L'ANTIQUITÉ
Les deux forces en présence : la famille et l'État, la nature et la loi. — L'éducation t\ Sparte, à Athènes, à Rome. — Autorité absolue du paterfamilias romsiin. — Mesure dans laquelle intervenait l'Etat. — Première organisittion . (le l'enseig^nement en Gaule. — Edil de Jnlien l'Apostat.
Un enfant vient de naître. Après de longs mois d'épreuve, après une crise suprême et douloureuse, la jeune femme a consommé son œuvre, continuation de celle du Créateur: elle a mis au monde un homme. La mère prend le nouveau-né dans ses bras ; elle lui donne dans un baiser le premier témoignage de son amour, le plus pur, le plus durable, le plus profond peut-être qui soit ici-bas. Le père, à son tour, contemple la frôle créature en qui revit Tespoir de sa race ; sur ses traits informes, dans ses yeux mi-clos, il cherche à hre le caractère de l'enfant, à deviner la destinée de l'homme. Dans cet être frêle, débile, encore presque embryonnaire sur lequel sa pensée est concentrée depuis des mois, il entrevoit plus ou moins vaguement le complément et le grand intérêt de sa vie. Désormais, il sait à quelles mains confier la garde de son nom, le soin de son honneur, la continuation de ses travaux, le maintien des traditions domestiques ; de cette heure, la famille est complète, le foyer est fonde ; l'enfant, cet anneau de chair et d'esprit, relie les deux êtres éphémères qui lui ont donné le jour à la vie, pour ainsi dire, éternelle de l'humanité. Entre le père, la mère et l'enfant, Dieu et la nature viennent de former un lien indissoluble, sacré, tel qu'il n'en existe aucun autre sur
cette terre: qui pourrait, sans folie, sans impiété, songera le rompre ou à le relâcher? Qui donc oserait vis-à-vis de Fenfant se déclarer supérieur au père qui Ta tiré du néant, à la mère qui Ta porté, engendré, allaité, dont il est, en toute vérité, la chair et le sang?
Qui? L'Etat, c'est-à-dire les lois, c'est-à-dire la patrie, c'est-à-dire l'expression la plus haute de toutes ces traditions, de tous ces souvenirs de gloire et de souffrances communes qui forment comme le patrimoine des nations ; l'Etat, c'est-à-dire la puissance souveraine sous les auspices de laquelle les parents eux-mêmes sont nés, ont grandi, ont contracté mariage. Effoutez en quels termes la loi, incarnée dans l'Etat, rappelle au simple citoyen ses bienfaits et ses droits : (( N'est-ce pas nous à qui, d'abord, tu dois la vie ? N'est-ce pas sous nos auspices que ton père prit pour compagne celle qui t'a donné le jour ?. . . Sont-ce les lois qui président à l'éducation qui te paraissent mauvaises ? Ont-elles mal fait de prescrire à ton père de t'instruire dans les exercices de l'esprit et dans ceux du corps?... Eh bien! si tu nous dois la naissance et l'éducation, peux-tu nier que tu sois notre enfant et notre serviteur, toi et ceux dont tu descends? et, s'il en est ainsi, crois-tu avoir des droits égaux aux nôtres ?... »
Telles sont les paroles qu'il y a plus de deux mille ans Platon mettait dans la bouche de Socrate ; tel est, à l'éloquence près, le langage que pourraient tenir, encore aujourd'hui, les partisans de l'intervention souveraine et constante de l'Etat en matière d'éducation. Pour eux, lorsqu'un enfant ouvre les yeux à la lumière, ce n'est pas seulement le foyer domestique qui se peuple, c'est encore et surtout la grande famille nationale qui s'accroît et s'étend. Dans les liens nouveaux qui se forment autour de l'enfant, l'Etat, la société sont toujours, expressément ou non, parties intéressées et parties principales. Etre sociable, appelé par sa nature à vivre au milieu de ses semblables et à leur prêter un appui réciproque, l'enfant doit être, dès ses premières années, pré-