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LES CONSEILLERS FINANCIERS DU GOUVERNEMENT ET DU PARLEMENT

Il y a Joseph Caillaux, qui conseille la faillite. Mais Joseph Caillaux n'est pas pris au sérieux : c'est un homme d’autrefois, qui paraît tout à fait inactuel. Et les gens en place, à qui il prodigue ses conseils, regardent sans amitié un homme qui voudrait leur donner la responsabilité d'une mauvaise

liquidation financière, et qui viendrait ensuite, au moment où les risques d'impopularité auraient considérablement diminué.

Mais il y a M. Horace Finaly, qui a été le grand patron du Bloc des gauches, qui n'a cessé d’être le grand conseiller financier du gouvernement, et même le vrai maître de la politique. Les hommes du Cartel ont vraiment cru qu'ils avaient en la personne de M. Horace Finaly l'homme qui ferait d'eux les sauveurs financiers du pays. La situation actuelle est le produit des conseils financiers de M. Horace Finaly. Au point de vue national, et même au point de vue du parti radical, c’est un échec formidable.

Mais le point de vue de M. Horace Finaly était-il national ? M. Horace Finaly, dont la naissance a été inscrite sur les registres de l'état civil de la communauté israélite de Pesth (Hongrie) le 30 mai 1871, qui a été naturalisé citoyen français en novembre 1890, ne peut avoir de la politique française la conception que nous en avons, hommes de gauche ou de droite, Français séculaires. C'est le type même du financier international. Assis sur le nombre énorme de milliards qu'il contrôle, il fait figure de chef d'Etat devant l'Etat français. Mettez un Français de bonne souche à sa place, ce sera déjà un grand péril. Avec M. Finaly, citoyen français depuis 1890, le péril est doublé, triplé. L'Etat français est pour lui un moyen de développer la puissance de l'Etat Finaly.

La puissance financière de M. Horace Finaly constitue le plus grave des dangers pour l'Etat. Elle s'est considérablement accrue pendant la première inflation. M. Finaly ne peut manquer d'avoir le goût de la développer au cours d'une nouvelle période d'inflation. Il n'ignore pas que l'inflation estun merveilleux moyen d'action pour une banque d'affaires comme la sienne. En période d'inflation, une banque de ce

genre, habilement conduite, est sûre de faire passer sous son contrôle tout un monde d'entreprises, dont les trésoreries seront à sec en trois mois, et qui s'adresseront alors aux financiers qui, ayant le moyen de jouer sur plusieurs pays, peuvent mettre leurs disponibilités à l'abri de toute dépréciation. En Allemagne, Stinnes avait acquis ainsi une puissance formidable en finançant des affaires dont l'inflation vidait le Trésor. Rien n'est plus favorable que l'inflation à la constitution des grandes puissances ploutocratiques. L'inflation disloque l'Etat, mais elle permet la naissance et la consolidation des puissances financières, qui deviennent plus fortes que l'Etat. Tout ce que l'on sait de M. Horace Finaly montre qu'il y a chez ce financier international la volonté d'être plus fort que l'Etat français, en sorte que ce qui est un échec au point de vue national devient une réussite pour le maître de la Banque de Paris et des Pays-Bas.

Mais ce n'est pas pour cela que nous nous sommes battus.

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