ALORS, C'EST UNE QUESTION DE GOUVERNEMENT
Uniquement. Pas autre chose. C’est la conclusion d'un article que M. Lucien Romier donnait à la Journée industrielle et dont je vous cite un passage essentiel :
Le marché est laissé entièrement à Ja merci des courants. Tout cela est essentiellement spéculatif et ne repose sur rien de précis. Les boursiers les plus raisonneurs invoquent un seul argument : le poids des dettes intérieure et extérieure de la France. Cet argument est un argument général qui avait autant d'effet il y a six mois qu'aujourd'hui. Il n’explique pas, en tout cas, la montée de la lire italienne : les dettes intérieure et extérieure de l'Italie sont proportionnellement au moins aussi lourdes que celles de la
France. On répond : Mussolini. Alors c'est une question de gouvernement.
C'est bien une question de gouvernement. Que le gouvernement donne une direction de politique intérieure extrêmement nette, qu 1] se montre résolu à ne pas se laisser déborder par les réclamations qui lui sont faites : qu il résolve le problème des fonctionnaires sans augmentation de dépenses ; qu il trouve les moyens de rembourser { exceptionnellement » un milliard à la Banque, demain ; qu'il annonce la mise à
l'étude d'un plan de liquidation financière ; que, surtout, il annonce une volonté arrêtée de « faire » des élections avec des patriotes — ou de ne pas en faire du tout ; que, avant les élections, il mette à exécution une sérieuse réforme financière éclatante, et vous verrez le franc remonter, la vie baisser (et, au surplus, une petite crise économique très saine). Mais il faut être fort pour le faire.
Mais, tout de même, dit M. Lucien Romier, il y a la spéculation. Dans ces premières journées de janvier, il y a eu des ordres de vente de francs considérables, venus de telle et telle grande place étrangère. Qui le nie? Mais la question est de savoir si c'est une cause ou un effet. Je dis : effet. Effet de quoi?
Nous y revenons : pendant que le ministre mobilisait les personnalités financières pour la répression de la spéculation à New-York et à Amsterdam, il se passait un événement qui était très bien vu à Amsterdam et à New-York, et inaperçu à Paris.
Fin décembre, on a voté une loi pour limiter le remboursement à la Banque aux 800 millions du compte d’amortissement. Et le ministre avait démenti qu'il eût jamais eu l'intention de prendre ces 800 millions pour les besoins du Trésor. Mais le bilan de la Banque, publié jeudi dernier, montre que l'État s’est bel et bien servi de ces 800 millions desquels il a la gracieuseté de rembourser presque aussitôt 200 millions. Il n'empêche que voilà 600 millions sortis par un procédé que le Temps expliquait d'une manière embrouillée dans les premiers jours de janvier.
Voilà la question. À quoi un de nos bons amis de l'extérieur me répond : (Oui, mais les nécessités sont là ; faut-il le dire?» Je pense qu'il faut le dire : croyez-vous que cela ne se voit pas, à l'extérieur? À New-York, à Amsterdam et ailleurs, on sait tout cela avant nous. Il faut le dire pour que ça change.
L'argument de nécessité ne vaut rien. Il ne fallait pas se laisser mettre dans cette nécessité. Il fallait prévoir. Le tableau qui précède vous montre que l'avertissement ne date pas d'hier. Tout a été fait, de l'intérieur où nous sommes, pour aider le ministre. Il n'a rien fait. Que fera-t-1il dans les semaines qui vont suivre? Le voilà qui part en guerre contre d'insaisissables spéculateurs au lieu de se réformer lui-même. Je conclus que la première réforme à faire, c'est de réformer M. de Lasteyrie, la seconde, de ( gouverner » et non de subir les événements.
« Mussolini », dit M. Lucien Romier. Je me rappelle une parole française : « Rois, gouvernez hardiment. » Mais ils ne sont pas rois ; ils ne sont que princes élus, et c'est sans doute là toute la difficulté. Si elle ne peut être surmontée par les moyens constitutionnels, la crise de régime est ouverte Je le dis, avec espoir de donner aux titulaires le goût de faire acte d'énergie. Qu'ils agissent, nous les appuierons sans réserve, même si cela devait reculer les événements que l’on prépare à l'Action française. Sinon...