OU LA VÉRITÉ APPARAÎT
M. Edouard Julia s'était donné la tâche ingrate de défendre la politique financière du gouvernement. Il le fit avec beaucoup de talent, mais il ne parut pas apporter beaucoup de lumière sur les causes de la décadence du franc. Il laissa entrevoir que les mesures proposées ne donnaient pas la cértitude d’un relèvement du fran ; il invita les Français au grand effort fiscal, montrant que, faute de cet effort, la France irait à la catastrophe financière, dans l'inflation, ce qui serait la fin de la démocratie, et particulièrement la fin
dé ce qu'il surnomme le règne de la bourgeoisie libérale. Je dois dire que l'assemblée ne parut pas très émue par l'annonce de cette deuxième partie du malheur.
M. Germain Martin démontra, avec une science sûre, que la baisse du franc est due à une crise de confiance déterminée par lé jugement que l'on porte sur l'avenir du Trésor français. [l établit que la situation financière et la situation économiqué sont très sensiblement meilleures qu'en 1919, mais que la trésorerie a été très mal conduite, ce qui crée pour l'État, en 1925, une charge extrêmement lourde. Ce sombre avenir met le franc en péril. Il critiqua le double décime, et indiqua le moyen de trouver quelque dix milliards par récupération sur les bénéfices de guerre, les dommages de guerre, la répression des fraudes fiscales, les économies, etc...
L'auteur de ces chroniques soutint la thèse que connaissent ses lecteurs, à savoir que ce qui est en cause, dans la valeur du france, c'est le crédit de l'État, représenté dans chaque franc par la éréance de la Banque sur l'État, crédit qui a été diminué depuis deux ans, par une politique intérieure qui paraissait annoncer. une politique socialiste, laquelle mènerait la France à l’état que lon a connu en Autriche et en Allemagne. Premier remède : la stabilité de l'État, soustrait à la pression des partis : après, après seulement, remèdes techniques.
Il y eut ensuite quelques interventions, entre autres celle d'un prolétaire, dont je regrette de ne point connaître le nom, car 1l parla avec beaucoup de bon sens. Interventions appuyant surtout les deux dernières thèses. Puis M. Loucheur et M. François-Marsal apportèrent leurs conclusions. Celles de M. Loucheur ne parurent pas être d'une éblouissante clarté. Les personnes que j'ai interrogées m'ont dit avoir retenu ceci : que le problème des changes est très complexe,
et qu'il ne faut pas se hâter de conclure. M. François-Marsal fut beaucoup plus net, sans se départir d'une prudence parfaitement légitime. Il fut très applaudi lorsqu'il montra que le grand obstacle à une politique financière courageuse était la préoccupation électorale.
M. Hubert Bourgin, qui présidait avec une autorité à laquelle tout le monde rend hommage, put tirer cette conclusion du débat : que tous les orateurs s'accordent sur un point essentiel : ils attribuent la crise des changes à une crise de confiance, qui intéresse l'État. Voilà le diagnostic, résultat de l'étude. Pour l'action, il y a lieu de chercher les moyens de restaurer cette confiance : ici les orateurs ont marqué leurs différences. La Ligue s'emploiera à provoquer l'accord et l'action.
Je crois que tous nos lecteurs verront l'importance de cette conclusion : elle est en opposition complète avec la thèse du ministre des Finances, qui attribue tous ses malheurs à la spéculation ; ni M. Julia, ni M. German Martin, ni M. Loucheur, ni M. François-Marsal, ni aucune des personnes qui sont intervenues dans le débat n'ont apporté cette explication de la crise des changes. Au contraire, tous les orateurs l'ont écariée expressément. Chacun, avec plus ou moins de force, a mis en cause le crédit de l'État. La grande conclusion qui se dégage de ce débat est donc celle-ci :