OPPOSITION DES AMIS DU GOUVERNEMENT
La campagne pour le franc-or est menée par les experts du Cartel des Gauches, qui voient d'abord les avantages techniques de la monnaie stable. Mais certains amis politiques du Cartel, qui pressentent les difficultés politiques de l'opération, expriment leur défiance. On a vu l'Homime libre, le Petit Bleu, protester violemment contre la nouvelle campagne pour le franc-or. L'Homme libre a même rappelé qu'il
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est possible de jeter en prison les publicistes qui osent parler du franc-or. On a répété qu'il n'y a ni franc-or, ni francpapier, — qu'il n'existe qu'un seul franc, le franc français | Les rédacteurs de l'Homme libre et du Petit Bleu ont dû mire de bon cœur en écrivant de nouveau ces formules, dont ils savent bien qu'elles n'ont plus cours, car tout le monde sait aujourd'hui à quoi s'en tenir sur la valeur du franc. Cette contre-campagne n'avait sans doute d'autre objet que d'arréter pendant quelques jours ou quelques semaines un mouvement qui paraît devenu irrésistible.
Des arguments plus sérieux ont été présentés par M. Bertrand Nogaro à l’Information. M. Nogaro fait la critique du système qui a été souvent exposé par nous, et par lequel on ouvre la réforme monétaire par l'introduction du franc-or comme unité de compte. Il n'a pas de peine à montrer que cette mesure ne résout pas tous les problèmes nés de l'instabilité monétaire. M. Nogaro nous permettra de lui rappeler que l'on a fait cette démonstration ici-même, et que l'on a toujours dit que le franc-or monnaie de compte n'est pas une solution du problème monétaire, mais un pas, un très grand pas vers la solution. La mesure permet d'arriver en pente douce à l’inévitable crise, et d'en atténuer considérablement les effets. Elle a le grand avantage d'être applicable par îlots, et non d’un seul coup à l’ensemble du pays, et de laisser à un gouvernement le temps de préparer sa réforme financière hors de la pression de certaines corporations qui souffrent plus que d’autres de l'instabilité.
Mais on ne peut retenir l'objection de M. Nogaro qui reproche encore à la stipulation en francs-or (de faire apparaître trop clairement un agio intérieur entre l'or et le papier}. Voilà un argument qui ne porte vraiment plus. Ily a deux ans, M. Delahaye pouvait déjà dire que c'était la divulgation du secret de Polichinelle. C'était déjà vrai alors. Aujourd'hur,
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c'est vrai dans toute l'étendue du pays, depuis que la presse de gauche a donné au public des informations que la presse de droite avait été seule à donner pendant deux ou trois ans.
Malgré ces oppositions et ces critiques, la réforme est à l'ordre du jour, et M. Nogaro y travaille lui-même. Il aura fallu six années pleines pour que la question soit vraiment posée devant l'opinion et dans les conseils du gouvernement. Combien faudra-t-il de temps pour obtenir l'application? Avec les méthodes parlementaires, il faudrait compter deux législatures. Dans les circonstances actuelles, on peut prévoir que les choses iront beaucoup plus vite. Ou bien l'État craquera, et la réforme monétaire n'aura plus aucun intérêt ; ou bien l'État sera complètement redressé, et la réforme sera faite dans les six mois qui suivront son redressement.