CHAPITRE VI
24 décembre 1923.
seul moyen de provoquer, s'il est possible, les mesures de redressement. Je dis donc : Ævitera-t-on la banqueroute 2 On ne l'évitera pas si le Parlement, comme il en
[ faut poser nettement la question, car c'est peut-être le
marque l'intention nette, vote des dépenses à tour de bras, et diminue les recettes. Nous irons à l'inflation bien avant les élections, et l'inflation, ce n’est rien d'autre que la banqueroute, et la banqueroute frauduleuse.
Et cette banqueroute, ce ne sera pas une banqueroute de la nation, qui travaille, ce sera une banqueroute du régime, qui gaspille et ne prévoit.rien.
On nous accordera que l'Action française aura tout fait pour empêcher cet événement. Depuis 1919, nous n'avons cessé de faire campagne pour l'assainissement financier. C’est dans l'Action française que l’on a publié la vérité monétaire pour la première fois ; que l'on a mis cent fois le gouvernement en garde contre ceux qui voulaient le rejeter
dans la démence financière: que l’on a combattu le plus énergiquement les hommes qui essayaient de poignarder dans le dos le gardien du Trésor public ; que l'on a lancé l'idée de la Semaine de la Monnaie par laquelle on a coalisé effectivement toute la production contre l'inflation. Concours, appuis, prévisions, projets pratiques, nous avons tout donné à l'État, sans nous occuper du nom qu'il porte. Il a pris ce quil a voulu, c'est-à-dire peu de chose, et 1l a attendu les événements.
Les événements sont tels que nous les lui annonçons depuis deux ans, et surtout depuis un an. Voilà un peu plus d'un an que nous déclarons ouverte la crise qui est aujourd'hui aiguë. Il paraît que M. de Lasteyrie, ministre des Finances, vient d'en faire la découverte. En un an, on a eu le temps de prendre des mesures. On ne les a pas prises, Il est encore temps de les prendre. Dans quelques semaines. il sera trop tard : alors, nous dirons à nos lecteurs, à tous les Français qui nous entendront : garez-vous par tous les moyens contre les faux monnayeurs. Il est encore temps
ne Se : ER d'agir, mais 1] ne reste pas beaucoup de semaines, ni même de jours à perdre.
Parlons donc net. Voici :
Nous avons un État qui, depuis plusieurs années, dépense deux fois plus qu'il ne reçoit. Il est entendu que c'est parce que l'Allemagne ne paie pas. Il bouche les trous par l'emprunt, mais trop souvent par l'emprunt à court terme et particulièrement par l'émission des Bons de la Défense. Il se place amsi dans une situation extrêmement périlleuse, parce qu'il est exposé à une grave crise de trésorerie si le placement des Bons se ralentit. Or, depuis un an, du fait que le franc a baissé de près de 50 %,, des placements de plus en plus nombreux ont été faits en marchandises et en valeurs-or de toute nature. Plus la baisse du franc s’accentue,
plus ces placements se développent. Il était donc très aisé de prévoir l'inévitable crise de trésorerie.
D'autre part, le franc ayant perdu une partie considérable de son pouvoir d'achat à l'intérieur, 1l était inévitable que des ajustements de salaires fussent à faire ; on devait donc prévoir qu'il faudrait résoudre le problème en ce qui concerne les fonctionnaires. Voilà un an que nous le disons. M. de Lasteyrie, ce pauvre homme, se rassurait lui-même cet été avec de lamentables phrases sur la spéculation. Il attendait, dans son fauteuil, la remontée du franc. Ne pouvait-1l prévoir que, à quelques mois des élections, les députés l'inviteraient à faire tout le contraire de ce qu'il faut faire pour la hausse du franc? C'était prévu par tout le monde, sauf par le ministre.
Et l’on s'est laissé mettre dans la pire situation : on a un Trésor très bas ; on n'est pas en mesure de rembourser deux cents malheureux millions à la Banque de France (les huit cents que l’on rembourse, ce n'est qu'une écriture) ; on révèle donc à l'étranger que l'on est très, très gêné ; on provoque ainsi une nouvelle baisse du franc, ce qui aggrave la situation ; on amène les particuliers à placer leurs avoirs en marchandises et en valeurs-or ; on tarit ainsi soi-même les sources qui alimentent le Trésor. Bref, on a la moitié du corps engagé sur la ( pente savonnée ». Et l'on n'ose pas réagir vigoureusement contre un Parlement qui veut nous précipiter dans le gouffre !