LES FAUX MONNAYEURS DÉGUISÉS EN GENDARMES
Tout ce battage paraît fait pour sauver la face dans quelques semaines.
Pendant que l’on défend à la tribune le double décime et les mesures de défense apparente du franc, au ministère des Finances, on prépare, dans l'agitation, tout un arsenal de lois, de décrets, de circulaires, pour interdire aux Français toute mesure de protection contre une dépréciation nouvelle de la monnaie.
Or, de deux choses l’une :
Ou bien l’on travaille vraiment à l'assainissement financier — amenant un relèvement du franc, — et tous ces décrets, lois et circulaires, sont absolument inutiles.
Ou bien l'on prend ces précautions parce que l'on ne croit pas à la remontée du franc, et l'on prépare délibérément les mesures qui permettront au gouvernement de procéder
impunément à l'inflation, et de mettre en prison les Français qui protesteront contre des émissions de fausse monnaie.
Les faux monnayeurs se déguisent en gendarmes. C'est pour cela qu'ils ont préparé cet invraisemblable projet de loi qui interdit aux Français de traiter en francs-or, projet de loi qui n'a de sens que si l'on prépare l'inflation.
Pour le moment, les faux monnayeurs se font la main. Par deux lettres-circulaires adressées le 14 janvier et le 13 février aux compagnies d'assurances, M. Albert Peyronnet, ministre du Travail, agissant à la demande de M. de Lasteyrie, vient d'interdire toute stipulation en francs-or ou en devises étran gères dans les contrats d'assurance.
Cette interdiction est absolument illégale, les lois françaises permettant tous contrats en monnaies étrangères, et aucun texte n interdisant les stipulations en francs-or.
Mais il y a plus : cette interdiction est antinationale. Elle est faite au profit de l'étranger. En matière d'assurances maritimes, particulièrement, faire une assurance dans une
monnaie instable, c'est s'exposer à la ruine. Conséquence de”
l'interdiction ministérielle : on va faire des assurances à Londres, avec des compagnies étrangères.
Il est en de même des autres mesures préparées par M. de Lasteyrie et ses complices : l'interdiction générale de traiter en francs-or ou en dollars, si elle était votée, aurait pour conséquence de faire dépouiller les Français par l'étranger.
Elle empêcherait tous les exportateurs de débiter leurs clients en monnaies étrangères. Voyez le résultat :
Je fais une vente de 100.000 francs en Amérique en novembre dernier, payables fin février. Au moment de la vente, le dollar est à 17. Cela représente 5.882 dollars que l'Amérique doit à la France. Fin février, le dollar est à 24. L'Amérique se libère de sa dette avec 4.166 dollars. Perte pour la France : 1.716 dollars.
Voilà les résultats auxquels veut nous conduire M. de Lasteyrie. Nous avions parlé jusqu'ici d'incapacité et d’imprévoyance. [l faut parler maintenant de démence. Je dis : démence, car je ne puis croire que le ministre travaille consciemment à trahir les intérêts du travail français.
IT