‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 125 sur 309 · NOUVEAUX ASSAUTS · texte numérisé non relu

NOUVEAUX ASSAUTS

Le front financier est à peu près stabilisé depuis un mois. Le dollar se tient aux environs de 16,50. On essaie de le faire rebondir. Le coup de la semaine passée, contre les valeurs au porteur, est un coup indirect. Cela s’abritait sous nos propres principes. On vit des socialistes condamner la « fortune anonyme et vagabonde ». Cela vous avait un petit air national tout à fait rassurant, — sauf lorsque l'on voyait un Blum dans ce jeu. Mais les conséquences devaient être un reflux vers la France des valeurs françaises placées à l'étranger, et, par voie de conséquence, de graves embarras de trésorerie pour l'État français. Au bout de l'opération, l'inflation

forcée.

Le scandale dans cette affaire, ce n'est pas l'attitude d'un Blum ou d’un Auriol, qui font leur métier de naufrageurs, c'est l'attitude de M. Louis Loucheur, qui, sans prendre parti, appuie le coup des socialistes, trouble la Chambre, et provoque le vote de surprise contre le ministre des Finances. Le prince Murat a eu grandement raison de dire qu'il y avait là un coup de Bourse ; il est regrettable que, par souci de politique électorale, M. Loucheur compromette sa réputation dans de telles manœuvres, qui masquent un coup de Bourse, mais qui portent de terribles coups au crédit de l'État.

Le fond de toutes ces affaires, c'est la volonté de deux groupes associés contre l'État et la fortune du pays, l'un par politique, pour renverser la politique poursuivie en Allemagne, l'autre par bas intérêt, pour faire les poches des Français, dans le désordre monétaire et financier.

Les tentatives se multiplient depuis quelques mois. On fait courir le bruit qu le gouvernement va faire de l'inflation, ce qui inquiète les producteurs ; parallèlement, on essaie de convertir des parlementaires à une petite inflation de quelques milliards, et qui serait limitée à cela ; on répand dans le public l'idée que quelques milliards de plus ne seraient pas de l'inflation ; on essaie d'entraver la campagne contre l'inflation ;: on essaie de gagner les milieux bancaires et industriels à une combinaison qui convertirait les Bons de la Défense en billets de banque.

Contre toutes ces manœuvres, le gouvernement français ne paraît pas réagir avec une vigueur suffisante. [l est vrai qu'il n’en a pas les moyens. Mais qu'il les prenne ! Le pays, le Parlement lui-même l’appuieront. {l faut que nous nous rendions bien compte que nous ne sommes pas du tout dans une période normale. Dans la situation actuelle, on peut dire que le ministère des Finances est un des organes essentiels

de la défense nationale, presque sur le même plan que le ministère de la Guerre.

Une des premières mesures À prendre, ce serait de mettre le ministère des Finances en dehors des luttes proprement politiques, à l'abri des intrigues des commissions. La seconde serait de soustraire les députés à la préoccupation des élections prochaines, qui les empêche de s'attacher à résoudre les problèmes du jour. La troisième serait de convoquer les États généraux pour mobiliser toutes les forces économiques et financières de la nation et les faire collaborer entre elles et avec l'État. Alors nous aurions un front français solide, impénétrable à l’action de la finance internationale et capable de défendre la fortune française contre les coupeurs de bourse.

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