‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 200 sur 309 · RECHUTE. DU FRANC. — AVERTISSEMENT AU NOUVEAU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

RECHUTE. DU FRANC. — AVERTISSEMENT AU NOUVEAU GOUVERNEMENT

LE petite baisse du franc avait précédé les élections,

dont la cause était d'ailleurs tout à fait accidentelle. Mais à peine connaît-on le résultat des élections que la situation s'aggrave. Le dollar, qui était revenu aux environs de 15 fr.50, s’avance vers 20 francs, redescend, remonte et se tient cette semaine entre |8 et 19 francs. Aussitôt, dans ce pays qui a fourni une majorité au bloc des gauches, ce n'est qu'un cri : c'est le résultat des élections. La sécurité où l’on était depuis le 15 mars fait place à l'inquiétude. Les journaux remplissent de nouveau leur rubrique de la crise du franc. Le Temps donne gravement des avertissements au chef du gouvernement de demain.

Là-dessus, il arrive une bien fâcheuse aventure au Temps : il se fait traiter de ( défaitiste du franc » par M. Herriot. Le Temps s'indigne, prenant l'univers à témoin qu'il n'a cessé de lutter pour la saine monnaie, ce qui est parfaitement exact.

Mais n'est-ce pas lui qui a fourni ce détestable argument à M. Herriot? Il y a quatre mois, lorsque nous multiplions ici les avertissements à M. Poincaré, lorsque nous traitions M. de Lasteyrie comme 1l le méritait, le Temps nous répondait exactement comme M. Herriot lui répond aujourd'hui, et M. Edouard Julia essayait d'étouffer notre argumentation sous l'accusation de « défaitisme financier ». M. Herriot ne fait que reprendre les expressions de M. Julia. Cela signifet-il que M. Herriot traite les avertissements du Temps comme le Temps traitait les nôtres 1l y a quatre et cinq mois? S il en est ainsi, 1l arrivera à M. Herriot exactement ce qui est arrivé à M. Raymond Poincaré.

C'est pour avoir méprisé, pendant deux ans, les avertissements que lui donnait la situation monétaire que M. Poincaré est tombé. Si M. Poincaré avait compris, il y a un an, que les indications qui lui venaient des changes lui conseil laient de redresser sa politique intérieure, il n'aurait pas eu besoin de faire voter les décrets-lois ni le double décime par une Chambre affolée, et il aurait fait des élections triomphales. Il a préféré considérer que le problème financier n'existe pas (ce qui n'est vrai que pour un gouvernement fort et stable) et se gargariser avec les stupides explications que faisait publier M. de Lasteyrie sur la méchanceté des spé culateurs, ce qui l'a conduit à l’effroyable situation de la première semaine de mars.

M. Herriot a le rare bonheur de recevoir les avertissements monétaires avant même d'avoir pris le pouvoir. Agirat-il comme M. Raymond Poincaré? Son apostrophe au Temps paraît l'indiquer. Dans ce cas, 1l peut être certain qu'il durera beaucoup moins que l'honorable académicien, à qui l'on faisait une confiance extraordinaire par crainte de ce qui viendrait après lui.

Tout homme de gouvernement, tout homme d'État doit

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avoir aujourd hui en tête cette vérité : que, dans la situation | monétaire créée par la politique financière de M. Ribot et de | M. Klotz, les changes traduisent instantanément la situation de l'État. Autrefois, c'était la rente, mais cela n'intéressait que les rentiers, lesquels ne sont pas, par définition, des agitateurs publics. Aujourd'hui, c'est la monnaie, ce qui | intéresse tout le monde, et ce qui fait que toute baisse de la monnaie, qui exprime la mauvaise gestion de l'État, déchaïnant une crise de vie chère, tourne la majorité des citoyens contre l'État ou contre ceux qui le tiennent. Là-dessus, M. Herriot peut croire le Temps, qui publie la vérité depuis qu'il n’a plus à défendre M. de Lasteyrie. Mais il est vrai que, si M. Herriot écoute le Temps, qui dit la sagesse, il ne pourra pas faire la politique du Bloc des gauches.

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