LA DISLOCATION FINANCIÈRE, LA MENACE INFLATIONNISTE
A situation devient décidément sérieuse. Le gouvernement a bien fait toutes sortes de déclarations contre l'inflation ; mais ses amis, l'Œuvre et l'Information,
font ouvertement campagne pour l'inflation. Et avec quels arguments, Seizneur !
Laissons de côté l'Œuvre, dont le directeur ne saït rien de rien, et voyons l'Information. La dite Information publie, dans son numéro du 28 février (édition du soir), une note de trente lignes qui vous a un petit air innocent et scientifique, où sont résumés les arguments de la campagne qui commence. Je résume ce résumé :
Selon l'Information, la crise actuelle serait née du fait que les besoins du commerce et de l'industrie, en escompte, nécessitent une augmentation des billets en circulation : les salaires et prix se sont élevés, la production a augmenté ; le volume des effets de commerce a donc augmenté, et, dans ces conditions, le nombre des billets en circulation est insuf-
fisant. Par conséquent, ilfaut émettre de nouveaux billets qui ne seront pas du simple papier-monnaie parce qu'ils seront garantis par des effets de commerce escomptés.
(« Qui oserait contester de telles vérités? » demande l'Information. Nous, mon cher confrère, et non sans vous faire observer que l'on ne trouve pas dans votre note le sérieux que l’on trouve généralement dans vos réflexions. Et voici ce que nous vous opposons :
1° Siles besoins du commerce et de l'industrie, en escompte d'effets, sont plus élevés aujourd'hui qu'il y a six mois, c'est, en effet, parce que les prix se sont élevés ;
20 Mais les prix ne se sont élevés que parce que le franc a baissé ;
30 Le franc a baissé, le franc est au-dessous du cours qu'il devrait avoir, parce que la proportion de créance sur l'Etat qu'il contient a diminué de valeur ;
4° Cette portion de créance sur l'Etat que contient chaque franc a diminué de valeur parce que le crédit de l'Etat a baissé ;
Le crédit de l'Etat a baissé parce que la politique de l'Etat estjugée mauvaise par les porteurs de francs, et ceci parce que l'Etat s'est montré mauvais gérant des finances publiques ;
6° Pour libérer les trésoreries privées, la solution serait donc, non point d'émettre de nouveaux billets, mais de faire remonter le franc, ce qui diminuerait les besoins du commerce et de l'industrie. Il faudrait donc un renversement de la politique qui mettrait le franc à 0 fr. 35 or, ce qui devrait être son cours actuel, d'après le taux de remboursement des avances de la Banque de France à l'Etat.
Si l’on augmente les billets en circulation, actuellement, même pour de prétendus besoins du commerce et de l'industrie, on détruira l'équilibre qui avait été réalisé jusqu'ici entre le nombre de billets et le chiffre des avances à l'Etat,
et on sautera dans l'inflation, de la manière la plus certaine.
Il faut ajouter que ces besoins du commerce et de l'industrie n'existent qu'en partie. L'Information n'ignore pas plus que nous que le gonflement du portefeuille de la Banque a été causé en partie par les besoins du commerce et de l'industrie et, en plus grande partie, par les besoins de l'Etat, lequel donne aux banques du papier non garanti par des marchandises.
La crise monétaire vient donc directement de la crise financière de l'Etat. Le remède n'est pas monétaire, 1] est politique.
Enfin, il est visible que les raisons tirées des besoins du commerce et de l'industrie ne sont là que pour justifier une émission de billets qui dépasserait singulièrement ces prétendus besoins. On parle de trois à dix milliards ! C'està-dire qu'il s’agit de faire d’un seul coup une inflation, pour les besoins de l'Etat, qui ferait tomber le franc à deux ou trois sous.
« Ces vérités sont incontestables. » Il est prodigieux que l'Information les méconnaisse. Je ne crois pas qu'elle les oublie. Elle ne fait que préparer l'opinion à une inflation à laquelle le gouvernement s'est laissé acculer. Ce sera la dislocation totale des finances de l'Etat et la faillite du parlementarisme.
IT