LA VÉRITÉ PUBLIÉE PAR LE TEMPS
Il y a quelques mois, le Temps nous condamnait parce que nous disions qu'il fallait distinguer le crédit de l'État du crédit de la nation. Il nous donne raison aujourd'hui :
Cependant, écrit-il le 24 mai, quelque florissant que soit le commerce extérieur, quelque abondantes que soient les productions, ces éléments de prospérité ne sont pas à eux seuls une garantie contre la dépréciation de la monnaie. Un exemple récent — celui de l'Allemagne — prouve que dans un pays à richesses immenses, où nul chômage n'arrête le labeur d'une population nombreuse, la monnaie nationale peut néanmoins s'effondrer complètement, lorsque le désordre règne dans les finances publi-
ques.
C'est exactement le contraire de ce qu'il disait l'hiver dernier. Mais, cette fois, c'est la vérité. Et il ajoute :
PS
La valeur de la monnaie dépend en effet étroitement de l'état des finances. La raison en est claire. En cas de déficits répétés du budget, il arrive fatalement un moment où 1l ne reste, pour les combler, d'autre ressource que de recourir aux émissions de papier-monnaie, c'est-à-dire à l'inflation.
La situation monétaire — facteur essentiel déjà énuméré — est donc directement subordonnée à la gestion des finances publiques: pour qu'elle soit à l'abri de tout risque d’aggravation et, à plus forte raison, pour qu'une amélioration durable soit dans le domaine des possibilités, l'équilibre des recettes et des dépenses publiques est absolument nécessaire.
Voilà une vingtaine de lignes qu'un homme de gouvernement devrait découper, coller sur un carton solide et placer sur son bureau, afin d'avoir la vérité sous les yeux, au moment où il va mettre sa signature au bas de quelque absurde projet de loi bouleversant les finances.
Autre vérité, non moins utile à l'homme d'État :
Des augmentations de dépenses, alors même que, grâce à la création de ressources correspondantes, l'équilibre du budget serait sauvegardé, ne manqueraient pas d'exercer sur la valeur de Ja monnaie une influence déprimante.
Enfin, une dernière catégorie d'éléments ne doit pas être perdue de vue : ce sont le crédit dont jouit l’État tant à l'intérieur qu'au dehors et la confiance qu'inspire l’évolution future de la situation économique, financière et monétaire. Ce sont là des facteurs purement psychologiques : leur action sur la monnaie n'en est pas moins certaine. Des projets financiers font-ils craindre une augmentation des dépenses publiques, une diminution des recettes, la destruction de l'équilibre budgétaire? Aussitôt des étrangers possédant des fonds en France les rapatrient dans la crainte d'un avilissement de notre monnaie, et celle-ci se trouve atteinte directement du fait du changement apporté par ces mouvements de capitaux à la balance des comptes. Une fiscalité spoliatrice est-elle préconisée? Nulle règlementation ne parvient alors à empêcher l'exode d'une partie de la fortune mobilière, et la balance s'aggrave en même temps que se tarissent les sources qui alimentent les caisses de l'État.
On nous accordera que ces vérités ontété maintes fois publiées dans l'Action française. Mais nous les reproduisons tout au long, car elles nous viennent cette fois du plus grand journal de la République. Elles apportent un nouvel étai à la thèse par laquelle nous expliquons les variations du franc depuis deux ans :
En l'absence d'inflation nouvelle, le franc varie dans la mesure où varie le crédit de l'Etat, parce que le franc est pour partie créance sur l'Etat. Toute dépense non couverte par des recettes, diminuant la puissance de remboursement de l'Etat, fait baisser le crédit de l'Etat et fait, par conséquent, baisser le franc. La seule menace d'une mauvaise politique financiere provoque la même baisse.
Le Temps nous donne raison. Enregistrons notre accord. Il se peut que nous ayons à le lui rappeler au cours du mois à venir.