COMMENT L'ON EXÉCUTE LA MANŒUVRE
Je supplie les personnes qui lisent ces études de ne pas se laisser séduire par une explication qui n'explique rien, et à l'abri de laquelle les vrais responsables échappent à l'attention publique. Il s'agit de l'explication des baisses, successives du franc par ce que l'on appelle : la spéculation nationale ou internationale. Dire : spéculation, c’est faire une constatation, ce n'est pas fournir une explication. La spéculation utilise des événements, exploite, aggrave une situation donnée. Elle ne crée pas la situation, les événements. Elle est une conséquence. Elle n'est pas une cause. Elle ne peut jouer, dans un sens ou dans l'autre, que lorsqu'une cause, politique, celle-là, lui a permis de jouer.
Il y a péril à se contenter de cette explication qui n'en est pas une. C'est l'explication paresseuse pour l'esprit public, qui se contente aisément de mots, — et grâce à quoi les metteurs en œuvre des causes politiques disparaissent. Alors le ressentiment public se tourne vers d'insaisissables personnages qui rôdent dans toutes les bourses du monde, tandis que les vrais responsables continuent leur besogne en pleine lumière de midi, où on ne les voit pas, parce que l'on cherche les coupables dans les caves.
Disons le vrai :
La monnaie française étant, pour des raisons plusieurs fois dites ici, pour partie un titre de crédit sur l'État,
Tout événement, toute nouvelle, vraie ou fausse, qui fait douter de la solvabilité de l'État français, met le franc en baisse.
Il suffit donc de créer un événement qui diminue ou paraît faire diminuer la solvabilité de l'État pour provoquer une baisse du franc.
L'év{nement créé, la spéculation entre en mouvement, eË pousse à la baisse, surtout si elle est prévenue, et si elle travaille de concert avec les auteurs des mouvements politiques. Elle exploite alors la situation créce.