d'espérer une renaissance intellectuelle et morale de l'Europe.
Pour ce qui est des familles royales, gardiennes de la chrétienté, je laisse à daulresle soin derépondre. Je ne les connais que par les gazettes, ce qui est un mauvais moyen d'information. A première vue. on ne peut pas dire que les rois, d'une manière générale, donnent de grands espoirs a leurs peuples. Il en est qui ont de hautes qualités personnelles,mais il ne semble pas qu'ils puissenten donner le profil à leurs sujets. On distingue qu'il en est peu qui aient un .roût très vif pour les réalités du pouvoir. Mais il faut dire que le siècle a tout fait pour les en dégoûter. Le métier de roi est ce que l'on peut imaginer de pluslourd dansun temps normal pour l'exercice delà monarchie ; mais, alors, il y a d'apparentes compensations, qui font que les sujets peuvent che^mcr Si j'étais roi... Dans les temps modernes, on a fait du métier de roi le plus ingrat des métiers. Il est permis de penser que. dans des nations redevenues habitables, et ou les grands de toute espèce seront replacés à leur rang par une nouvelle alliance des familles royales avec leurs peuples, les rois retrouveront le plein sens de la maxime : u Rois, gouvernez hardiment ! »
Il reste le problème de la volonté des groupes qui aident, en Europe, au redressement des Etats. C'est peut-être, de toutes les questions qui se posent, la question capitale. Dans le désarroi où est l'Europe, où les pouvoirs nominaux des parlements sont faibles devant la menace des mauvais garerons, mais encore assez forts pour entraver, peut-être annu-
ijfl I.'kTAT et I.A l'hODL'CTIO?!
1er, les ciTorts qui tendent à la reconstitution des pouvoir» nl-els, la grosse quesliun est d<; savoir si les nouvelles vertus civiques seront assez fortes, assez tendues j>our durer et af,'ir jusqu'au jour oij la nouvelle alliance des princes el des peuples pourra ôlre conclue. C'est une question de volonté. Un avenir vraisemblablement procliain donnera la réponse de l'histoire aux questions que l'observateur se pose aujourd'Iiiii. Mais une chose est acfjuise : de nouvelles vertus civiques sont nées et sont en exercice, dont le propre est de nier celles que louait le siècle passé ; elles ont bien pris l'Etat sous leur sauvegarde, dans ce temps où les citoyens sont encore obligés de faire leur propre police, mais c'est avec la volonté de placer l'Etat hors des convoitises des partis de citoyens. C'est le sens de la doctrine fran(.aise. On ne peut encore prévoir si ce sera le sens de la doctrine européenne. De nombreux étrangers nous ont dit quel'Europe attend de savoir ce que pense la France pourse prononcer.
13 »cpl«inbre 1931
TAUKK DES MATlflKES