RÉFLEXIONS SUR UNE APPRÉCIATION DU FRANC PLUS FORTE
Il est possible d'obtenir une remontée du franc plus accentuée. Mais cela ne se ferait pas sans une crise économique analogue à celle de 1920-1921, qui a duré dix-huit mois et qui a causé de sérieux dégâts. À ce moment-là, nous avons considéré cette crise, aussi pémible quelle fût, comme une crise salutaire, parce quelle avait mis fin à l'infation, ce dont il fallait louer grandement M. François-Marsal. La remontée du franc de mars 1924 n'a pas déclenché une crise aussi forte parce que la forte baisse du franc n'avait duré que quelques semaines. L'industrie et le commerce ont souffert, mais d'une manière assez limitée. Les prix n étaient pas encore faits partout sur le dollar à 20 ou 25 francs. Cest ce qui a permis de traverser cette crise.
Au contraire, l'économie des entreprises est établie sur le dollar entre 15 et 18, ce qui a été notre régime pendant six mois de 1922 et toute l’année 1923. Si le dollar était ramene à 10 en quelques semaines, nous aurions une très forte crise économique : les prix des marchandises baissant très sensiblement, les industriels et commerçants n'auraient aucun moyen de se libérer des engagements pris par eux antérieurement, tant à l'égard de leurs fournisseurs qu'à l'égard de leurs banquiers, et dont le montant en francs-papier ne varierait pas. Il en résulterait d'innombrables faillites, comme en [920 et 1921.
Toutes ces difficultés tomberaient si les contrats étaient passés en francs-or. Les engagements d'un industriel ou d'un commerçant étant libellés en or, en cas d'amélioration sensible du franc-papier, à l'échéance, le nombre de francs-
papier diminue, et le producteur peut ainsi accorder rigoureusement ses prix de vente à l'appréciation du franc. C'est un des avantages considérables de la stipulation-or qu elle permet le parallélisme rigoureux de la baisse des prix et de la remontée du franc sans mettre le producteur en faillite.
Si l'on veut donc entrer dans une politique d'amélioration rapide du franc, il y a lieu de développer la pratique de la stipulation-or, d'abord pour les contrats à long terme, puis pour les engagements à terme relativement court, puis pour les prix de gros, les prix au détail demeurant fixés en francspapier.
Nous nous bornons à ces réflexions pour le moment, car c'est désormais seulement après les élections que l'on pourra prendre des décisions.