‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 183 sur 309 · UN COUP D'EAU BOUILLANTE · texte numérisé non relu

UN COUP D'EAU BOUILLANTE

dévoués à la politique gouvernementale déclarent que

nous venons de remporter une grande victoire. Et du coup, on abandonne les grandes résolutions que l'on déclarait vouloir prendre huit jours plus tôt. L’/ntransigeant venait de demander que l'on ne fit pas les élections (tant que la livre dépasserait cent francs ». Ce mot, c'était pour lui l'équivalent de (les Allemands sont à Noyon ». En quarantehuit heures, la livre tomba au-dessous de cent. On retourne aussitôt à l'agitation électorale. Le péril est passé. En est-on

| A livre avait atteint 117 ; elle tombe à 90. Les journaux

bien sûr?

On ne paraît pas en être très sûr : presque tous les comptes rendus de la victoire contiennent une réserve, par laquelle il est indiqué que l'amélioration du franc sera définitive si l'État poursuit une politique ferme à l'intérieur.

Or, l'État ne paraît pas s'engager dans la politique qui consoliderait la hausse de notre monnaie. Premièrement, àl fait

les élections ; deuxièmement, il prend des mesures économiques (taxes à l'exportation, prohibitions de sortie) qui sont propres aux périodes de dépréciation monétaire.

Devant cette contradiction, les producteurs, soumis au régime de la douche écossaise, perdent le sens de la direction de leurs affaires. Aucune prévision n'est possible. Hier, la baisse de la monnaie, désastreuse en elle-même, favorisait l'exportation ; aujourd'hui, la remontée du franc annule les engagements pris la veille. On défend aux producteurs de spéculer : les événements que l'on subit d’abord, que l'on provoque ensuite, obligent tout producteur à se transformer en spéculateur.

Le producteur cherche en vain dans la presse, qui l'étourdit de cris d'alerte puis de cris d'allégresse, une explication du régime quil subit. Il a observé pendant deux ans une baisse continue du franc que le gouvernement attribuait à la spéculation et qu'il ne pouvait enrayer. Soudain, une remontée se produit en deux jours. Elle est attribuée aux mesures financières prises par le gouvernement. Il était donc possible de prendre des mesures contre la spéculation? Et si c'était si facile, pourquoi ne l’a-t-on pas fait plus tôt? Devant cette transformation féerique, le producteur se demande pourquoi le gouvernement est resté si longtemps inerte, si les événements qu'il organise ne sont pas un peu truqués, et si l'on ne va pas voir le mouvement inverse dans huit jours, six semaines ou trois mois. Bref, sa confiance est médiocre. Il attend, et ralentit son activité, afin de ne point s'exposer à trop de mécomptes, dans un sens ou dans l'autre, Essayons de lui apporter quelques éléments de prévision.

Page 1