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LU ÜUOlï I)E PÉTITIOK.
Non, il n’est pas vrai qu’une instruction , qu’une condamnation irrégulière n’intéressent que la victime. Ce n’est pas ainsi que pensaient nos pères; ils épousaient la cause des opprimés, et à leurs yeux était opprimé quiconque n’était pas légitimement condamné. Voltaire, cet athlète infatigable, honorait sa vieillesse en défendant Galas et Sirven contre des juges égarés ; il bravait sans crainte des haines puissantes, sachant bien qu’en prenant en main la cause d’un homme il servait non pas un intérêt privé, mais la cause même de la justice et de l’humanité. Dans une affaire moins célèbre, celle de Wilfrid Régnault poursuivi sur la dénonciation i’un ennemi, et condamné à mort sous le coup de calomnies politiques, Benjamin Constant écrivait une de ses plus belles pages pour faire sentir au pays qu’il n’y a pas de question plus constitutionnelle que celle qui touche à la liberté, à l’honneur, à la vie môme du citoyen.
« La vie d’un innocent, disait-il, regarde tout le ittblldé, nièâiè dans l’intérêt personnel de tout le monde.
O Oui, qui que vous soyez, qui dans quelques heures lirea ces lignes, songez que vous n’ètes pas privilégié par le sort. Qui vous dit que vous n’avez point quelque ennemi qui épie une occasion de vous nuire? Qui vous dit que votre conduite politique depuis trente ans n’a point inspiré à l’un des dépositaires nombreux de l’autorité judiciaire une prévention que vous ignorez? Qui vous dit qu’un observateur dont le nom môme vous est inconnu ne recueillera pas sur vous au hasard quoique anecdote mensongère? Qui vous dit enfin que si quelque crime se commet à votre insu, à côté de vous, votre ennemi ne saisira pas l’instant propice à la calomnie; que l’autorité ne jugera pas votre culpabilité d’après ses préventions antérieures ; que ces anecdotes mensongéi'us que vous iiuipriscz nu seront pas exhumées de leur léné-
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breux asile pour faire foi devant vos juges , qui repousseront votre réponse comme étrangère à l’accusation; et qu’ ainsi, déshonoré avant l’instruction, déclaré avant le jugement coupable du forfait qu’on vous impute, parce qu’on vous aura secrètement jugé sans vous entendre, coupable d’autres fautes que vous n’avez pas commises, abandonné par une opinion trompée, poursuivi par ces hommes qu’une première erreur rend inexorables, vous ne vous trouviez condamné dans un an, dans un mois peut-être? Et si vous avez opposé la froideur et la négligence à l’infortuné qui vous invoquait, qui se disait innocent, comme vous le direz quand vous serez à sa place, à qui , si ce n’est à vous , pourrezvous attribuer votre destinée? Vous aurez, autant qu’il était en vous, contribué à corrompre l’opinion publique; vous lui aurez donné l’exemple de l’indifférence et du dédain pour la vie des hommes*. »
Reste une dernière objection. Admettez, dira-t-on, que la violation des formes judiciaires soit une de ces atteintes à la liberté individuelle qui inquiètent justement tous les citoyens, que voulez-vous que fasse le Sénat? Qu’il annule des jugements, qu’il trouble des juridictions ? Rappelez- vous que le Sénat du premier empire avait un pareil pouvoir, et que l’histoire lui a justement reproché d’avoir cassé la décision du jury d’Anvers.
A cela il serait facile de répondre que le Sénat du premier empire cassait les jugements attentatoires à la sûreté de l'État^, c’est-à-dire des verdicts qui acquittaient des innocents, ce qui n a rien de commun avec le droit d’annuler une instruction ou une conaamnation
1. Lettre à M. üdilon Barrot sur C affaire Wilfrid BegnaiiU, par M. Benjamin Conalant. Paris, 1818, p. 4. Cours de Pol. Const., t. Il, p. 899.