QUI DÉTIENT LE CRÉDIT DE L'ÉTAT
- . . . . ») Lorsqu'un particulier perd son crédit, qui peut-il accuser: Lui-même, et nul autre.
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Il en est de même pour l'État. Si son crédit tombe, c’est . parce qu'il a mal conduit ses affaires.
Or, il y a, à la tête du gouvernement, un homme qui est un des meilleurs (sinon le meilleur) hommes d'État de la République. La faute, puisqu'il y a faute, ne tient donc pas aux personnes, si l'on en excepte le ministre des Finances, qui n'a point donné à son chef la politique financière correspondant à la politique générale du gouvernement. Mais cette faute secondaire peut être annulée encore aujourd'hui. Elle ne l'est pas. Pourquoi? Pourquoi l'État ne retrouve-t-il pas son crédit, maleré le redressement partiel accompli par M. Poincaré ? |
Ter on arrive à cette conclusion que l'État français perd son | crédit par suite d'un vice constitutionnel. Actuellement, la j plupart des Français s'accordent pour penser et dire que la baisse de crédit vient du parlementarisme, « tel qu'il fonctionne », disent les républicains.
Tel qu’en lui-même enfin l'Éternité le change.
Le vrai est que l'on ne sait exactement où trouver l'État. Constitutionnellement, l'État, c’est vous et moi, nos parents, nos amis et tous nos concitoyens. Pratiquement, c'est d'abord le Parlement, c'est ensuite le gouvernement et, en fait, c'est le chef du gouvernement. Cela va à peu près lorsque la nation vit sans secousses. Mais lorsque se présente une grave difhculté, lorsque l'on doit faire acte d'autorité, tout casse. Au moment où le chef du gouvernement veut parler au nom de l'État, le Parlement crie que c'est lui l'État, et dans le pays, des gens proclament que l'État, c'est le peuple. Bref, au moment où l'État doit agir, d'une manière décisive, il s'évanouit.
L'État devient ainsi insaisissable. Comment peut-il res-
taurer son crédit dans ces conditions ? Quel crédit accorderiez-vous à une entreprise dont le chef verrait statutairement son autorité contestée par tous ses collaborateurs, au moment où vous lui demandez de prendre une responsabilité et d'engager sa signature? C'est ainsi que se présente en France le problème du crédit de l'État. Constitutionnellement, actuellement, il n'y a pas de solution.
Quand il s’agit de la vie financière anormale, comme dans la crise actuelle, c'est éclatant. Le vice apparaît à tous les veux. Il s’agit de l'impôt.
L'impôt, c'est quelque chose qui est imposé, ce qui na pas besoin d'être démontré. Cela suppose quelqu'un qui l'impose, avec l'autorité, et quelqu'un qui l'accepte, qui le consent, qui le subit, et qui résiste comme il peut. Cela suppose deux parties distinctes. Or, selon la constitution, il n'y a pas deux parties dans notre pays, il n'y a qu'un être : celui qui impose l'impôt, comme délégué du souverain, est le même être qui le subit, comme représentant du peuple. Il est impossible d'imaginer une situation plus absurde. Dans la crise actuelle, c'est la cause essentielle de l’inaction. La Chambre vient d'en fournir cent preuves en une semaine.
Voulez-vous sortir de la difficulté : créez un État qui soit vraiment un État, c'est-à-dire une autorité libre qui s'impose à tous par ses propres moyens : devant l'Etat, organisez le pays, qui se représentera devant l'État selon ses intérêts, selon la méthode des États généraux, et qui parlera dans une assemblée non souveraine, non politique. Alors vous avez deux parties, l'une qui impose, c'est l'État : l’autre qui accepte, consent, subit, après avoir présenté ses vœux, Ses doléances, ses réclamations, et qui peut apporter son con cours dans une grande crise, c'est l'assemblée des États, Est-ce possible dans l'État républicain? Les républicains qui cherchent à résoudre le problème, peuvent essayer.
DANS L'INTÉRÊT DE L'ÉTAT, SÉPARONS LE CRÉDIT DE L'ÉTAT DU CRÉDIT DU FRANC
Il est donc acquis que ce qui est en cause dans la baisse du franc, c’est le crédit de l'État.
C'est un mal sans nom pour les particuliers et pour l'État lui-même.
Parce que le crédit de l'État est instable, la monnaie est instable. Il s'ensuit que nous, qui travaillons, nous souffrons quotidiennement de cette instabilité. Nous travaillons à l'aveuglette. Nous ne sommes plus en état de faire un prix de revient. Travaillons-nous avec bénéfice ou à perte, nous ne le savons plus. Nos comptes sont tous faux. Toute la vie économique est troublée. Tout producteur est transformé en spéculateur. Il y a de quoi décourager tout homme vivant de son travail.
Pour l'État, cette instabilité de la monnaie est une plaie sans cesse rouverte. Il n'y a pas de budget possible, Dans quelques semaines, lorsque les majorations dues à la baisse du franc seront incorporées aux prix, la situation sera catastrophique. L'État a le plus grand intérêt à séparer le crédit du franc de son propre crédit.
Cela ne résoudra pas le problème que nous posions plus haut, Mais cela diminuera largement le trouble économique que nous connaissons, Il y a urgence à faire l'opération. Est-ce possible?
Voici une possibilité dont l'idée a été offerte au ministre des Finances, à notre connaissance, par au moins deux personnes, dont l’une est un de nos correspondants, et l'autre le chef d'une grande institution nationale :
Etant donné que l'instabilité du franc vient de l'instabilité
du crédit de l'Etat, que la solidarité de l'État et du franc tient à l'existence de la créance de la Banque de France sur l'État, dont la valeur, incorporée au franc, varie selon les jugements portés sur l'État français :
Substituer à l'État un autre débiteur à revenus indépendants des finances publiques et chargé de faire les remboursements annuels;
Pratiquement, constituer une compagnie fermiere des Tabacs, achetant à l'Etat ses exploitations, mettant ainsi de grosses disponibilités à la disposition du Trésor, et versant chaque année une redevance destinée directement aux remboursements à la Banque de France.
Par cette opération, le crédit du franc serait séparé une fois pour toutes du crédit de l'État. La stabilisation de la monnaie serait assurée. Les remboursements ne dépendant plus nm du Trésor, ni de la Commission des Finances, ni du Parlement, ni des impôts, ni d'aucun mouvement de la vie financière de l'État, l'amélioration du franc se ferait régulièrement, sans secousses, par paliers annuels, pouvant être aisément prévus par les producteurs. La spéculation intérieure et extérieure prendrait position à la hausse du franc.
Nous avons la certitude que ce moyen a été proposé au ministre des Finances. M. de Lasteyrie ne lui a accordé aucune attention. Il faut dire que l'emploi de ce moyen rendrait radicalement impossible toute inflation. Peut-être est-ce pour cette raison qu'on l'a rejeté. Cela confirmerait l'interprétation que nous faisions de l'invraisemblable projet de loi déposé par M. de Lasteyrie pour interdire aux Français l'honnêteté dans leurs relations.
Conclusion : Faisons campagne, inlassablement :
Pour la constitution d'un État libre ;
Pour la séparation de l'État et du franc ;
Pour une monnaie stable ; Et pour la démission de M. de Lasteyrie.