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CAUSES : L'ERREUR DES TÊTES LÉGÈRES OU LE CAS LOUCHEUR

Oo Décidément, il devient très difficile de penser que l’on pourra faire quelque chose de M. Loucheur. Après sa dernière aventure, il y a eu une belle unanimité, dans la

presse, pour juger que l'ancien ministre des Régions libérées est à peu près coulé. L'intéressé n’en croit rien, et il doit même connaître un beau contentement de soi-même. Mais sa candidature à la fonction d'homme d'État ne sera guère soutenue désormais que par les malins qui veulent tirer profit de son habileté d'homme d'affaires. L'opinion est faite : en politique, c'est une tête légère, et je crois bien que, là-dessus, en dehors de l'Action française, c'est M. Jacques Roujon qui a tracé, dans la République française, le plus fidèle portrait de M. Loucheur. M. Latzarus résume aujourd'hui, dans la Revue hebdomadaire, le sentiment général :

« Je tremble que ce gros homme agité et versatile, qui forme en une journée cent projets divers et parfois contradictoires, qui n'attache pas grand prix à l'exactitude des

mots ou même des chiffres ; qui n'envisage que le succès de l'instant, et s'est révélé incapable d'un calcul à longue portée, je tremble que ce tard-venu de la politique n'ait commis quelque faute que nous découvrirons plus tard... Je ne puis mempêcher de penser qu'un homme tel que M. Poincaré ne doit pas employer un homme tel que M. Loucheur. Tout les sépare, et même Ja conception de la vertu. } 29 Mais il ne m'appartient pas de porter ici un jugement sur la valeur politique de M. Loucheur. C'est le (technicien ? qui m'intéresse. Or, son prestige de ( technicien », sur lequel il avait construit sa fortune politique, s'il est fortement diminué aux yeux des personnes informées, demeure assez grand chez celles qui n'ont ni le temps ni les moyens de vérifier des thèses économiques ou financières. Il faut que l'on sache, que l'on répète, que l'on propage que la valeur technique de M. Loucheur est du même ordre que sa valeur politique. Je suis tout à fait incompétent pour apprécier Sa technique comme électrificateur. Et j'abandonne à d'autres le soin de juger la puissance de sa technique de lanceur d'affaires. Mais, dans un ordre:où j'ai dépassé le B — À, BA, l’ordre financier et monétaire, je crois pouvoir dire, avec /€ sentiment de la certitude, que M. Loucheur est d'une fair blesse terrifiante. Je dis : terrifante, parce que c est dans ES ordre que M. Loucheur se regarde comme un génie, et 51 entrait dans un ministère ou s’il atteignait son but, la prés” dence du Conseil, c'est sûrement les Finances quil prendrait sous son commandement direct ou indirect. Or ce serait Ja catastrophe, b M. Loucheur est un homme qui a une très grande mag" nation, mais qui manque de jugement. Cela se voit dans Sà politique. Dans sa « technique }, il est égal à Jui-même: Sa technique est soumise à sa politique qui est détestables car elle est électorale. Lorsque l'on examine son AcHeR

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depuis quelques années, on se rend compte que sa fertilité technique a été presque entièrement commandée par ses ambitions électorales. M. Loucheur n'est pas un reconstructeur faisant accepter un plan par le pays. C'est un politicien qui présente dans sa circonscription ou à la Chambre les plans qui peuvent consolider sa situation personnelle ou lui permettre de gagner cette présidence du Conseil pour laquelle il a un goût si violent. Dans toutes ses actions publiques, il cherche des voix, et il les gagne en utilisant ses qualités de lanceur d'affaires. Il est le Jaurès des affaires : Jaurès cherchait à gagner les voix par un art oratoire fait pour les foules ; M. Loucheur veut gagner des voix par des coalitions d'intérêts immédiats. On a dit qu'il à mené Ja reconstruction du Nord comme une affaire : il fallait dire : comme une affaire électorale. Il a gagné les patrons en leur distribuant largement les dommages de guerre : il voulait gagner les ouvriers en obligeant les patrons à traiter avec Jouhaux et avec tous les révolutionnaires. Pendant que, d'une main, 1] payait sans compter les reconstructeurs d'usines, de l’autre, il payait les incendiaires. Mais il gagnait des voix. C'est l'essentiel de sa technique de reconstructeur.

39 En matière financière et monétaire, sa technique n'est pas différente. Il cherche des voix. Il fait des déclarations antunflationnistes pour apaiser le petit groupe d'hommes qui, au Parlement, veulent l'assamissement financier. Mais, parce qu'il veut plaire au plus grand nombre, qui pensent à leur réélection avant tout, 1l est pratiquement inflationniste, parce que l'inflation est voulue par les socialistes pour qui elle est un moyen d'expropriation, par les flibustiers, pour qui elle est un moyen de voler les Français, et par ces parlementaires, pour qui elle sera un moyen de remplir les caisses électorales par les dons des industriels endettés qui seraient libérés de leurs dettes par l'inflation:

Or, sur ce point, qui est capital, M. Loucheur a persévéré dans l'erreur avec une ténacité extraordinaire. Tel il était en 1919, tel il est en 1923. Au moment où il est de nouveau candidat à un ministère, et mieux, à la présidence du Conseil, il faut que le pays sache que M. Loucheur continue d'être le chef des faux monnayeurs d'État. Erreur intellectuelle où combinaison de politicien, voilà le fait, et il faut bien appeler les choses par leur nom.

Après son discours de Grenoble, qui lançait sa doctrine financière et monétaire, nous avons considéré que son discours ne dépassait pas la portée de propos de table. Après son voyage à Londres, devant les appuis officiels qu'il parait avoir eus à Paris, sa doctrine de Grenoble devient une menace pour le pays, d'autant plus qu'elle a été accueillie avec une certaine faveur au Palais-Bourbon et que, présente: ment, on fait campagne, dans la presse, pour la propager: On peut considérer que la campagne pour l'inflation est encore une fois rouverte, et qu'elle est dirigée encore une fois par M. Loucheur.

La campagne inspirée par M. Loucheur repose sur une erreur énorme, à laquelle l’ancien ministre est fidèle depuis plusieurs années, à savoir que ce n'est pas l'inflation qui a élé la cause de l'élévation nominale des prix, mais que c'est l 'élévation absolue des prix qui a été cause de l'inflation.

Depuis quelques mois, M. Loucheur à présenté cette théorie plusieurs fois à la Chambre. Il s’en est servi pour apPuYer la limitation des remboursements de l'État à la Banque de France. On s’en est servi pour combattre la politique de contraction monétaire de M. de Lasteyrie. Elle a fait le fond du discours de Grenoble. Il ne s'agissait pas d'un siMmP€ débat d'école : c'était un moyen d'action pour pousser “€ gouvernement à l'inflation, et pour justifier une inflation future.

La théorie inspire aujourd'hui une campagne de presse où, à côté de graves économistes entêtés dans l'erreur, on voit des journalistes marrons sortir imprudemment l'idée de derrière la tête des gens qui exploitent les pauvres doctrines de M. Loucheur.

Toute une sévère discussion sur le rôle du Trésor, présentée par M. Loucheur et ses amis comme le régulateur de la circulation monétaire, aboutit en fin de compte à cette proposition :

Que le Trésor, vidé de ses ressources en temps d'élévation des prix par les demandes de remboursement des Bons, ferait son office de régulateur de la circulation, si, à ce moment, il émettait des Bons qu'il ferait escompter par la Banque de France.

Il ne faut pas être très versé dans la connaissance des problèmes monétaires pour voir que cette proposition nest rien d'autre qu'un projet d'inflation à peine déguisée, avec cette aggravation que le moyen d'inflation est doublement frauduleux.

L'inflation par la voie des avances à l'État est déjà une fraude ; mais l'inflation par l’escompte des Bons du Trésor, c'est la fraude double. Le premier moyen est un prélèvement pur et simple sur la circulation des marchandises ; c'est l'arbitraire brutal. Le second est également un prélèvement, mais masqué par la présentation d'une garantie que l'on sait fausse : il y a donc tromperie. En effet, la garantie de Bons ainsi escomptés ne peut être que l'impôt : or la garantie ne vaut que lorsque l'État a des excédents de recettes ou, au moins, un budget équilibré ; la garantie n'existe pas lorsque l'État est en déficit. C'est la situation présente : la garantie des Bons serait donc fictive, et l'escompte des Bons dans ces conditions entraînerait instantanément un effondrement de notre monnaie.

Voilà la catastrophe à laquelle nous conduirait M. Lou-

cheur s'il était maître de nos finances. Il est le patron de la combinaison sur laquelle on appuie ces propositions d'inflation déguisée. Il n'y a plus d'espoir de le voir reviser ses idées. Voilà quatre ans qu'il s'y tient. L'expérience de ces quatre années ne lui a servi de rien. Il continue de croire et de dire que l'inflation résulte de l'élévation des prix. Il fausse délibérément les chifires pour appuyer sa thèse.

Et de deux choses l’une :

Ou il ne s'est pas rendu compte que l'inflation ne peut pas être commandée par les prix, puisqu'elle est un moyen que l'État est libre d'employer ou de ne pas employer, et quil ne peut employer qu’à l'abri du cours forcé, et, dans ce cas, l'ignorance dont il donne la preuve est si scandaleuse qu'elle lui interdit totalement l'exercice d'une autorité dans l'État ;

Ou il connaît la vérité et, dans ce cas, les théories qu'il professe sont une tromperie qui engendrerait une action criminelle, l'inflation n'étant, en somme, qu'une escroquerie.

Dans les deux cas, un ministère Loucheur serait non seulement le ministère de la faillite, dont nous parlions il y a quelques semaines, mais le ministère de la banqueroute frauduleuse.

On ne peut prolonger indéfiniment la discussion sur ces questions. Tout a été dit sur ce problème monétaire qui cons” mande notre vie économique. Personne ne peut aujourd hui ignorer la vérité. Nous n'avons à faire qu'une déclaration : un ministère Loucheur serait Je commencement d'une catastrophe nationale : il faut s'y opposer par tous les moyens : nous y sommes prêts.

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