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LE RETOUR A LA MONNAIE SAINE

M. de Lasteyrie voulait nous mettre en prison si nous divulguions le secret de Polichinelle, à savoir que le francpapier ne vaut pas le franc-or. Le ministère Herriot et ses conseillers techniques font de nos travaux la base de leurs réformes financières et monétaires. Pour M. Poincaré, nos histoires de franc-or et de franc-papier étaient renvoyées au concierge du Quai d'Orsay. Pour le ministère Herriot, cest une obsession. On n'entend parler que de franc-or parmi ses conseillers, et l'on reprend tous les projets qui ont été publiés ici depuis quatre ans. Il est probable que, dans ce beau zèle, il y a la pensée de priver l'Action française de l’un de ses moyens d'action, ce qui nous met en joie, car ce n'est pas cela qui épuisera notre réserve. Et puis, amener le Bloc des gauches à faire lui-même les opérations que nous avons définies, ce ne sera pas un mince succès.

Depuis quelques semaines, les journaux et les périodiques inspirés font campagne pour le retour à la monnaie saine. Et, avec eux, les organes sérieux du vieux libéralisme dont les directeurs pensent que l’on peut faire quelque chose, même avec le ministère Herriot. La Revue des Deux Mondes, avec un retard de quatre ans, expose à ses lecteurs les conditions du retour à la saine monnaie : la Revue politique et parlemen- {aire limite, et le Temps a publié la semaine dernière un des meilleurs articles qu'il ait publiés sur la question. Tous ces articles, études, etc., tendent au même but : préparer l'opinion à un retour à une monnaie saine, stable. Les moyens diffèrent : l'objet est le même.

Enfin, les principaux conseillers du gouvernement recom-

mandent nettement un projet qui a été proposé 1c1 il y a deux ou trois ans, l'emprunt-or, permettant une consolidation de la dette flottante, accompagnée d'une conversion. L'affaire nest pas mal menée : on amuse le tapis avec difiérentes calembredaines financières comme l'impôt sur le capital, et diverses autres farces (ceci est destiné à l'électeur), et l'on dit les choses sérieuses aux bourgeois capitalistes. J'ai sous les yeux une petite brochure, venant d'un ami intime du gouvernement, socialiste, qui en dit long sur le sens de cette campagne. Les amis de M. Herriot ne se tiennent pas de joie de prendre à l'Action française (qu'ils se gardent bien de nommer) une solution que le ministère Poincaré n'a pas su appliquer, et que l'Action française saura bien appliquer elle-même.

En quelques mots, je vais vous dire la recette : 1° Vous faites un petit emprunt d'attente, comme celui qui s'ouvre, et qui est fait pour parer aux difficultés immédiates de la Trésorerie qui sont sérieuses ; vous faites pour cet emprunt des conditions extraordinaires qui font bâiller d'étonnement le souscripteur éventuel qui constate que ces conditions sont à peu près celles qu'accepte un fils de famille décavé ; vous réussissez, par hypothèse, et vous gagnez quelques mois :

2° Ceci fait, vous lancez au moment propice un grand emprunt-or de consolidation : avec une bonne publicité, une bonne préparation de l'opinion faite en quelques mois, Vous n'avez aucune peine à convaincre le public qu'un bon emprunt-or à 3,5 ou 4 % vaut mieux que tous les autres emprunts, et vous faites rentrer une masse énorme de titres des précédents emprunts, de bons de toute sorte, qui sont échangés, au nominal, contre les titres nouveaux: Je vous passe toutes les modalités qui assureraient à un emprunt de

ce genre un succès fantastique.

Après quoi, vous proclamez, preuves en mains, que Vous êtes un gouvernement comme on n en a jamais vu, qui réduit la dette de l'État en enrichissant le public, car les nouveau titres seront au pair et même au-dessus du pair dès leur émission. Et voilà la République radicale assise, triomphante, et les radicaux installés pour on ne sait combien d'années dans leur succès.

Oui, mais.

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