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celle de l'homme qui, ayant son plan fait, veut s'appuyer sur les groupes en mouvement, sans se découvrir ; — l'autre, de M. François-Marsal, serait celle de l'homme qui dit son plan et se propose de rallier les groupes sur une idée nette. La première facilite incontestablement l'installation de l'homme qui l'emploie, mais elle l'affaiblit singulièrement quand il est au pouvoir. La seconde peut rendre l'installation plus difficile (et ce n’est pas sûr), mais elle crée les conditions de la réussite ultérieure.
Il y a, dans le discours de M. François-Marsal, plusieurs satisfactions pour l'esprit : la première est que la vérité y est présentée nue, mais armée ; la seconde est que la présentation de la vérité s'y fait sans excès de langage, avec une parfaite simplicité, mais sur un ton qui annonce une ferme résolution ; la troisième vient du fait que l’auteur ne prétend pas résoudre le problème financier par des moyens propres à l'Argentier, qu'il le pose en fonction du problème allemand, et qu'il le résout par une opération politique. C'est dire que nous nous trouvons, non point devant un discours de financier, mais devant le programme d'un homme d'État.
La Paix. — Il y a un problème financier que M. François- Marsal expose, sans ménagements ; on en connaît l'essentiel, qui peut être très brièvement résumé : c'est plus un problème de trésorerie qu'un problème financier. Depuis la guerre, nous avons bon an mal an, en chiffres simplifés, 50 milliards à dépenser, et 20 à 25 à recevoir. L'excès des dépenses est causé presque entièrement par les dépenses, dites recouvrables, que l'on doit porter au débit de l'Allemagne. L'Allemagne ne payant pas, son compte débiteur peut s'élever sans que la situation de notre trésorerie soit modifiée : il nous manque chaque année de 20 à 30 milliards qu'il nous faut demander à l'emprunt sous toutes ses formes.
Si ce problème était simplement regardé comme un problème financier, on ne voit pas très bien quelle solution on pourrait lui donner, hormis, un Jour ou l’autre, un des quatorze moyens que l'on a, dans les temps modernes, pour faire faillite. (Je dois indiquer que cette réflexion n'est pas de M. François-Marsal.)
Or, dit M. François-Marsal, (nous devons, par des moyens de trésorerie, nous procurer des sommes qui, pour l'année en cours, ne seront pas inférieures à 37 milliards, soit plus de 3 milliards par mois.
{Si nous voulons résoudre ce problème, je considère que le Premier devoir moral qui incombe à tous les Français, c'est de faire la paix.
€ J'appelle « faire la paix ) :
{19 Assurer notre sécurité vis-à-vis de nos ennemis de l'Est, car cette sécurité n’a pas été suffisamment assurée par le traité de Versailles 5
«29 Obtenir de l’Allemagne un minimum de paiement. }
La vérité, nue jusque-là, est désormais armée. Le problème est politique. La solution esten cours. Dans le temps présent, la seule chose qu'il nous soit permis de dire, { c'est que nous sommes autour de ceux qui, aujourd'hui, portent notre drapeau sur le Rhin, pour donner au gouvernement l'impression que le pays tout entier est derrière lui ».
Sur cette question capitale, qui domine toutes les autres, nous Voici éclairés : la solution est entre les mains du gou- Vernement français ; qu'il « fasse Ja paix), la vraie paix, après quoi l'on est en mesure d'aborder le problème proprement financier, qui est intérieur. Et l'on peut ajouter que si cette première opération politique n’est pas entièrement accomplie, il n’y a aucune solution technique pour le dit problème financier.
Le problème technique intérieur. — Mais quels que soient
les paiements allemands, il restera que nous aurons à procéder à une revision de nos charges d'État :
1° Nous aurons à réduire nos dépenses :
2° Nous aurons à débarrasser l'État des gestions déficitaires quil a assumées jusqu ici :
3° Nous aurons à consolider une dette flottante énorme (près de 70 milliards) qui place l'État dans la même insécurité qu'un chef d'entreprise travaillant avec des capitaux qu'il pourrait être appelé à rembourser à toute fin de mois ;
4 Nous aurons à trouver le moyen d'alléger la charge écrasante de l'État en ce qui concerne les dettes qu'il a contractées.
Pour ces quatre problèmes, les solutions techniques ne sont pas au-dessus de l'intelligence humaine. Pour les deux premiers, il ne faut pas une grande imagination. Pour les deux derniers, 1l en faut un peu plus : mais il faudra surtout beaucoup de courage civique. M. François-Marsal est un des premiers qui osent dire publiquement devant quelle nécessité nous sommes :
« Peut-on songer à une réduction des arrérages de la dette publique?
« Je réponds très nettement : oui, mais j'ajoute immédiatement qu'en conscience une telle opération ne peut se faire que par le retour à une monnaie saine.
« L'État français a non seulement le droit, mais le devoir de réduire par voie de conversion les arrérages de la dette publique ; le porteur de rentes n'en subirait d'ailleurs aucun préjudice. Il recevrait moins de francs, mais ces francs auraient, tant sur le marché intérieur que sur le marché international, une capacité d'achat beaucoup plus grande, ce qui compenserait la diminution nominale de l'intérêt servi aux rentiers. »
Nous ne connaissons pas beaucoup d'hommes politiques,
candidats au grandes charges de l'État, ou simplement candidats aux élections législatives, qui aient eu, à ce jour, le courage de s'exprimer comme vient de le faire M. François- Marsal.
L'ancien ministre n’a pu (et ne pouvait) exposer à Nantes un programme complet. Mais les indications qu'il a données montrent quil a étudié un plan d'ensemble, et qu'il a dès maintenant prévu certains moyens d'exécution techniques.
Moyens d'exécution. — M. François-Marsal le disait en ouvrant son discours : il a une foi totale dans le rétablissement fmancier du pays. Les difficultés sont immenses : mais ce n'est qu une question de volonté. Il est visible que M. François-Marsal ne manquerait pas, le cas échéant, de volonté. Mais aurait-il à sa disposition les moyens d'exécution nécessaires? Je crois que, sur ce point, il ne se fait pas plus d'illusions que M. Loucheur. M. Loucheur ne communique pas ses réflexions au public. M. François-Marsal dit les siennes :
{ Vous avez en face de vous, disait-il à Nantes, non seulement dans cette salle, mais dans tout le Parlement, de braves gens, des gens qui sortent d'entre vous, et cependant, jamais ils ne votent de suppressions de dépenses.
{ C'est que, quand on parle de supprimer des dépenses, on porte atteinte à des droits acquis, soit par des lois, soit même par des concessions antérieures. On prive un électeur de ce qu'il s'attend à recevoir, et cela, l'électeur ne le pardonne pas à l'élu. »
Voilà de nouveau la vérité nue. Mais cette fois, elle n'est pas armée. Cette constatation faite, il faut bien voir qu'elle commande tout le reste. La vérité que M. François-Marsal présente à propos de la compression des dépenses vaut pour les trois autres problèmes financiers intérieurs, et même pour cet autre problème qu'est l'attribution des dom-
bon
mages de guerre. Ici encore, avant d'employer les moyens techniques, il faut considérer que l'essentiel du problème est politique. Sinon, on manquera de moyens d'exécution. C'est parce que la vérité s'impose au pays que les républicains et les royalistes se sont unis pour demander la convocation des États généraux. Je ne sais ce que pense M. François- Marsal du moyen proposé. Il semble qu'il attende du Parlement un acte exceptionnel d'énergie, comme il s'en produit parfois dans les grandes crises, qui laisserait le champ libre à un gouvernement résolu à prendre les décisions utiles. Pour nous, nous n'avons aucune confiance dans les moyens parlementaires, même exceptionnels, à moins que le Parlement lui-même soit placé dans des conditions qui lui permettraient de n'être pas obsédé par la pensée des élections de 1924. Et disons à M. François-Marsal, comme à tout homme d'État qui, aujourd'hui, présente au pays des projets pour la réforme de nos finances, que c'est par le mouvement pour les États généraux qu'ils trouveront de solides appuis dans le pays. Cela ne donnera pas, nous le savons bien, un appui dans l'État lui-même. Le problème de l'État est posé en même temps que celui des États. Les républicains cherchent une solution. Pour nous, le problème est résolu.
Le problème monétaire. — Tout le monde connaît les idées de M. François-Marsal sur la monnaie. Ce ne sont pas seulement des idées, puisque, étant ministre des Finances, M. François-Marsal a eu le courage, nous pourrions dire : l'héroïsme, d'arrêter l'inflation. Cela lui a valu l'impopularité dans de nombreux milieux industriels. On lui rend justice aujourd'hui. Ses vues n'ont pas changé ; il demeure l'adversaire de toute inflation, sous quelque forme qu'on la propose, et pour des raisons qu'il ne mâche pas : l'inflation, a-t-il dit à la Semaine de la Monnaie, c’est la forme moderne de l’altération de la monnaie. Cette doctrine prend
Les
aujourd hui une importance nouvelle, d'abord parce que la campagne pour l'inflation continue, ensuite parce que la politique monétaire allemande est renversée, ce qui modifie les conséquences politiques de l'inflation, en France et dans le Reich.
Il y a eu une assez longue période pendant laquelle, du fait de l'amélioration de notre monnaie, nous aurions eu un avantage politique marqué sur l'Allemagne : si, à cette époque, nous avions agien Allemagne comme nous le faisons depuis le 5 janvier, nous avions la possibilité de provoquer une dislocation économique du Reich, en utilisant notre monnaie contre la monnaie allemande. J'ai souvent présenté quelques réflexions sur ce point. Il faut dire aujourd hur que le moment est passé. L'Allemagne est en train de faire sa réforme monétaire. :
Nous devons à M. Décamps de très utiles et très précises informations sur la situation allemande présente. Je signale la savante étude que l'éminent directeur des Études écon0miques de la Banque de France a donnée à la Revue de IP du ή avril sur « la liquidation monétaire allemande ?- M. Décamps montre que : É
( La faillite monétaire allemande est un fait accomP : Elle n'est pas encore officiellement déclarée et le Reichstæs n'a pas été appelé à voter une loi qui la consacre : rase
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liquidation en estcommencée et elle se poursuit rapidem | : à calcu ef,
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En Allemagne, on recommence à ( penser en or ? à fixer les prix, à donner et à recevoir des crédits en mar Le gouvernement lui-même, par son émission de bons te Trésor-or, sacrifñie à cette tendance générale et 5 achemmne vers l'abandon du mark-papier… La liquidation du s'opère dans la liberté avec le consentement mutu® parties. } a Je ne puis résumer ici l'analyse que fait M. DécamP* de)
situation allemande. Toute personne qui veut être éclairée devra placer l'étude de M. Décamps dans son dossier, car c'est un précieux document.
Mais je tiens à présenter quelques observations qui découlent de l'avis que nous donne M. Décamps :
D'un mot, l'Allemagne se place en position d’offensive économique et monétaire contre nous :
Elle a pratiqué l'inflation pour nous montrer des caisses vides et éviter le paiement des réparations ; c'était sa politique défensive ;
Ses richesses ont ainsi passé entre les mains des magnats de l'industrie et de la banque, et ont été mises à l'abri, sous leur nom, à l'étranger :
L'État allemand a ainsi éteint ses dettes à l'égard de ses créanciers intérieurs et celles de l'Allemagne à l'égard des étrangers qui ont eu confiance dans la devise allemande :
La banqueroute étant faite, l'État allemand, allégé de ses dettes, a intérêt à donner maintenant une monnaie saine à ses nationaux. Et dans ces conditions, appuyé sur une industrie et une banque concentrées, qui sont en mesure de mettre à sa disposition les réserves qu'elles ont constituées, sous leur nom, 1l peut passer à l'offensive contre nous.
Les positions sont donc désormais celles-ci :
Côté allemand : Un État, une collectivité, délivrés de leurs dettes, pourvus d'une monnaie saine, et possédant des réserves à l'étranger ;
Côté français : Un État chargé d’une dette énorme, une collectivité supportant de très lourds impôts ; l'inflation menaçante, à cause des embarras de la trésorerie privée des paiements allemands.
Si, dans ces conditions, l'inflation était déclenchée en France, tout l'avantage politique serait pour l'Allemagne, désormais en mesure de nous manœuvrer par les moyens
économiques et monétaires. Notre politique extérieure en subirait un affaiblissement considérable.
Nous signalons aujourd'hui ce péril. Le problème monétaire prend un nouvel aspect que doivent connaître tous ceux qui ont quelque responsabilité dans les affaires de l'État. Une politique inflationniste serait un désastre. Quand l'élite du pays écoute ceux qui se présentent à elle comme les réorganisateurs de nos finances, qu'elle se demande quelle est leur vraie pensée sur cette question. Avec M. François- Marsal, nous ne pouvons avoir d'hésitation. S'il revient au pouvoir, nous savons qu'il n'ajoutera pas ce mal à nos maux: La conclusion de son discours-programme de Nantes, qui comporte ( l’action dure, tenace et longue sur l'Allemagne ?, c'est, il l'a dit en propres termes, ( la condamnation définitive de la fausse monnaie dans notre pays ?.