LE LOUP DÉGUISÉ EN CHIEN DE GARDE
la veille des grandes transformations d'un pays, on A voit toujours le même spectacle curieux : les per-
sonnages en place, à qui il sufhrait d'un faible effort pour rétablir une situation, persévèrent dans l'erreur avec une énergie étonnante ; ils refusent tous les concours des sauveteurs volontaires ; ou bien encore ils ne veulent écouter que les plus mauvais conseillers. Nicolas I] confait la défense de la couronne à Sturmer et à Protopopof. M. Raymond Poincaré laisse défendre la République par M. Herriot et par M. Bokanowski.
Le cas de ce dermier est des plus curieux. Lundi dernier, on a vu M. Bokanowski défendre le franc et la République contre Léon Daudet. Ses efforts étaient émouvants :
« Je dis, s'écriait-il avec des larmes dans la voix, que ceux qui n'ont pas d'affection pour ce régime voient sans inquiétude notre monnaie se déprécier. J'ai parlé des communistes et des royalistes, et d'eux seuls.
La confiance du monde, qui semblait renaître après le
française. Mais l'e
dépôt des projets du gouvernement, semble à nn paraître, s'effriter : comment ne pas être ému
1 lon? } Ven on s'appelle parler. Mais Léon D M. Bokanowski que c'est lui-même, que ses ns 2 ment Boka, qui ébranla le premier « la confiance à =: L M. Bokanowski fait aujourd'hui le chien de san Ge e ie moment de rappeler qu'il s'employait naguère à dévore __..… 1922, M. Bokanowski avait à présenter rapport général sur le budget. Pendant les deux : “ semaines qui précédèrent son discours à la A Communiqua ses conclusions aux membres de toutes | associations et ligues qui voulurent bien l'entendre. Il a sait que l'État était en-route vers la faillite ou quelque “ ds d'approchant, à cause de sa politique d'emprunts. Remè , néant. Les gens qui entendaient cela rentraient chez eux le dos courbé. C'était sinistre. .
Lecture à la Chambre. Instantanément, devant le som
avenir financier que M. Bokanowski fait entrevoir au {monde », chute du franc. Le dollar, qui est à 13, fait une Jolie pointe vers le chiffre 16. Et d’une.
Fin décembre 192 M. Bok
le co
2, la commission des Finances, dont anowski est membre assidu, fait à la Banque chere up du père François. Un soir, la veille de Noël, avec 9 membres sur les 35 de la Commission, on décide de ne bourser un milliard au lieu de deux à la Banque et on rédige un texte qui engage l'avenir, et limite les remboursements ul - Les effets de ce mauvais coup furent limités Er de quelques journaux, dont le Figaro et FA
fflet fut néanmoins désastreux pour le
crédit de l'État : le dollar passa de 13,50 à 17 ; le franc ne se
térieurs A , .
à l'action
releva plus.
Voilà comment M. Bokanowski défendait le franc en 1922.
Il est le premier auteur, direct, des premiers mouvements décisifs de baisse du franc qui se sont produits depuis vingt mois.
Et il ose nous accuser de voir (sans inquiétude notre monnaie se déprécier » ! Mais c'est nous qui, depuis trois ans, défendons le franc contre lui et ses amis, qui n'ont cessé d'être inflationnistes |!
Je regrette de n'être pas romancier ou conteur. Si je savais conter, je mettrais ces choses en manière de fable, et je demanderais à mon confrère M. Gallimard de les publier en appendice aux délicieuses Histoires juives qu'il vient de publier à la Nouvelle Revue Française.