POSITION DU PROBLÈME
1. Premièrement, qu'est-ce qui est en question? La hausse de la livre ou du dollar, ou la chute du franc?
Il faut dire : la chute du franc.
Ce n'est pas le dollar, monnaie fixe, saine et stable, qui monte : c’est le franc qui descend.
Tandis que les rapports entre le dollar, la livre, le florin, la piécette, le franc suisse, la couronne demeurent sensiblement les mêmes, le rapport entre le franc français et toutes ces monnaies change.
Parler des bonds de la livre ou du dollar, c'est employer une expression tout à fait impropre. On pourrait aussi bien parler des bonds du florin, qui était à 461 au 1€* juillet, et qui est à 288 le 15 octobre, ou de la piécette, qui était à 185 et qui est aujourd hui à 228, ou encore des lei roumains qui, dans la même période, passent de 7, 25 à 9, 30. En quatre mois, le franc a donc perdu environ 30 % de sa valeur, non seulement par rapport à la livre ou au dollar, mais par rapport au florin, au franc suisse, et même par rapport à la piécette et au leu.
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Cette observation faite, on est en mesure de savoir que le problème actuel est celui de la baisse du franc. Et dès que cette observation est faite, on se rend compte que l'on n'expliquera pas grand'chose, si l'on peut expliquer les mouvements récemment observés par des manœuvres anglaises.
Donc, il apparaît que le niveau du franc a baissé, et que la baisse du niveau a été observée exactement de la même manière à Londres, à New-York, à Genève, à Amsterdam, à Madrid, à Bucarest.
Première conclusion : c'est donc la valeur propre du franc qui a baissé.
2. Si l'on en juge d'après les cours des monnaies étrangères, cette baisse de valeur du franc serait d'environ 30 %.
Or, si l'on en juge d'après la situation monétaire intérieure, la dépréciation du franc est inférieure à cette indication. Calculée en tenant compte des avances de la Banque de France à l'État, cette dépréciation est d'environ 10 %.
Donc, deuxième question : comment se fait-il que le franc, déprécié de 10 %, à l'intérieur dans cette période, soit déprécié de 30 % à l'extérieur?
Les lecteurs de l'Action française savent que nous expliquons fous les déclenchements des mouvements de change par le seul jeu des avances de la Banque de France à l'État et que nous tenons pour causes secondes, et souvent négligeables, les autres causes.
Or, le mouvement des avances, depuis deux mois, ne justifie pas directement la baisse du franc observée en octobre et novembre.
On observe que le dollar était en moyenne à || en mars, avril et mai 1922, avec un chiffre d'avances entre 22 et 23 milliards. Il est, au 16 octobre, à 14,65 avec un chiffre d'avances de 23 milliards. Ainsi une situation monétaire à
peu près inchangée s'exprime à l'extérieur par des mouvements considérables.
Cette observation ne modifie nullement l'explication donnée ici. Au contraire, elle la confirme, comme nous le verrons tout à l'heure. Mais il faut expliquer auparavant comment la valeur extérieure du franc peut subir des variations que n'expliquent pas au premier coup les variations de la valeur intrinsèque de notre monnaie.