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MOYENS DE DÉFENSE

… Et de choix des moyens. Par exemple, il faudrait que l'État français fût en mesure de faire collaborer les producteurs français avec lui, afin que leurs mouvements ne vinssent pas contrarier les siens. Ce n'est pas du tout le moment de se gargariser avec le « laissez-faire laissez-passer ». Si, pendant que le gouvernement français contrebat l'ennemi, les producteurs français s'affolent, la manœuvre allemande réussit dans l'opération par laquelle elle veut ébranler la vie économique française pour ébranler l'État.

En d’autres termes, si, à la hausse des prix des produits

importés, engendrée par la chute du franc, s'ajoute une hausse tout artificielle, produite par des achats déréglés, on verra rapidement une hausse générale qui obligera l’État à des ajustements de salaires et de traitements pour tous ses fonctionnaires, et la conséquence sera une aggravation des dificultés financières.

Si nous vivions économiquement en vase clos, nous pourrions regarder avec indifférence les variations de la valeur internationale du franc, puisque nous n'avons pas de nouvelle inflation. Mais comme nous sommes en communication obligatoire avec l'étranger, pour nos achats et nos ventes, la valeur internationale du franc joue inévitablement à l'intérieur.

Une dépréciation extérieure du franc provoque immédiatement une hausse des produits importés. Inversement, nos produits exportés nous donnent à l'étranger un pouvoir d'achat diminué. Ces deux effets contraires, bien connus aujourd'hui, peuvent suggérer une politique économique qui, pratiquée systématiquement, appuierait l'action de l'État.

Cette politique économique peut être ainsi résumée :

En période de dépréciation extérieure du franc (non accompagnée d'inflation à l'intérieur), organiser la compensation de la perte à l'importation par un gain correspondant à l'exportation. En d'autres termes, la production française aurait à appliquer aux prix de ses produits exportés une majoration égale à la baisse extérieure du franc, afin de mettre les prix intérieurs à l'abri des fluctuations extérieures.

Par cette opération, supposons que les exportations soient sensiblement égales aux importations, la baisse extérieure du franc ne joue plus que sur le marché intérieur, à condition que la compensation soit faite nationalement et non individuellement. Et l’on mettrait ainsi la vie économique à l'abri de toutes les manœuvres internationales.

Pour sortir de l'abstraction, essayons de chiffrer :

1° Dans l’état actuel d'inorganisation :

Considérons des opérations faites fin décembre 1922 et fin janvier 1923, portant sur de mêmes quantités de marchandises importées et exportées :

a) Fin décembre, le dollar étant à 13,70 :

Importations, 100.000 unités —1 .000.000 d. = 13.700.000 fr.

Exportations, 100.000 unités = 13 millions 700.000 fr. — 1.000.000 d.

b) Fin janvier, le dollar à 16,81 :

Importations, |00.000 unités — 1.000.000 d.—16.810.000 fr.

Exportations, 100.000 unités — 13 millions 700.000 fr. — 815.000 d. en chiffres ronds.

Perte pour la France, 185.000 d., parce que les prix intérieurs des produits français demeurent à fin janvier ceux de fin décembre. Conséquences, il faut, après le 31 janvier, incorporer à l’ensemble des prix intérieurs une somme de plus de 3 millions de francs.

29 Dans l'organisation indiquée plus haut :

Nous considérons les mêmes opérations et nous avons :

a) Pour décembre le même résultat que ci-dessus :

b) Pour janvier, nous avons :

Importations, 100.000 unités — 1.000.000 d.—16.810.000fr.

Exportations, 100.000 unités = 16 millions 810.000 fr. — 1.000.000 d.

Il y a compensation, parce que les produits exportés, bien que n'ayant pas varié à l'intérieur, ont été majorés pour l'extérieur, dans la proportion exacte où le franc a baissé.

Suites heureuses : l'importation est créditée de 3 millions 110.000 francs, et le prix d'achat des produits importés est

ramené à 13.700.000 francs, prix de fin décembre. La conséquence est que l'ensemble des prix intérieurs n'est pas affecté par la baisse extérieure du franc, que les effets de l'offensive contre la monnaie française sont annulés, et que l'on peut attendre sans secousse le rétablissement de la confiance à l'extérieur.

Je viens de décrire et chiffrer une opération idéale, dont la réalisation supposerait une organisation singulièrement forte de l'économie française, et qui nécessiterait en particulier l'institution d'un office de compensation monétaire des Importations et des Exportations, afin que le bénéfice de la compensation n'aille pas aux seuls exportateurs.

Nous sommes loin d'être assez organisés pour le fonctionnement d'institutions de ce genre. Mais si l'on voulait bien voir exactement le problème posé, voir le but à atteindre, amener l'État et les corporations à s'unir pour obtenir le résultat cherché, on ne serait pas exposé à subir passivement les offensives de la finance internationale, lesquelles tendent à nous pousser à l'inflation et à tous ses maux.

J'indique aujourd'hui ces solutions pour montrer que nous ne sommes pas sans moyens de défense pour lutter contre les banquiers amis de l'Allemagne. Mais il faut, avec Ja volonté, un peu d'imagination. Ce sont deux qualités qui ne manquent pas en France. Elles sont à peu près inemployées dans les affaires où l'État pourrait travailler avec les producteurs.

Quand on cherche la raison de cette inutilisation de nos plus brillantes qualités, on est toujours obligé d'arriver à cette conclusion : que le grand mal vient de ce que la vie française est toujours organisée en vue des batailles de partis. Et dans cette année où nous avons à faire un effort considésable sur nous-mêmes et sur l'Allemagne, les pensées sont de nouveau appelées vers la lutte électorale. Les producteurs,

qui auraient besoin d'être entièrement à leur tâche, sont invités eux-mêmes à préparer le jeu des urnes à double fond. Il faudra bien que nous rendions impossible ce massacre de nos intérêts par les partis. C'est pourquoi nous demandons, avec les républicains patriotes, la convocation des États généraux.

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