ESQUISSE D'UNE POLITIQUE FINANCIÈRE
Ce que je critique dans l'évasion des capitaux, c'est l'acte de vaincu qu'elle constitue. Un homme qui met ses capitaux à l'étranger, c'est un citoyen qui ne croit pas possible de lutter contre un gouvernement absurde, et qui diminue ainsi sa force de citoyen. Il vaut cent fois mieux se placer dans la nécessité de vouloir un gouvernement travaillant à la grandeur nationale.
Si vous prenez votre parti de vivre à l'étranger, dans le cas où le gouvernement français sombrerait dans la démence, envoyez vos capitaux où vous voudrez, et votre personne avec. Mais si vous pensez qu'il n'est qu'un pays où vous puissiez vivre, le vôtre, restez-y avec vos capitaux, et agissez à fond pour donner à ce pays le gouvernement digne de la victoire.
Et montrez que les difficultés financières où se débat le parlementarisme s'évanouiront avec un gouvernement natlonal qui ne tiendra pas son pouvoir de l'élection et qui sera indépendant des puissances financières. Oserai-je vous dire qu'avec un tel gouvernement la crise serait surmontée en moins de six mois, et liquidée en deux ou trois ans? Ilya une et plusieurs recettes techniques que je livre à la connaissance du Cartel, qui ne peut pas les employer. Les voici, grossièrement esquissées :
19 Se défaire de tous projets de dévaluation ou de revalorisa-
tion du franc, dont aucun ne tient ;
2° Préparer le retour à la monnaie d'or par la reconnaissance officielle du franc-or, ce qui libère les disponibilités de la production au profit de l'Etat ;
30 Faire un emprunt-or, à un taux modéré, pour obtenir ce triple résultat : diminuer la charge annuelle de l'Etat ; reconstituer le nominal-or des porteurs de titre ; donner aux épargnants le moyen de fixer leurs disponibilités ;
40 Etablir un budget-or, ce qui met l'Etat à l'abri des variations de sa propre monnaie ;
50 Autoriser la circulation et l'escompte des traites-or, etc.
Voilà les premiers moyens qui, en moins de deux années, assainiraient la situation et permettraient rapidement la rentrée solennelle des belles pièces d'or dans la vie publique.
Mais ce n'est pas aussi simple que cela paraît dans ce raccourci. Premièrement, parce que cela entraîne quelques secousses de guérison dans le corps économique. Et, deuxièmement, parce que rien ne peut se faire si l'on n'a pas créé d'abord les conditions de la réussite qui sont :
Un budget équilibré, ce qui exclut la démagogie et toutes les mesures socialistes ;
La durée, ce qui exclut la vie parlementaire ;
La liberté de l'Etat, ce qui exclut la domination ploutocratique par le moyen des partis.
En d’autres termes, les premières conditions de la réussite sont : fermeture du Parlement, dictature du salut public, ce qui est le premier acte d'une révolution nationale, hors de
laquelle on ne voit pas de salut.