CHAPITRE X
23 février 1923.
une rude offensive contre notre monnaie. Nous tenons,
et, depuis une quinzaine, l'offensive paraît enrayée. Il n'en reste pas moins que nous l'avons subie, et que nous demeurons exposés à de nouveaux coups. On demande des mesures de protection. Il faut répéter qu'il n'y a pas de mesures techniques de protection. Le redressement de notre monnaie est un problème de politique générale.
Nous devons à des gouvernements imprévoyants un mal qu'il est extrêmement difficile de guérir. C’est ce mal qui nous met en faiblesse aujourd'hui devant les financiers ligués contre nous. Les hommes qui nous ont jetés dans l'inflation devraient être traînés devant la Haute-Cour : ils sont responsables des difhcultés économiques qui, aujourd'hui, nous privent d'une partie de nos moyens d'action politiques. Ils
| A finance internationale a mené et continue de mener
ont donné à l'étranger le moyen d'agir sur notre politique en agissant sur notre vie économique.
Tout le monde a lu, dans des dépêches de l'étranger, que l'Allemagne travaille, avec l'aide ( des banquiers amis en Angleterre et en Amérique, à faire tomber le franc, afin d'ébranler la vie économique en France), ce qui aurait pour conséquence d'alourdhr les charges de l'État et de nuire à la liberté de ses mouvements. On n'a pas été très étonné de voir citer, parmi ces banquiers amis de l'Allemagne, ces Kuhn, Loeb et C°, qui sont de vieilles connaissances pour nous, pour ce que l'on entendit parler d'eux, au temps de M. Woodrow Wilson.
L'Allemagne se vante lorsqu'elle affirme avoir le pouvoir de faire tomber ( formidablement » notre franc. Mais il est exact qu'elle a les moyens de porter ou de faire porter des coups sévères à notre monnaie. Par ses alliés de la finance anglaise et américaine, elle est en mesure de déterminer les porteurs étrangers de francs français à liquider leurs avoirs. I] lui suffit de faire publier, dans la clientèle de ses amis banquiers, que le gouvernement français est engazé dans une action qui ne pourra vaincre sa force de résistance, pour provoquer une panique qui se manifeste par des ventes de francs à pertes. Il faut nécessairement que ces affirmations soient appuyées sur quelques preuves : une bonne campagne d'informations tendancieuses sufñt, dans certaines circonstances, à ébranler la confiance des possesseurs de francs.
Voilà l'offensive : elle est simple. Si elle est possible, c'est parce que notre monnaie a cessé depuis longtemps d'être une vraie monnaie, et est devenue à la fois instrument de paiement et créance sur l'État français. Devenue en partie créance sur notre État, elle vaut, pour cette partie, ce que vaut l'estimation que l'on fait de la puissance de remboursement de l'État français. Si l'on réussit à faire naître des
doutes sérieux sur la valeur de l'État comme débiteur, le franc tombe. Conditions de la réussite de l'opération : que la France apparaisse hésitante dans son action en Allemagne ; que l'Allemagne apparaisse énergique, audacieuse dans sa résistance.
Il n'y a qu'une contre-offensive possible : elle est d'ordre politique. Il faut que, par les mesures prises par la France en Allemagne, la volonté française se manifeste plus forte que la volonté allemande, d'une manière indiscutable. Le jour où les créanciers étrangers de l'État français auront été bien convaincus, par nos actes et par la publicité que nous leur donnerons, que la France est absolument résolue à aller jusqu'au bout de son action en Allemagne, et que rien ne fera fléchir sa volonté, les francs resteront dans les portefeuilles, comme de bonnes créances qui doivent s améliorer en vieillissant, et nous reverrons le dollar à 13, puis à 12, puis à 10. Le gouvernement français peut être maître de la situation. C'est une question de volonté...