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L'ACTION NÉCESSAIRE

On dit qu'il sufhrait de quelques déclarations du gouvernement pour opérer un redressement. Je n'en crois rien.

L'an dernier, les déclarations pouvaient avoir un effet utile. Par exemple : (« Le gouvernement est résolument hostile à toute inflation }, cela vous remettait le franc en selle, 1l y a douze mois. Au cours de cette année, on a pubhé en Amérique que M. Robineau, gouverneur de la Banque de France, avait déclaré qu'il se ferait couper le poignet plutôt que de signer un ordre d'inflation. Cette déclaration, qui avait été faite par le gouverneur à un financier de marque, a certainement eu un effet considérable au printemps dernier.

Mais, aujourd'hui, tout cela ne suffit plus. On attend des actes et non des paroles. À quoi sert-il de faire des déclarations si l'on se place dans la nécessité ou de faire faillite ou de recourir à la fausse monnaie? Tout le monde sait que le gouverneur de la Banque ne cédera pas ; mais on sait trop que, en cas de nécessité, on n'hésitera pas à le prier de céder la place à quelque politicien qui signera tout ce que l’on voudra.

Il faut donc agir. Agir, c'est :

1° Placer aux Finances un homme ayant beaucoup plus d'énergie et de prévoyance que M. de Lasteyrie ;

29 Donner à cet homme nouveau pleins pouvoirs, ce qui impliquerait les pleins pouvoirs accordés au gouvernement ;

3° Dans la situation extraordinaire où nous sommes, prendre des mesures exceptionnelles, largement justifiées par le péril extérieur et le péril intérieur : proroger le Parlement;

4 Nommer une commission extra-parlementaire pour résoudre le problème du budget et des monopoles de l'État ;

5° Résoudre d'urgence le problème des fonctionnaires selon la formule : moins de fonctionnaires, mieux payés ; diminution du nombre des fonctionnaires par non-remplacement des retraités, démissionnaires et décédés :

6° Fermer la plaie monétaire par laquelle nous subissons trop facilement la pression de l'étranger (les moyens ne manquent pas) ;

7° Procéder dès maintenant à une transformation des dettes d'État.

Les difficultés techniques propres à toutes ces mesures sont grandes. Mais elles ne sont rien, parce que nous avons tous les hommes qu'il faut pour les résoudre. Ce qu'il nous faut, c'est un homme énergique pour prendre les décisions et donner l'ordre de passer à l'exécution.

J'ai eu l'honneur, au cours de la semaine écoulée, de proposer ces remèdes aux membres de plusieurs comités qui siégealent à cause même des événements. Mes honorables collègues, qui sont presque tous des colonnes du régime, n'ont rien trouvé d'excessif dans ma déclaration. Quelquesuns ont même déclaré que j'étais très modéré. Là-dessus, j'ai demandé (et je n'ai pas été le seul) que l’on passât aux actes, c'est-à-dire que l'on fit des propositions précises au gouvernement, afin que ledit gouvernement pût s'appuyer sur une opinion publique nette et non pas seulement sur les articles d'un économiste notoirement irrespectueux à l'égard de la constitution. Ici je n'ai pas eu de succès. Mes collègues, si vifs dans leurs jugements, n'ont pas cru devoir aller si loin dans leurs actes. Enfin, on fera quelque chose, mais ce sera lent et un peu flou. Ce qui ne les a pas empêchés de dire : tout cela, ce n'est rien d'autre qu'une crise d’autorité. Je les pressais de le dire, de le proclamer, pour faciliter un redressement républicain de cette autorité fléchissante. Non, décidément, ils n'ont pas voulu.

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