‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 158 sur 309 · RÉSULTATS DES POLÉMIQUES ET DES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DES POLÉMIQUES ET DES CAMPAGNES

L est navrant que l'on soit obligé de traiter le problème I financier et monétaire sur la place publique. Mais nous y sommes contraints, et, en l'absence d'autre moyen, nous faisons campagne pour la vérité et pour l’action nécessaire. Ce n'est pas sans résultats.

Nous tenons particulièrement à ce que l'on ne bourre pas le crâne du public en criant : spéculation, spéculation, car la vérité serait masquée, et l'on ne se donnerait pas les moyens d'action indispensable. Résultats de nos campagnes :

10 Déclarations de M. Julia. — M. Julia, pris à partie lundi dernier, a répondu le même jour dans un article donné au Temps :

Quelle est l'influence de la spéculation sur les cours? A PEU PRÈS NULLE, reconnaît M. Julia.

Et il ajoute : « La spéculation n'est pas dangereuse quand elle est isolée : elle devient un péril national quand elle se généralise. Si tous les citoyens abandonnaient leur métier

pour Jouer aux cartes, le relâchement des mœurs précéderait et accompagnerait la détresse générale. I] faut tout faire pour empêcher la spéculation de s'étendre. »

Fort bien. Mais moi qui suis producteur, l'État m'oblige à devenir spéculateur parce qu'il ne défend pas la monnaie. Et il m'interdit de stabiliser mes dettes et mes créances. À l'État de faire son métier s'il veut empêcher la spéculation de se généraliser.

En somme, grosse et heureuse rectification de M. Julia, qui conclut :

( Que le gouvernement poursuive sa tâche en n'oubliant pas que la bonne finance traduit la bonne politique et que si la confiance se prêche en public, on doit pouvoir l'imposer par la vérité et l'évidence. »

C'est notre thèse : spéculation, effet ; cause première, politique.

2 Déclarations de M. de Lasteyrie. — M. le ministre des Finances a dit son sentiment à la presse. Sur ses explications des causes du mal, il vaut mieux ne rien dire, tant c'est faible. Et puis nous ne chercherons pas querelle à M. de Lasteyrie sur l'aspect scientifique des choses, si le ministre, agissant, calme nos inquiétudes.

Ce qui est intéressant, c’est la volonté annoncée par les mesures à prendre.

D'abord, trois améliorations, secondaires, mais néanmoins intéressantes :

1° Action positive contre les porteurs de mauvaises nouvelles ;

29 Réforme des méthodes de cotation des changes ;

39 Epuration du personnel cambiste.

J'observe que ces mesures avaient été demandées par nos amis, en 1912, à la Semaine de la Monnaie, et notamment par M. Gazave.

Mais ce sont des mesures d'ordre secondaire. Ce qui reste capital, c'est ceci :

« Ce qui pèse, en réalité, sur notre situation financière, c'est le problème des réparations et lui seul. C’est l'inexécution par l'Allemagne de ses engagements qui nous a obligés de recourir à l'emprunt pour alimenter le budget des dépenses recouvrables.

4 En défendant les droits de la France, c’est le franc luimême que défend M. Poincaré.

« L'effort que nous soutenons à l'extérieur, nous devons également le poursuivre à l'intérieur. Le gouvernement est absolument décidé à poursuivre l'œuvre d'assainissement de nos finances, à résister à toutes les surenchéeres électorales. Il faut rappeler au pays qu'il n'est pas possible de voter des dépenses nouvelles sans voter des recettes corrélatives, c’est-à-dire des impôts. »

Voilà le problème essentiel. Nous ne cessons de le dire depuis trois ans. Nous l'avons rappelé brutalement il y atrois semaines. M. de Lasteyrie le dit à son tour, avec netteté, dans des déclarations officielles. Voilà un résultat. Pour le moment, ce n'est encore qu'un texte imprimé. Il faut passer aux actes. Il y a urgence : il y a un petit milliard de billets qui est entré dans la circulation par un procédé discutable : il faut que des mesures promptes et énergiques les fassent rentrer et que l'on procède à l'assainissement financier sans attendre les élections.

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