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COMMENT LA FINANCE S'ENRICHIT DANS LA RUINE GÉNÉRALE

Rappelons tout d'abord que la banque vit de commissions et de différences, et cherchons comment la situation d'aprèsguerre lui permet de les réaliser :

a) Par l'emprunt d'État à court terme :

L'État emprunte sans arrêt depuis la guerre. Cela fait le bonheur des banquiers qui le pressent d'emprunter à court

terme. Pourquoi? Parce que cela fait des commissions à toucher à chaque renouvellement d'emprunt.

Plus l'État emprunte à court terme, plus le banquier s’enrichit. Avec de grands emprunts en perpétuel, le banquier touche ses commissions une fois pour toutes. Avec de petits emprunts, renouvelés chaque année, le banquier prélève chaque année un impôt sur le travail national. Perte pour la nation. Perte pour l'État. Gain pour le banquier.

b) Par les différences monétaires, par plusieurs voies :

Tout le monde sait que l'affaiblissement de la monnaie ruine le créancier et enrichit le débiteur. La dépréciation de la monnaie, qui ruine un pays, ne fait pas disparaître la richesse ; elle ne fait que la transférer. À qui? au banquier, comme à toute personne qui a la possibilité de se mettre à l'abri des variations de la monnaie. Or le banquier est, de tous les citoyens, celui qui a les plus grandes faciités pour jouer sur les monnaies. Et il est le plus grand débiteur du pays. Son métier, c'est de travailler avec votre argent. C'est avec votre argent qu'il réalise ses différences, qu'il encaisse. Vous lui remettez vos fonds : il vous paie 2 ou 3 d'intérêt ; il prête à 10. Ça, c'est le jeu honnête, si l'on veut. Mais, dans la période actuelle, votre argent, vos traites lui valent beaucoup plus de 10. Comment? Voici :

19 Par les différences sur les traites tirées sur l'étranger :

Je suppose que vous remettez à un banquier 100.000 francs de bonnes traites sur l'étranger, payables en francs au cours du jour de l’encaissement, le montant disponible quinze jours après l'encaissement. (Pour simplifier l'opération, Je suppose que vous n'escomptez pas vos traites ; ae l'escompte, le résultat serait le même, mais par un mécanisme plus compliqué.) Le jour où vous déposez vos traites, le banquier se couvre en dollars, en francs suisses, en couronnes:

Le dollar est à 15. Coût pour le banquier : 6.666 dollars. Au

Jour de l'encaissement, le dollar est à 18. Le banquier s’en désintéresse. Au jour où vos fonds sont disponibles, le dollar est à 20. Le banquier vend 5.000 dollars et vous verse 100.000 francs, moins la commission et les frais d’encaissement.

Perte nominale pour vous : néant. Perte effective pour vous : la diminution de votre pouvoir d'achat. Gain pour le banquier, 1.666 dollars, plus divers petits frais vraiment négligeables.

Vous comprenez très bien que si vous aviez vendu, vous, en dollars, le banquier n'aurait pas réalisé ce « bénéfice » sur votre dos. Quand M. de Lasteyrie veut vous interdire de vendre en dollars, il travaille pour le banquier, en vous ruinant.

29 Par l'utilisation de vos dépôts :

Vous déposez 100.000 francs chez un banquier. Multipliez ce chiffre par le nombre de déposants : cela fait une fameuse somme. Ces dépôts vont et viennent, entrent, sortent. Il reste chaque jour un solde disponible moyen que connaît tout banquier. Que ce solde soit à Paris, ou à Brest, ou à Lons-le-Saulnier, il constitue une couverture considérable. Avec cette couverture, tout banquier est en mesure de garantir toute opération de change, qui n'engagerait même que 50 % des disponibilités. La finance installée en France dispose là d'une masse de manœuvre sérieuse. Je veux bien que tous les banquiers ne spéculent pas sur le change. Vous m accorderez qu'il faut être un héros pour se priver de ce moyen en temps de baisse du franc.

Bref, vos 100.000 francs constituent une masse de manœuvre de 50.000 francs qui servent à couvrir une opération de change. Le dollar est à 15 : la finance achète 3.333 dollars. Deux mois plus tard, le franc ayant fortement baissé, vous ‘avez besoin de tout votre argent. Vous faites un retrait total.

La finance vend ses dollars : elle décaisse, d'une part, 50.000 francs qu'elle avait prêtés à votre voisin et vend, pour parfaire la somme de 100.000 francs, 2.500 dollars.

Vous avez vos 100.000 francs légaux. Le banquier gagne 833 dollars.

Sj vous aviez eu le droit reconnu de déposer vos fonds en francs-or, vous auriez dû recevoir, au jour de votre retrait, une somme de francs-papier vous donnant un pouvoir d'achat égal à celui du jour du dépôt. M. de Lasteyrie, voulant vous interdire cette garantie, vous ruine au proft du banquier ;

30 Par la mainmise sur vos entreprises :

Après les deux opérations ci-dessus, en témps de baisse du franc, au bout de quelques mois, votre caisse est à sec. Vos 100.000 francs de traites et vos 100.000 francs d'espèces devaient vous servir à racheter des matières premières et à payer vos salaires. Vos 200.000 francs ny suffisent plus. Que vous manque-t-il? Exactement ce qui a constitué le gain du banquier.

Alors, vous allez trouver la banque. Vous lui demandez les 50.000 francs qui vous manquent. La banque vous les prête. Ce sont les vôtres. Trois mois plus tard, elle vous les réclame. Le franc a continué de baisser. La banque à perdu sur le prêt qu’elle vous a consenti. Mais elle a continué de gagner sur les traites que vous lui avez remises, Sur VOs dépôts. Vous, pour continuer de travailler, vous êtes encore obligé de demander un nouveau crédit à la banque. Cette fois la banque ne le consent qu'avéc des garanties où une participation dans l'affaire. Renouvelez cette opération deux ou trois fois et votre entreprise passe entièrement sous le contrôle de la banque, laquelle (vous en rendez-vous bien compte?) n'a fait que vous prêter votré propre argent. Vous êtes dépossédeé.

C'est une opération beaucoup plus subtile que la majoration de prix que vous reprochez à votre boucher. Mais c'est celle-là qui vous ruine. C'est parce que votre argent diminue de valeur dans les caisses de votre banquier, parce que la différence reste entre les mains du banquier, que vous ne pouvez plus payer votre boucher.

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