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PRÉFACE
J’ai réuni dans ce volume un certain nombre d’études politiques qui, pour la plupart, ont un même objet : déterminer la sphère du pouvoir et celle de la liberté, montrer que l’État n’est bienfaisant que dans la limite de ses attributions légitimes, prouver qu’il ne peut pas remplacer l’activité de l’individu par le mécanisme d’une administration. S’il est une vérité méconnue en France, c’est celle-là ; Dieu sait si notre ignorance nous coûte cher! Quand on observe la longue suite de nos révolutions depuis 1789, on voit que les partis divisés sur tout le reste sont toujours d’accord en un point; ils regardent le pouvoir et la liberté comme deux ennemis irréconciliables qui se disputent l’humanité. Pour les libéraux de la vieille école, affaiblir le pouvoir, c’est fortifier la liberté ; pour les partisans de l’ordre à tout prix, -écraser la liberté, c’est fortifier le pouvoir; double et fatale illusion qui n’enfante que fanarchie ou le despo-
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tisme. Quand l’autorité est désarmée, la liberté dégénère en licence, et se perd par ses propres excès : « Ce que vous voulez faible à vous opprimer^ dit «justement Bossuet, devient impuissant à vous « protéger. » Quand, au contraire, la liberté est sacrifiée, vous avez un pouvoir qui n’est ni soutenu, ni contenu ; c’est le règne de^ l’intrigue et de l’ambition. Ces systèmes absolus sont mauvais par cela même que chacun d’eux étouffe une des forces vives de la société.
Où donc est la conciliation du pouvoir et de la liberté? Dans une juste vue des choses. 11 faut en arriver à comprendre que l’autorité et la liberté ne sont pas deux puissances ennemies, faites pour s’entre-dévorer éternellement; ce sont deux éléments distincts qui font partie d’un même organisme; la liberté représente la vie individuelle; l’Êtat représente les intérêts communs de la société. Ce sont deux cercles d’action qui n’ont ni le même centre, ni la même circonférence ; ils se touchent en plus d’un point, ils ne doivent jamais se confondre.
Les intérêts que l’État est chargé de défendre ne s’étendent point à tout; c’est ce que j’ai tâché de prouver dans l’élude sur VEtnt et ses limites; j’ai montré en même temps que cette délimitation était aujourd’hui le grand problème de la science politique, et que tous les esprits éclairés en donnaient
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