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L'ÉTAT DÉMOCRATIQUE CONTRE LA NATION

L n'y a rien de commun entre la France électorale et la

| France des producteurs et des combattants, qui est la France éternelle.

La France des producteurs et des combattants veut le redressement de l'État : la France électorale pousse au fléchissement de l'État. Et comme c'est celle-ci qui, tous les quatre ans, solennellement, a le droit constitutionnel de se prononcer sur l'État, l'État vient de subir un aflaiblissement marqué. On ne sait combien d'électeurs, par ce que l'on appelle leur vote, viennent de le mettre entre les mains d'hommes à qui le prétendu peuple souverain ne donne l'autorité qu'à la condition qu'ils n'en fassent qu'un usage

| très modéré.

Or la nation a absolument besoin, pour sa défense et pour sa prospérité, d'un État fort, de même qu'un homme a

besoin, pour se conduire, d’une tête et d'un cœur solides et

de bons muscles. Le pays électoral, l'éphémère, donne à la | nation, qui dure, un État faible. Il s'ensuit que cet État va ! gouverner contre les intérêts de la nation. Au 11 mai 1924, 1 le véritable Etat démocratique a été constitué contre la | nation. |

Il faut bien le dire : la Chambre du 16 novembre, élue | dans un moment d'exaltation nationale, était peu démocratique. Son chef l'a rendue depuis deux ans à la vraie démocratie. M. Raymond Poincaré, en effet, a voulu qu'elle obser- | vât les règles du jeu électoral. Par quoi il la condamnait à mort. Car, en même temps quil l'obligeait à demeurer dans l les conditions électorales strictement constitutionnelles, 1l | l'obligeait à prendre des mesures rendues nécessaires par la | situation du pays, mais qui devaient lui valoir l'impopularité. Démocratiquement, électoralement, il est fou d'envoyer devant le pays une Chambre qui vient d'obliger les électeurs à un gros effort fiscal, avant que cet effort ait pu améliorer la situation. M. Poincaré, qui a tué la Chambre du 16 novembre et qui s'est suicidé sur ce cadavre, meurt d'avoir laissé coexister, dans son cœur et dans son esprit, le patriotisme et la doctrine démocratique.

On affirme que M. Raymond Poincaré ne comprend rien à ce qui s'est passé le 11 mai. Il n'était pourtant pas difhaile J de prévoir l'événement.

En effet, supposez que vous ayez fait un plébiscite aux armées entre le 1° janvier 1915 et le 14 juillet 1918 pour savoir s'il fallait continuer la guerre. Vous pouvez être certain que vous auriez eu une écrasante majorité de non : qui

sait si, vous et moi, qui sommes de bons patriotes, n aurions pas voté non, parce que nous avions le vif désir de retrouver femme et enfants ? Mais on ne nous a pas demandé notre avis et, bien que nous ne fussions pas fort heureux de coucher sur la paille, nous avons continué de nous battre, et nous nous

sommes pariols présentés comme volontaires pour les missions périlleuses parce que, si nous y risquions la mort, nous avions chance d'y trouver une citation et quatre Jours de permission. Ce qui est humain, très humain.

Or, dans la fausse paix où nous sommes, on nous contraint à majorer notre feuille d'impôts au mois de mars et l'on nous demande de confirmer cette majoration, par notre vote, au mois de mai. Qu'il se trouve une majorité d'électeurs, en dehors de toute fraude électorale, pour essayer d'échapper à cette majoration, voilà qui est tout à fait normal.

Où est l'erreur, dans cette aventure? Est-elle chez l'électeur, qui vote conformément à la loi du moindre effort et selon son caprice du moment, ou chez celui qui l'oblige à voter ? [ncontestablement, elle est chez le faux chef, qui veut faire manifester la volonté populaire pour s’éviter de mettre la sienne propre en mouvement.

L'erreur, c'est l'élection ; l'erreur, c'est le parlementarisme : l'erreur, cest la démocratie.

Et il faut bien dire que M. Poincaré a tout fait pour que cette erreur produisit tous ses fruits. Pendant deux ans, il a laissé son ministre des Finances, le lamentable M. de Lasteyrie, mettre les finances de la France sens dessus dessous : quand il a voulu réagir, il était trop tard, car on ne pouvait replâtrer qu'avec des moyens trop rudes qui blessaient l'électeur ; ayant redressé la situation, en obligeant la Chambre à des mesures impopulaires, il n'a pas voulu ajourner les élections ; il n'a même pas voulu ajourner les élections : il n a même pas voulu donner au pays une indication électorale ; il a joué lui-même, devant le pays, le jeu électoral en reconstituant son ministère, non point selon l'intérêt de l'État, mais selon son intérêt parlementaire. Après tout, le pays a voté à la manière de M. Raymond Poincaré.

Le résultat est que nous aurons, au 1% juin, un bel État

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