‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 14 sur 309 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

L'État libéral, qui n'avait pas compris le sens de la Semaine de la Monnaie avant les séances, comprit fortbien son œuvre après. C'est alors que ses banquiers et ses politiciens organisèrent le boycottage de l'auteur de cet ouvrage dans les assemblées économiques. Il était trop tard : le bien était fait, et produisit ses fruits.

On le vit bien en 1924, lorsque, sur le point de choir dans l'inflation, le pauvre comte de Lasteyrie, mal conseillé par M. Horace Finaly, entreprit de faire déconsidérer les défenseurs de la saine monnaie et les promoteurs du franc-or. Le malheureux qui fut chargé de la besogne y perdit son honneur pour la seconde fois ; l'attaque ignoble qu'il avait dirigée contre nous tourna à sa confusion, l'obligea à plonger de nouveau dans les bas-fonds de la presse, tandis que le mouvement contre l'inflation augmentait de vigueur et que la doctrine du franc-or entrait dans la grande circulation. L'horreur de l'inflation, devenue générale, ne fut pas étrangère au redressement politique et financier qu'exécuta soudainement le président Poincaré sous la pression de l'opinion terrifiée par la chute du franc qui se produisit alors.

Après les élections de mai 1924, l'arrivée du ministre Herriot raviva les craintes d'inflation, qui s'étaient apaisées après le relèvement de mars 1924. C'est de juin 1924 à mars 1925 que la Semaine de la Monnaie a porté ses plus beaux fruits : on lui doit la chute du ministère Herriot.

Ce ministre, qui annula en quelques mois le relèvement financier accompli in extremis par son prédécesseur, et qui comptait sur les commodités de la presse à billets pour arranger ses affaires, se rendit compte, vers la fin de l'année 1924, qu'un ministère faisant de l'inflation se condamnait à mort. Acculé à l'inflation, il la fit clandestinement, en obligeant la Banque de France à falsifier ses bilans, fit des déclarations anti-inflationnistes au Parlement, et essaya d'obtenir quelques

milliards de fausse monnaie à la faveur d'un mensonge sur les besoins du commerce et de l'industrie.

Grâce aux idées répandues par la Semaine de la Monnaie, la vérité apparut en quelques jours, et le ministère Herriot, reconnu coupable d'inflation, s'effondra aussitôt. Herriot et Clémentel qui, dans cette affaire, ont menti insolemment à la tribune du Sénat, sont déshonorés.

Le drame monétaire fait une assez grande consommation de personnages. L'être que Léon Daudet a nommé le t Petit Franc », tout anémié qu'il est, tue encore ceux qui le veulent tuer. Ainsi gisent Klotz, Lasteyrie, Herriot, Clémentel. Arrive celui qui veut le tuer par traîtrise, Joseph Caillaux : il paraît dès aujourd'hui acquis que, si le Franc recoit un coup mortel dans ce nouveau combat, Caillaux ne lui survivra pas.

Joseph Caillaux, d'avril à juin 1925, à éprouvé à son tour la solidité des barrières dressées contre l'inflation à la Semaine de la Monnaie. Son plan bien arrêté était de faire la banqueroute par le moyen de l'inflation déguisée. Il était convaincu que son plan serait exécuté sans difficultés. Il a d'abord constaté qu'il fallait donner un déguisement épais à l'inflation pour l'amener sur la place publique. Puis, il s’est rendu Compte que, sous tous les déguisements possibles, l'inflation était reconnue tôt ou tard, et provoquait des mouvements très inquiétants pour l'existence des ministères et même pour l'existence des ministres.

À la fin de juin 1925,àla veille des premières échéances que Joseph Caillaux s'est imprudemment engagé à franchir, on ne Voit pas comment, cette fois, l'inflation pourra être évitée. L'État libéral s'est laissé acculer de nouveau à l'inflation. Mais le drame monétaire touche À sa fn : il y aura encore chute de ministres, et Joseph Caillaux perdra sa réputation de financier dans l'aventure : mais il y aura surtout mort du régime parlementaire.

Page 1